LIVRE QUATRIÈME. itô
services qu'il rendit à cette place et à l'armée entière dans l'exercice de son commandement. A la pénurie d'argent pour payer la solde des troupes et les travaux de fortifications, au manque de bras pour terminer promptement les travaux et mettre la ville à l'abri d'un coup de main des Anglais, se joignit bientôt la menace d'une sédition, l'explosion d'une révolte. On devait s'emparer de la ville pendant la nuit, et la livrer au pillage. Les Anglais se mêlant ensuite à l'événement, auraient proposé aux troupes de les ramener en Europe, a L'on ne peut calculer sans effroi, dit Marmont, les conséquences probables d'un pareil désordre : V armée eût été per^
due Je pourvus à tout, ajoute-t-il; le parti pris
alors réussira toujours avec des Français dans les circonstances difficiles. J'en appelai au courage, à
la générosité , au patriotisme des soldats
Le cœur des soldats est élevé et noble;
cette classe d'hommes est accoutumée aux souffrances, et lorsque des chefs estimés s'y associent de bonne foi et les partagent, ces chefs peuvent tout obtenir d'eux. » (II, 9, 10.)
Marmont sauva donc l'armée à Alexandrie ; chef estimé, il parvint à détourner les soldats avec une habileté toute patriotique du chemin de la révolte t puisse-t-il ne pas abuser un jour de son ascendant pour les détourner de la voie de Thonneur et de la fidélité!
Bonaparte était alors devant Saint- Jean d'Acre. Marmont avait préparé une flottille pour porter à Tarmée de Syrie un petit équipage de siège. Partie sous les ordres du contre-amiral Perrée, elle fut capturée par les Anglais sur la côte de Damiette. « Cet événement, dit Marmont, changea toute la campagne et le sort de l'armée; car, à Saint-Jean d'Acre , elle trouva le terme de ses succès , et elle a échoué faute d'avoir six pièces de gros calibre. » (11,10.)
Marmont, après cette explication de l'insuccès de l'expédition de Syrie , ajoute quelques mots sur la portée de ces événements, et il reconnaît que si Saint-Jean d'Acre eût été pris, une révolution en Orient eût été la conséquence de cette conquête, selon que le général en chef l'avait prévu, la hardiesse d'une semblable conception ne dépassant pas les limites des choses possibles. » (II , H .)
Il est curieux de lire , dans un livre remarquable publié il y a plus de vingt ans, le développement de la pensée que le duc de Raguse s'est borné à exprimer ici avec tant de laconisme.
« Si Saint-Jean d'Acre se fût rendu , dit l'auteur, la Syrie était conquise , rien ne pouvait mettre obstacle aux entreprises de l'armée française : les populations du Liban prenaient les armes et nous fournissaient des soldats; l'opinion nous devenait si favorable, que tout cédait devant nous, et même