LIVRE TREIZIEME
l'un de ces chefs. Il aflirme bieu avoir repoussé les ouvertures de MM, Perregaux et LaflStte, et même celles de M. de Talleyraud (VI, 250); mais sa conduite ultérieure a prouvé qu'il pensait dès lors comme les négociateurs qui lui étaient adressés , et l'on peut tenir pour certain que, s'il s'est fait honneur d'avoir éconduit les princes de la diplomatie et de la banque, c'est que sa vanité répugnait à ce qu'il reconnût n'avoir été, dans les événements de 1 81 4, que l'instrument de la pensée et des machinations d'autrui,
Marmont s'établit à Essonne le 31 mars, et il se rendit la nuit suivante à Fontainebleau , où Napoléon , après lui avoir donné des éloges pour sa belle défense , lui demanda un travail de récompenses en faveur des braves de son corps d'armée.
L'Empereur était alors abattu et disposé à traiter. Le lendemain , il visita la position du sixième corps. Pendant son séjour à Essonne , « les deux officiers laissés à Paris pour faire la remise des barrières au^ alliés, dit le duc de Raguse, MM. Denis de Damrémont et Fabvier, rentraient au quartier général. Ils apprirent à TEmpereur les démonstrations de JQW et les transports qui avaient accueilli les troupes ennemies à leur entrée dans la capitale ^ V exaltation des esprits j enfin la déclaration de l'empereur Alexandre de ne plus désormais traiter avec lui» Un pareil récit affligea profondément l'EmperQurj
o88 R1:fITAT10x\ des MEMOiRb^S DU DUC DE RAGISE.
et changea le cours de ses idées. En effet, quoiqu'il fût familiarisé avec la pensée du mécontenlement public, il ne pouvait prévoir V accueil que recevraient les étrangers à leur entrée dans Paris de la part de r immense majorité des habitants de la capitale.... Dès ce moment, je fus frappé du dérangement complet qui avait remplacé sa lucidité ordinaire et cette puissance de raisonnement qui lui était si habituelle. ))(VI, 252,253.)
Que de choses dans ces quelques lignes!
Le duc de Raguse , foulant aux pieds tout sentiment national, et refaisant l'histoire selon les exigences de sa position personnelle , veut que le peuple de Paris se soit montré ivre de joie à l'entrée des armées ennemies, et que l'immense majorité des habitants de la capitale ait salué avec transport l'arrivée des troupes étrangères. Il lui faut ce honteux enthousiasme, ces acclamations impies, pour qu'il puisse dire qu'en passant lui-même à l'étranger il n'a été que l'interprète de Topinion publique et le serviteur empressé de la volonté nationale ; et afin de couvrir ou d'effacer la tache imprimée par la population parisienne et par l'empereur Napoléon au nom du transfuge d'Essonne, ce transfuge déclare hardiment que les Parisiens, par leur exaltation en faveur des alliés, furent les complices ou pour mieux dire les instigateurs de sa propre défection, et que l'empereur Napoléon, par le déran-