LIVRE SIXIEME
Heureusement ce défaut d'entente et de sympathie que présentait le quartier général n'eut pas sur l'issue de la campagne l'influence que l'on pouvait craindre. Un armistice fut signé à Trévise, et le colonel Sébastiani offrit d'aller à Paris pour en justifier la conclusion et les clauses.
Marmont avait été employé par Brune à la négociation de cet armistice, et comme le générai en chef lui reprocha de n'avoir pas suivi ses instructions , il rompit avec lui. <c Quant à Sébastiani , dit-il, en bon Corse, il conserva des rapports meilleurs avec le général en chef, quoiqu'il eût bien juré sa perte : il servit d'intermédiaire entre nous. Il soutint au général Brune qu'on pouvait démontrer au Premier Consul l'impossibilité où nous avions été d'obtenir des conditions plus avantageuses , et s'offrit de se rendre à Paris pour le convaincre. Cette proposition avait pour but de trouver l'occasion d'informer avec détail le Premier Consul des sottises sans nombre du général Brune pendant la campapagne , de son incapacité , de sa déconsidération , et de l'abjection dans laquelle il était tombé aux yeux de tous. Brune donna dans le piège , ordonna le départ de Sébastiani , et fournit les frais de poste à cet oflScier, sur l'appui duquel il croyait pouvoir compter, et qui cependant n'allait à Paris que pour le perdre; je ibunis notre envoyé d'un long rapport, dont il fit valoir toutes les parties et toutes les ex-
pressions. Peu après , Brune fut rappelé et remplacé par le général Moncey, homme âgé et d'un carac*tère honorable y mais d'une capacité peu étendue. Les circonstances n'en demandaient pas une supérieure ; il fallait seulement un esprit d'ordre , de la probité et un caractère modéré, qualités dont il était pourvu. » (II , 1 80 , 1 81 .)
Le duc de Raguse est satisfait , pleinement satis* fait. Il a décrit la chute de Brune , comme il l'avait préparée , avec une malveillance aussi active qu'habile. Il a plus fait: sans se relâcher jamais à l'égard du général en chef dont il poursuivit ardemment la perte, il frappe en passant sur ceux-là même de ses camarades qui se liguèrent avec lui contre Brune, sur Davout, qu'il appelle brutal et grossier; sur Sébastiani, dont il accuse la dissimulation et \di perfidie, et jusque sur Moncey , au caractère honorable dur quel il ne veut rendre hommage que sous la réserve d'y ajouter immédiatement une restriction désobligeante , au sujet de sa capacité peu étendue.
su.
Au milieu du grand contentement que cette campagne lui procura, parce qu'il y rendit des services que chacun voulut bien reconnaître (II, 1 88), Marmônt éprouva aussi des sollicitudes et des tdurments. On le supposait avec raison investi de la confiance du Pre-