LIVRE TRËlZIiaiË
si je pouvais y remédier, je ne vous en parlerais pas. — Général , reprit-il alors, vous êtes un homme d'honneur, jurez-moi que vous ne révélerez pas ce que je vais vous confier. — Je lui donnai ma parole, bien éloigné de m'attendre à l'étrange confidence qu'il allait me faire. — Vous savez, général, qu'un gouvernement provisoire , établi à Paris depuis deux jours, a proclamé la déchéance de Napoléon; j'ai en conséquence fait un traité avec le prince de Schwartzenberg pour mon corps d'armée, qui, d'après mes conditions, va occuper la Normandie et n'aura aucun rapport avec les troupes alliées. Il ne recevra d'ordres que du gouvernement provisoire. — Comment, monsieur le maréchal, vous avez fait un semblable traité, et sans nous consulter?
— Général, j'ai votre parole. — Je la tiendrai, mais vous ne devez pas compter sur ma cavalerie.
— Vous ferez ce que vous voudrez; moi, je suis décidé à prendre les armes ce soir, à six heures , sous prétexte d'une revue, et je passerai. — Comment, monsieur le maréchal, vous allez donc découvrir Fontainebleau et mettre l'Empereur à la merci de l'ennemi? — L'ennemi, reprit-il , ne fera point de mouvement cette nuit. J'ai d'ailleurs stipulé la sûreté de Napoléon dans le cas où des événements de guerre le feraient tomber entre les mains des alliés. — Et que deviendra le corps de M. le duc de Trévise? (A la manière dont il me répondit
^98 REFUTATION DlàS IIEMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
d'être tranquille sur votre sort, j'avoue que je vous crus informé de ce qui se passait.) J'insistai pour qu'au moins il ne partit pas avant la nuit. -^ Cest très«bien , dit-il , mais répondriez^vous de moi ^ deux cents chevaux venaient pour m'enlever? **- Monsieur le maréchal , vous ne m'avez pas coiisulté sur ce que vous avez déjà fait, vous ne devez donc pas vous adresser à moi si vous avez quelque chose à craindre. — Réfléchissez , àiU^ en nous séparant | et venez à quatre heures me dire votre résolution.
» Rentré dans nos bivouacs, j'y remarquai un v^ doublement d'inquiétude. En arrivant chez moi, je trouvai une lettre du général Belliardqui me deman* dait confidentiellement dans quelles dispositions sç trouvaient les troupes. Je vis les officier^ généraux des corps de cavalerie que je commandais. Je les exhortai à faire tous leurs eflbrts pour remonter le mpral des hommes. A quatre heures, je me rendis seul chez le maréchal. Il était dans son jardin avec son chef d'état-major et le général Meynadier. Au même instant arrive de Fontainebleau un aide de canip que je crois être le général Fabvier, apportant la grande nouvelle de l'abdication de l'Empereur, Bn remontant chez le maréchal, je lui dis à part : — Voilà un événement qui tire Votre Excellence d'une fâcheuse position. -—Cela m'est égal, répondit-il, jen' en opère pas moins mon mouvement ce soir. Il serait fort aise de me faire arrêter. — Rentrés avec lui dans SQ»