LIVRE SIXIÈME. ÎOI
tembre 1800, pour remplacer Masséna et commander cette belle armée d'Italie, alors forte de soixante mille hommes d'infanterie , dix mille chevaux et cent soixante bouches tt feu attelées.
y> Brune était alors âgé de trente-sept ans La
fortune l'a favorisé au delà de toute expression , car, sans talents, sans courage , sans aptitude et sans tnstruction militaire , il a attaché son nom à d assez grands succès. » (II, 156, 157, 158.)
Lorsque le duc de Raguse jetait dans ses Mémoires ces lignes outrageantes pour le vainqueur des An-> glais et des Russes, il savait que la fortune j qui avait favorisé ce guerrier au delà de toute expression j avait fini par le livrer à d'infâmes assassins ; ce souvenir palpitant du massacre de Brune, dans Avignon, au* rait dû faire craindre à son ancien compagnon d'armes de se montrer trop injuste et trop cruel pour une grande victime, impitoyablement égorgée, et dont la veuve poursuivait encore la vengeance et défendait la mémoire devant les tribunaux. Il y avait eu au moins un jour dans la vie de Brune où les faveurs de la fortune ne devaient pas lui être enviées.
Brune avait pour chef d'état-major Oudinot; Davout commandait la cavalerie , Chasseloup le génie , et Marmont l'artillerie. « Il s'établit, dit ce dernier, une- parfaite harmonie entre nous quatre. Dès ce moment nous résolûmes de conduire l'armée et d'agir toujours dans le même sens sur l'esprit du général
en chef, et à cet effet de ne le perdre jamais de vue. » (II, 159.)
Étrange spectacle ! Des commandants en second qui se concertent et s'entendent pour mettre le g6* néral en chef sous leur surveillance continue et pour conduire l'armée selon leurs propres vues, plutôt que selon les siennes ! Mais cette parfaite harmonie dont se félicite Marmont n'était après tout qu'une coalition de subalternes, un renversement occulte de la hiérarchie pouvant amener des tiraillements et de funestes incidents dans la direction de la guerre , et il est douteux que des généraux , dont la sagesse égalait la bravoure, se soient exposés, aussi facilement que Marmont le prétend, aux conséquences d'une pareille ligue.
Des succès marquèrent pourtant cette nouvelle campagne. Ils auraient été plus brillants, d'après Marmont, si Brune avait su tirer parti des avantages que ses lieutenants remportaient en quelque sorte malgré'lui. Mais le général en chef suivait Venr nemi à pas de tortue et négligeait de porter un coup décisif. Le soldat disait : Nous marchons à la brune^ Son impassibilité à Monzembano lui attira une violente apostrophe de Davout. « Revenu le soir au quartier général, dit Marmont, Davout, brutal et grossier, s'écria en entrant : « Comment, gén^l, pendant que la moitié de votre armée est engagée , vous restez ici occupé à manger? » (II, 466, 472.)