‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 192 sur 207 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

Que la Restauration ait eu des hommes d'État que leur éducation avait rendus peu propres à comprendre les besoins et les tendances de la France nouvelle , nul n'a le droit de s'en étonner. Mais ces hommes y dans leur inaptitude à suivre et dans leurs efforts pour arrêter le mouvement accéléré des sociétés modernes, ne se montrèrent ni petits ni dé^ gradés. Retenus par leur naissance dans les voies du passé , les ducs de Richelieu et de Doudeauville , le comte de Labourdonnaye et le prince de Polignac, les uns modérés, les autres exaltés dans leur royalisme, se firent également remarquer par la noblesse de leur caractère , et ils n'apportèrent au pouvoir, pas plus que MM. de Chateaubriand, Hyde de Neuville , de Damas , de Laferronais , Martignac , Laine , Gouvion Saint-Cyr, Dessoles, et tant d'autres ministres des deux règnes de la branche aînée des Bourbons, aucun signe de petitesse ni de dégra^ dation.

Vivaient -ils aussi dans un monde où tout était petite et petit jusqu'à la dégradation j ces publicistes, ces orateurs, ces philosophes , ces poètes, qui s'appelaient Bonald et Lamennais, Camille-Jordan et Royer-CoUard , Guizot et Villemain, Lamartine et Victor Hugo ?

Qu'on ne croie pas que le duc de Raguse s'en prenne ainsi au monde tout entier de la Restauration pour venger seulement l'injure cruelle qu'il eut

à subir de l'un des membres de la famille royale. Quand il rabaisse tout un système, tout un ordre de choses, c'est qu'il a dû en soufirir plus d'un jour, et à l'occasion de plus d'une personne, dans son amour-propre et dans ses prétentions.

La Restauration prit quelquefois ses ministres parmi les maréchaux et les généraux de l'Empire; elle confia l'exercice du pouvoir suprême à Dessoles, à Gouvion Saint -Cyr, au duc de Bellune, compagnons d'armes du duc de Raguse, et dans lesquels celui-ci n'avait vu constamment que des inférieurs sous tous les rapports; et elle ne songea jamais à donner un portefeuille au duc de Raguse lui-même, qui croyait pourtant avoir donné des preuves éclatantes de sa capacité administrative.

La Restauration voulut faire la guerre; la révolution espagnole lui en avait offert l'occasion. C'était une bonne fortune pour la maison de Bourbon dans la pensée du duc de Raguse. « Le baptême de sang, dit-il, est nécessaire à de nouveaux drapeaux, à de nouvelles couleurs. » Le maréchal Marmont croyait donc la guerre (T Espagne une chose politique et raisonnable, (Vil, 293,) Il ne s'en cachait pas; et la Restauration , qui ne pouvait ignorer que ce vieux guerrier avait acquis par son expérience personnelle une connaissance parfaite du pays ou l'on allait combattre, n'eut pas l'idée de lui donner le premier commandement de l'armée d'expédition, et elle

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