LIVRE TROISIËIIE
Marmont ne fut-il pas compris ^ parmi les officiers instruits que le général en chef introduisit avec les savants et les artistes dans l'institut égyptien ? On est disposé à le croire , à la lecture des quelques lignes qu'il a consacrées à la pacifique phalange qui était venue en Egypte pour y fonder le culte des sciences et des arts. « Si des hommes de premier ordre ^ ditil , ces flambeaux de leurs semblables , ces phares des siècles 9 tels que Monge, Berthollet, Fourier, Dolomieu, etc.^ honoraient l'expédition, une foule de misérables écoliers ou d'artistes sans talent avaient
usurpé un nom dont ils n'étaient aucunement dignes^
* Voici la liste exacte des premiers membres de llnstitut d^Égypte :
Mathématiques,
Andréossy.
Lepère.
Nouet.
Fourier.
Monge.
Say.
Costaz.
Bonaparte.
Mains.
Girard.
Leroy.
Quesnot.
Physique et histoire naturelle.
Conté.
Geoffroy Saint-Hilaire.
Desgenettes.
Descostils.
Champy père.
Dubois.
Dolomieu.
DelUe.
Savigny.
Berthollet.
Économie politique.
Cafarelli.
Sulkhowski.
Sucy.
Gloutier.
Poussielgue.
Tallien.
Littérature et beaux -arts.
Denon.
Rigel.
Dutertre.
Redouté.
Venture.
Don Raphaël.
Horry.
et la qualification de savant perdit de sa considération et fut tournée en ridicule. Les soldats , attribuant Texpédition à ceux qu'on nommait ainsi, leur reprochaient leurs souffrances 9 et se plaisaient , pour se venger, à appeler du nom de savant les animaux si nombreux et si utiles (les ânes) dont le pays est rempli , et habituellement un mot était substitué à l'autre. » (I, 376.)
Le général en chef, membre de l'Institut national, n'avait pas aperçu, deviné dans Marmont le futur membre de l'Académie des sciences , et Marmont se venge de cette inattention et de cette imprévoyance en empruntant ou en prêtant aux soldats une espièglerie de corps de garde, pour dépouiller de tout prestige et livrer au ridicule la commission scientifique et artistique, dont la composition pouvait engager la responsabilité morale de Bonaparte.
Aux pertes cruelles d'Aboukir vinrent se joindre d'autres fléaux : la disette et la peste.
Marmont était chargé de surveiller l'arrivage des blés à Alexandrie. Il découvrit qu'une dilapidation horrible consommait presque tout ce que la navigation créée momentanément sur le canal procurait. Il demanda la mise en jugement des commissaires des guerres et des gardes -magasins. Le général Mauscourt, qui commandait à Alexandrie, s* y refusa, et protégea presque ouvertement les fripons. (I, 404.) Le général en chef, qui n'aimait pas plus que Mar-