LIVRE TREIZIEME
arguments adressés quelque temps avant à mon beau-frère, il me répondit: « Eh! monsieur le maréchal, avec des garanties écrites, avec un ordre politique qui fondera nos droits, qu'y a-t-il à redouter? » Quand je vis un homme de la bourgeoisie, un simple banquier, exprimer une pareille opinion , je crus entendre la voix de la ville de Paris tout entière. Peu de mois s'étaient écoulés , et il était devenu un de leurs ennemis les plus ardents; mais j'aurai lieu de faire connaître plus d'une fois cet étrange caractère dont la vanité est la base , et dont le cœur n'a jamais éprouvé un sentiment véritablement généreux. » (VI, 249, 250.)
La France entière et Napoléon lui-même * ont réfuté d'avance et raturé en quelque sorte tout ce qui pouvait tomber de la plume du duc de Raguse contre l'un des citoyens les plus irréprochables qui aient apparu dans nos luttes parlementaires. Quant à Tentraînement qui poussait la bourgeoisie à seconder les hautes classes dans leurs efforts pour le rétablissement des Bourbons , il n'a jamais été contesté* Napoléon le savait bien, quand il écrivait à son frère : « Partout fax des plaintes du peuple contre
* Au moment oii Napoléon allait quitter la Malmaison , M. Lafïïtte accourut pour lui remettre un récépissé des cinq millions versés dai|s sa caisse au nom de l'Empereur. Napoléon refusa en lui disant :
n Je TOUS connais, monsieur Laffitte, je sais que vous n'aimiez pas mon gouvernement; mais je vous liens pour un honnête homme. » {Mémorial,)
les maires et les bourgeois qui P empêchent de se defendre; je vois la même chose à Paris. Le peupk a de t énergie et de V honneur; je crains bien que ce ne soient certains chefs qui ne veulent pas se battre. » Mais ce qui est incontestable aussi , c'est que la bourgeoisie, au nom de laquelle M. Perregaux, chambellan de l'Empereur, et M, Laffîttei son banquier, avaient parlé pour les Bourbons au duc de Raguse, ne tarda pas à imiter ses oflScieux interprètes et à reconnaître que la restauration de Tancienne dynastie ne pouvait pas être faite logiquement au profit des idées de 89 et des classes que ce grand mouvement national avait appelées à une vie nouvelle. Les Bourbons, nobles et religieux gardiens du caractère que leur avait imprimé leur naissance, se chargèrent d'apprendre bien vite aux héritiers du tiers état qui l'avaient trop facilement oublié , ce que devait représenter l'oint du Seigneur, le descendant de saint Louis, dans le royaume de France, et ce qu'avait représenté Télu du peuple, sous l'Empire comme sous la Républiquç,
L'Empereur avait exprimé la crainte que certains chefs ne voulussent pas se battre. A partir du 30 mars au soir, le duc de Raguse fut à coup sûr