LIVRE THËIËtËMS. a»i
PariB , et Marmont m côtiûatt le président et leâ auttied membres ^ avec lesquels il a passé là nuit du 30 au 31 mars. Le Si avril ^ un décret du Sénat pro nonce la déchéance de Napoléon et de sa famille ^ et appelle Louis XYIII au trône de France* Il n'y a plus à hésiter. Quand tant d'autres , toujours' ad« mirateurs et pleinement dévoués jusque-^là^ cher« chaient à sauver leur positioU et leur fortune du naufrage inévitable de l'Empiré, pourquoi l'envieun opiniâtre^ le censeur obstiné, le détracteur clan-* destin ^ se serait'^il fait illogiquement le martyr de la fidélité ? Ce rôle ne pouvait pas convenir au duc de Raguse. N'ayant jamais été attaché que condi«« tionnellement à l'Empereur et à l'Empire , te mo-> mebt lui sembla venu de mettre ses actes publiCi^ en harmonie avec ses restrictions meUtales. Dès le 3 avril , Napoléon ^ déchu par un Sénat qui se cou-* vrait d'opprobre, n'était plus rien pour lui. Maiii une difficulté pouvait embarrasser Tesprit cauteleUJt de Marmont; L'empereur d'Autriche , résolu au sa-* crifice de son gendre , était^il disposé à abaudonnêr également les intérêts de son petit-fils ? Marmont avait des raisons particulières de connaître les intentions du cabinet de Vienne , et de se mettre en parfaite intelligence avec les représentants de la politique de l'Autriche. N'avait-il pas été gratifié d'une dotation considérable en Illyrie? Cela ne devait pas s'oublier au milieu des préoccupations du sauvetage. A peine
nanti du décret du Sénat , Marmont se hâta de le faire passer à TEmpereur à Fontainebleau , et il ne mit pas moins d'empressement à entrer en négociation avec le prince de Schwartzenberg. Le 3, Id négociation dut être couronnée d'un plein succès , puisque le duc de Raguse put l'apprendre à ses lieutenants dès le lendemain matin à huit heures. Le prince de Schwartzenberg , qui avait été des pre* miers à parler en faveur des Bourbons à son entrée dans Paris , avait sans doute édifié complètement le duc de Raguse sur les dispositions de la cour de Vienne au sujet de la régence* Tous les obstacles étaient levés pour Marmont; il se sépara pour ton-* jours de l'Empereur et de l'Empire ; et comme cette résolution, pour profiter aux alliés, devait être suivie d'un mouvement du sixième corps qui pût le soustraire à l'action de l'Empereur, le duc de Raguse s'engagea à faire évacuer Essonne par ses troupes, et à les diriger sur Versailles. Les généraux étrangers Schwartzenberg et Barclay publièrent à cette occasion les ordres du jour suivants :
IJVRE TREIZIEME. 99:)
Ordre du jour du prince de Schwartzenberg * pour les armées coalisées.
« Le corps ennemi du maréchal Marmont marchera par Juvisy, sur la grande route, jusqu'à Fresnes, où il s'arrêtera pour repaître; il suivra ensuite son mouvement , d'après les ordres du gouvernement provisoire. ,
» Les troisième, quatrième, cinquième et sixième corps se tiendront, à rentrée de la nuit, prêts à tout événement; il en sera de même de Tarmée de Silésie. Le corps ennemi sera escorté jusqu'à Fresnes par deux régiments de cavalerie du cinquième corps, et de là à Versailles, par deux régiments de cava-
* Le prince de Schwartzenberg exprima son contentement au duc de Baguse par la lettre suivante :
(( Monsieur le Maréchal,
» Je ne saurais assez vous exprimer la satisfaction que j'éprouve en apprenant Pempressement avec lequel vous vous rendez à l'invitation du gouvernement provisoire , de vous ranger, conformément au décret du 2 de ce mois , sous les bannières de la catise française.
» Les services distingués que vous avez rendus à votre pays sont reconnus généralement ; mais vous y mettez le comble en rendant à leur patrie le peu de braves échappés à l'ambition d'un seul homme.
» Je vous prie de croire que j'ai surtout apprécié la délicatesse de l'article que vous demandez , et que j'accepte , relativement à la personne de Napoléon. Rien ne caractérise mieux cette belle générosité naturelle aux Français , et qui distingue particulièrement Votre Excellence.
» SCirWARTZKNBERG. »
394 RÉFUTATION DES ItÉIfOItlËS DU DUC DE RAGUSE.
lerie russe de la réserve. Tant par ce motif qu'à cause de Tindisposition des habitants de Versailles ^ cette ville devra être fortement occupée par les troupes alliées. »
Ordre du maréchal Èarcîay pour Varmée
de Silêsie.
(( Le maréchal français Marmotlt ayant promis de passer de notre côté {zu uns iàbers^Uffehen) avec son corps de dix mille hommes, il doit se diriger par Fresnes sur Versailles; mais comme il pourrait arriver que Napoléon eût acquis la connaissance du projet du maréchal Marmont, et qu'il voulût en profiter pour tenter une surprise de nuit sur notre aile gauche, il est indispensablement nécessaire que tous les commandants des corps se tiennent prêts à marcher avec leurs troupes , jusqu'à ce qu*on ail appris avec certitude que le passage a eu lieu tran- (|uillement. On donne en conséquence les dispositions suivantes pour l'armée de Sllésie, en cas d'Utte attaque de nuit. » (^Suivent tes dispositiom.)
Ces deux pièces ^ qui constatent que l'enlèvement du sixième corps à Essonne et son mouvement sur Versailles ne furent point l'œuvre accidentelle des lieutenants du duc de Raguse, comme celui-ci a osé le prétendre, mais au contraire l'exécution d'un traité convenu par le maréchal Marmont lui-môme
LIVÉE IHËIXlfeMÊ. mi
avec les gétiêfauX entiemis, ces deux piècêà ôtit été insérées dan» un livré ' que j'ai déjà cité^ et qui fut publié éu 1 828 , Sous les yeux du duc de Raguse ^ alors toùt-puissatit, et qui garda le silence.
La défection ou la trahison , comme on Voudra l'appeler, est donc incontestable. Lé duc de Raguse la conteste cependant. 11 se déclare innocent du mouvement d'Essonne , dont il renvoie toute la res-* pôn^bilité aui généraux de division placés soun ses ordres, parce que ce mouvement fut exécuté par etix en son absence* (VI ^ 860 à 265-)
A l'appui de cette accusation contre ses lieute« nants, le maréchal cite une lettre qui lui fut écrite de Versailles le '6 avril par le général BordesouUe , et qui commence ainsi t « Monseigneur, Mi le colonel Fabvier a dû dire à Votre Excellence les motifs qui nous ont engagés à exécuter le mouvement que nous étions convenus de mspendrê jusqu'au retour de M. le prince de la Moscowa et des ducd de Tarante et de Vicence.... )> (/rf,, 264, 265.)
Mais s'il n'y avait pas d'autres preuves, et des preuves formelles , que le mouvement du sixième corps avait été positivement cùni)enu entre le duc de Raguse et ses lieutenants, par suite d'un traité du maréchal avec Schwartzenberg , la lettre du gé* néral BordesouUe invoquée par Marmont suiHrait
* Histoire de la bataille et de la capitulation de Paris i par Pôns
de THéraull, 73, 74.
pour établir cette convention sans la moindre incertitude. BordesouUe, en disant qu'il a exécuté le mouvement qu'on était convenu de suspendre^ con- State de la manière la plus évidente que le mouvement suspendu avait été nécessairement décidé, convenu même avec le général en chef.
Mais le général Bordesoulle a levé tous les doutes à cet égard dans une lettre adressée en 1 830 au maréchal Mortier, et dont un extrait a été inséré dans une publication récente ' .
(c Après l'évacuation de Paris , dit le général Bordesoulle, le corps d'armée du duc de Raguse alla , le 1 *' avril , prendre position en arrière d'Essonne. Je m'établis avec le premier corps de cavalerie à Corbeil. Bien que mon quartier général ne fût pas éloigné de celui du maréchal , je le voyais rarement. Le 4, vers huit heures, je me rendis chez lui, et je rencontrai à sa porte le général Digeon , qui commandait son artillerie. — Vous allez chez le maréchal , me dit-il , eh bien , il va vous apprendre du nouveau. — J'insistai vainement pour qu'il s'expliquât davantage. J'entrai. Après avoir fait le rapport de ce qui se passait sur la ligne, j'exprimai vivement la peine que me faisait éprouver l'état de découragement des troupes. — Que pouvons -nous faire à cela? me dit le maréchal. — Je l'ignore, car
* Le duc de Raguse devant V histoire, etc., 96, 97, 9S,Dentu, éditeur.