LIVRE ONZIÈME
ordre exprès de l'Empereur qu'il s'est tenu en dehors de cette vallée, et qu'il a été consigné en quelque sorte dans la province où il a subi un si: rude échec, ce Vos instructions du 18 et du 21 février, écrit-il à Berthier, sont rédigées d'une manière si impéraiive qu'elles suffiraient pour faire condamner devant un tribunal un général qui ne s'y serait pas conformé. Elles consacraient formellement le cas où l'ennemi serait en possession de V initiative; elles disaient même : « Si lord Wellington marche avec toutes ses troupes sur Badajoz, laissez-le aller j rassemblez votre armée j et il reviendra bien vite. » C'est précisément ce que j'ai fait : toutes les raisons qui établissent que les divisions auraient dû rester sur le Tage , je les ai senties, et elles sont toutes consignées dans les lettres que je vous ai écrites : c'est donc par pure obéissance que je les ai rappelées. » (IV, 380.)
Mais est-ce là tout ce que le major général prescrivit au duc de Raguse , dans ses instructions des 1 8 et 21 février 1812, pour le cas où lord Wellington marcherait avec toutes ses troupes sur Badajoz ?
Non , cette citation des lettres de Berthier n'en reproduit pas exactement les prescriptions essentielles , et le duc de Raguse a apporté trop de soin à la rédaction de ses Mémoires pour qu'il ait pu faire dans les pièces justificatives des suppressions insignifiantes.
Si l'Empereur tenait à ce que le corps d'armée
de Marmont ne s'enfermât pas dans la vallée du Tage j c'était afin qu'il fût en mesure de faire , selon les mouvements de Tannée anglaise , une diversion menaçante en Portugal. Dans sa lettre du 1 8 février, le major général dit bien au duc de Raguse : « Si Wellington se dirige sur BadajoZj laissez-le aller ^ rassemblez votre armée; » mais il ajoute aussitôt une prescription formelle , importante , et qui exprime la pensée constante de l'Empereur : « Marchez droit
SUR AlMEIDA ^ j ET POUSSEZ DES POINTES SUR CoÏMBRB.
Wellington reviendra vite sur vous. » (IV, 328.) Le 21 , Berthier renouvelle ses instructions à Marmont en y mêlant d'amères observations : « L'Empereur, monsieur le duc, lui écrit-il, me charge de vous répéter que vous vous occupez trop de ce qui ne vous regarde pas , et pas assez de ce qui vous regarde. Votre mission a été de défendre Almeida et Rodrigo, et vous avez laissé prendre ces places. Vous avez le nord à maintenir et à administrer, et vous abandonnez les Asturies*, c'est-à-dire le seul moyen de le gouverner et de le contenir. — Vous allez vous embarrasser si lord Wellington envoie
' Dans cette même lettre , Berthier explique que la marche sur Almeida est une menace pour Lisbonne , et que la position de Salamanque n'est choisie que pour servir de point de départ à des excursions incessantes sur les frontières du Portugal.
^ Marmont était si habitué à se jouer de la hiérarchie et de la discipline (luM lui arriva de déclarer à Joseph qu'il désobéirait à ses ordres sMl lui enjoignait de faire un mouvement en faveur de Suchet.