‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 191 sur 207 · LIVRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIEME

La Restauration , qui avait dû être étonnée d'obtenir le concours du duc de Raguse , ne devait pas s'attendre non plus à ses outrages. Elle a éprouvé , à son tour, ce qu'un orgueil sans frein et jamais satisfait réservait à ses bienfaiteurs de tous les régimes.

Fatalement contemporaine de l'invasion , obligée d'accepter Tassistance de la trahison et donnant néf oessairement raison à Témigration, la Restauration ne pouvait être du reste que le triomphe des prin^ cipes que la révolution avait renversés , et pour lesr quels toutes les coalitions avaient été formées et n'avaient pas cessé de combattre. Les changements survenus dans la société française, depuis vingtcinq ans, lui imposèrent bien quelques concessions et certains ménagements, mais ne purent jamais la contraindre à changer de nature. Si Napoléon, ré* tablissant l'étiquette e le blason, était toujours, malgré ces déviations superficielles, le représen* tant de 89 , Louis XVllI , octroyant une charte et promettant un gouvernement libéral, n'en restait pas moins le représentant nécessaire de l'ancien régime. Il le comprit bien , quand on lui proposa de conserver le drapeau tricolore, ce que le duc de Raguse déclare pivoir lui-^même conseillé en 1814. « J'aimerais mieux, dit le roi, retourner à Hartwel, » Le roi avait raison; il se montrait le digne héritier de ses ancêtres. Le plan qu'on lui offrait équivalait au suicide. En l'acceptant, il eût renié ses proches^

SCS amis, ses alliés, Témigration , la Vendée, l'ancienne France et la vieille Europe ; il se fût renié lui-même, il eût dénaturé, amoindri, déchiré les titres dont il avait poursuivi l'application pleine et entière pendant vingt-cinq ans, au prix de tant de sang versé sur les échafauds et sur les champs de bataille. Un tel désaveu des siens et de lui-même devait révolter le gardien suprême de la tradition monarchique. Louis XYIII était sans nul doute le royaliste de France qui comprenait le mieux ces deux choses : V qu'il ne pouvait être que le roi de Tancien régime plus ou moins amendé et rétabli par la force irrésistible des circonstances; 2* qu'un roi de la révolution , autre qu'un Bonaparte , imaginé dans la précipitation d'une déroute par des révolutionnaires à bout d'expédients, était impossible, et devait, dans tous les cas, être pris ailleurs que parmi les frères et les héritiers de Louis XVI. Sous le règne d'un tel prince, et sous celui de son successeur, qui comme lui, et plus que lui, s'attacha religieusement au culte des souvenirs et des grandeurs du passé, tout ne dut pas être, tout ne fut pas petitesse ^ et petitesse jusqu'à la dégra* dation; et le serviteur de la Restauration, qui a osé inscrire cette phrase odieuse au fronton de l'édifice qu'il aida à élever en 1 81 4 , a plus ajouté à sa propre flétrissure qu'il n'a réussi à entacher les hommes dont il fut lo complaisant et jaloux collaborateur.

Page 1