LIVRE TRËIZUaiE
averti des échecs de ses alliés sur la Marne , avait craint de trop s'engager sur la route de Paris , et il était revenu à Troyes. Ce mouvement imprévu ramena Napoléon à son dessein primitif de manœuvrer sur les derrières de Tarmée autrichienne, et il remonta l'Aube à cette fin. Mais il rencontra l'ennemi à Arcis * , où Schwartzenberg , à la faveur de sa grande supériorité numérique , força le passage de l'Aube et se remit en marche vers Paris. Mortier et Marmont, accablés également par le nombre, furent obligés de revenir sur la Seine , après avoir été battus à la Fère-Champenoise , et les vaincus de tant de brillants combats qui avaient marqué l'ouverture de la campagne, ralliés par des masses de Prussiens, de Russes et de Suédois, se hâtaient d'arriver sous les murs de la capitale , où ils espéraient terminer d'un coup leurs opérations militaires par une révolution politique.
Cette révolution était en effet activement préparée. Le duc de Raguse ne l'ignorait pas. Son beau- frère Perregaut, chambellan de l'Empereur, l'avait visité à son quartier général.
^ Au combat d' Arcis , dont le duc de Raguse a fait la troisième cause déterminante de la fin désastreuse de la campagne pour Napoléon , PEmperenr donna Pexemple de Pintrépidité la plus héroïque à ses soldats , en se jetant dans la mêlée à la tète de son escorte. L^armée française fit des prodiges de valeur et n'éprouva point de défaite. Mais les masses autrichiennes, bien que décimées par le fer et le feu de nos troupes, parvinrent à effectuer le passage de TAubc.
a II s'exprimait très-haut, dit Marmont, sur la nécessité de se débarrasser de Napoléon , et en cela il me semblait l'écho de Paris. Il parlait du retour des Bourbons comme du salut de la France. Ce langage , dans la bouche d'un homme de sa positioD , me parut singulier. Je combattais ses idées à cet égard. Je lui dis que nous perdrions, nous autres chefs de l'armée , le fruit des travaux de vingt campagnes ; ce qui avait fait notre gloire et composait nos souvenirs serait pris à crime auprès de gens dont les intérêts avaient été toujours contraires. Il me répondit : a Dans tous les cas , Macdonald et toi, vous serez certainement dans l'exception. — Mais, dis-je, ce n'est pas la considération d'intérêts personnels qui doit décider en pareil cas , ce sont les intérêts de tous dont il faut s'occuper. »
» Je ne sais quels rêves d'ambition l'avaient saisi tout à coup. Peut-être n'exprimaitril que les opinions au milieu desquelles il vivait , et dont l'action se fait toujours plus ou moins sentir sur nous. Mais telle est la mobilité de certaines gens, telle est la faiblesse humaine , qu'après s'être ainsi mis en avant de si bonne heure, trois mois n'étaient pas écoulés qu'il avait adopté toutes les haines ainsi que tous les préjugés populaires contre les Bourbons , et s'était rangé parmi leurs ennemis. » (VI, 203.)
Une seconde tentative de même nature est attribuée , par le duc de Raguse , à un homme qui a