UVRE DIXIEME
pétuer et à étendre de plus en plus le prestige de son nom, à mesure qu'elle recueillera chaque jour de nouveaux fruits des germes qu'il aura laissés partout sur scm passage. Elle reconnaîtra que si les nations furent broyées sous le char de triomphe du conquérant, ce fut, selon le mot de de Maistre, pour être mêlées y et que dans ce mélange ce fut, comme toujours , la race la plus élevée sur l'échelle de la civilisation qui rapprocha d'elle, pour les faire remonter peu. à peu à son niveau, les races tenues en arrière jpar leurs institutions et leurs préjugés.
Ce n'est pas ainsi, je le sais, que des écrivains moins suspects que le duc de Raguse, d'illustres hommes d'État et de brillants historiens , ont jugé la politique et le règne de Napoléon. Quelques-uns de ces esprits d'élite, sans prétendre, comme Marmont le fait dire à Decrès, que Napoléon fût fou^ tout à fait fou y n'en montrent pas moins une disposition persévérante à faire considérer sa politique comme dépourvue de désintéressement, de justice, de sagesse et de modération , surtout dans les dernières années de son règne.
Mais cette opinion, quelque respectable qu'elle soit sous la plume des hommes qui l'expriment de bonne foi et avec l'autorité d'une renommée glorieusement acquise , n'est pas autre que celle qui a été si longuement et si tristement développée par le duc de Raguse.
296 REFUTATIOX DES ilEMOIRES DU DCC DE RAGI]SE.
Les grands hommes sont donc bien difficiles à comprendre ! Oui , cette difficulté existe quelquefois pour des contemporains, et Napoléon, quoique enlevé au monde depuis près de quarante ans, est encore le contemporain de beaucoup de ses juges, grandis à côté de sa tombe et venus longtemps après lui sur la scène politique, où leur popularité n'a pas eu à se louer du voisinage de la sienne.
Ces juges ne peuvent pas être impartiaux : tout le monde sait pourquoi.