LIVRE QUATORZIÈME
prit pour généralissime le duc d' Angoulôme , assisté de Guilleminot, de Bordesoulle, de Lauriston, de Molitor et d*aûtres généraux, sur lesquels le duc de Raguse n'a jamais exprimé que des sentiments et des opinions peu favorables.
Lfl Restauration eut Tidée de tirer vengeance du dey d'Alger, qui avait insulté la France. « Depuis le commencement des hostilités avec Alger, le rêve de ma vie, dit le duo de Rsiguse, avait été de corn-! mander l'expédition qui tôt ou tard serait dirigée contre cette ville. Les diverse&i administrations avaient semblé consacrer en principe que moi seul je pouvais être chargé de cette opération. Aussi je m'étais regardé constamment comme ayant des droits acquis et comme le général désigné de cette expédition future. Effectivement, je paraissais remplir mieux qu'un autre les conditions exigées. » (VIII, %\%,) Indiquant ensuite les qualités que dojf; réunir le général en chef d'une grande e:j^pédition , \l ajoute : « Il lui faut Vautorité du grade ^ qui lui donne d'une manière constante une supériorité sq« claie ; il doit y ajouter Vautorité du caractère, celle ds V opinion de $a capacité ^ fondée sur ses actions antérieures, et celle de son crédit. » (Id.j 213.) Un maréchal devait ainsi être préféré à un lieutenant général. Marmont avait donc pour lui P autorité du grade j il ne manquait pas non plus de celle de fojotnion de sa capacité^ et puis « plusieurs circonstances,
dit-il, militaient encore en ma faveur, et me désignaient particulièrement. Parmi les maréchaux, j'étais le seul qui eût fait la guerre d'Egypte. Or, la guerre qu'on méditait était de même nature. J'avais été en outre longtemps en rapport avec les musulmans, et je connaissais leurs mœurs. Il était question d'un siège, et j'avais parcouru la première partie de ma carrière dans le service de l'artillerie. Enfin , ma position politique devait inspirer toute confiartbe. » (VU, 21 4.) Eh bien, malgré tous ces titres, appuyés sur des promesses formelles de divers ministres et du roi lui-même, la Restauration éconduisit le vétéran de l'artillerie , le soldat d'Egypte , le maréchal qui possédait toutes les qualités exigées d'un commaAdant en chef, et elle lui préféra ^ le
* I^e maréchal Marmont laisse voir dans ses Mémoireê toute la pro< fondeur de la blessure que fit è son orgueil la préférence accordée an général Bourmont. Pour écarter cette préférence , il s'adressa d^abord au duc d*Angoulôme et ensuite au roi. U finit par dire au Dauphli i (t Monseigneur, si le commandement de cette expédition m'est enleré , j'en éprouverai, je crois, un tel chagrin et un tel dégoût, qu'il ne me restera plus qu'à me faire capucin. » (Vnr, 228.) Quand le géaéoA Bourmont eut été nommé , la duchesse de Berry ayant demandé dans ai grand cercle de la cour où était le duc de Raguse , le Dauphin prit la parole et répondit tout liaut : «. Le maréchal ! il s'est retiré dans va couvent et se fait moine. » (Id., 231.)
Le duc de Raguse avoue qu'il a rarement éprouvé en sa vie une peine aussi vive que celle qu'il ressentit de la nomination du général Bourmont , et il ajoute qu'elle aurait été bien plus vive encore s'il avait ps en deviner toutes les conséquences. (Id., 230, 231.) « Mais comment deviner, dit-il , la masse de maux dont une absence de Paris m'aurait garanti !» (fd.)