‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 194 sur 207 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

général Bourmont, dont la position politique ne lui inspirait pas moins de confiance que celle du déserteur d'Essonne.

Ainsi, dans toutes ses grandes entreprises militaires comme dans tous les grands mouvements de sa politique, la Restauration dédaigna les services du duc de Raguse , en se réservant seulement de les réclamer en un jour de guerre civile.

Évidemment il y avait déception pour l'homme qui se complaisait dans les souvenirs du temps où il était reçu en triomphateur dans le salon de M. de Talleyrand, et où sa voix menaçante faisait trembler les membres du gouvernement provisoire. C'est sous l'influence du ressentiment provoqué par cette longue déception qu'ont été écrites sans doute nonseulement les lignes insultantes pour la Restauration , et par lesquelles le maréchal Marmont sépare cette époque de celle de l'Empire , mais aussi toutes les pages où les serviteurs des Bourbons, et les Bourbons eux-mêmes, ne sont pas mieux traités que les serviteurs de l'Empire et que l'Empereur.

C'est donc l'esprit de vengeance, et non pas l'esprit de justice, qui a fait accuser la Restauration d'avoir tout réduit à la petitesse, et à la petitesse souvent voisine de la dégradation.

La Restauration fut tout ce qu'elle pouvait être; elle ne mérita pas d'être honnie et brutalisée par ses propres serviteurs, parce qu'il ne lui avait pas

été donné de s'élever et de maintenir la France à la hauteur où l'Empire s'était placé et avait fait mo&ter le grand peuple.

Les gouvernements sont nécessairement liés par leur origine et par leur principe dans la direction de leur politique.

Les dynasties qui ont perdu la faculté de représenter la société, et qui ressemblent à la sibylle dépouillée du sens prophétique, selon le mot de Ballanche , peuvent jouir plus ou moins longtemps des derniers reflets de la gloire antique ; mais ce reste d'éclat, emprunté aux grandeurs du passé, quelque droit qu'il conserve au respect des nations^ n'éclaire jamais suffisamment les anciennes races royales sur les intérêts et les besoins nouveaux des peuples. Certes, le représentant de la dynastie des Bourbons , remis en possession du trône de ses pères en 1 81 4, se faisait remarquer par les lumières de son esprit et par la solidité de sa raison. Eh bien, toutes ses qualités furent dominées par les nécessités de sa position. Homme principe, et préféré à ce titre à tous les expédients imaginés par la vieille Europe pour s'assurer le plus possible de l'inaction de la jeune France, il transigea bien quelquefois, dans la pratique gouvernementale , avec les existences ilou* vclles, mais sans abandonner, sans altérer, sans subalterniser jamais les principes fondamentaux de la monarchie dont il était l'expression vivante.. La

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lexique légitimiste maîtrisait le roi , en dépit de la sagacité , de la prudence et des combinaisons particulières de rhomme. Cette logique porta ses fruits, et ramena Napoléon de Ttle d'Elbe.

La vieille Europe , qui était occupée à Vienne à dépecer et à se partager les États, fut surprise, au milieu. des joies de cette immense curée, par le bruit de la réapparition miraculeuse et de la course triomphale de son prisonnier, qu'elle affectait de ne plus appeler que Bonaparte^ comme si elle eût espéré l'abaisser et l'amoindrir, aux yeux du monde, en le réduisant au nom qu'il avait rendu immortel , et dont le prestige avait préparé les prodiges de l'Empire.

Le congrès de Vienne , frappé de stupeur, ne revint de son étourdissement que pour s'abandonner aux excitations de la vengeance et pour mettre au ban de l'Europe celui qui> selon l'expression du poëte , avait laissé la poussière de ses pieds empreinte sur le bandeau des rois. Une seconde invasion de la France fut résolue; Napoléon essaya vainement d'entrer en négociation avec l'empereur d'Autriche. Il fallut accepter le défi de l'ancien régime européen , et la fortune s'obstina à trahir le champion

416 RiÎFirrATIO.V Dltô MIDMOlRfclS DU DUC DE RAGUSIi:.

de la révolution française. Après deux jours de campagne, marqués par de brillants succès , l'empereur Napoléon, privé du concours d'une partie de son armée , attachée à la poursuite ou à la surveillance d'un corps prussien, vit succomber ses phalanges héroïques sur le champ de bataille de Waterloo.

a Journée incompréhensible!... a dit Napoléon; concours de fatalités inouïes!.... singulière campagne où, dans moins d'une semaine, j'ai vu trois fois s'échapper de nos mains le triomphe assuré de la France et la fixation de ses destinées.

» Sans la désertion d'un traître , j'anéantissais les ennemis en ouvrant la campagne.

» Je les écrasais à Ligny si ma gauche eût fait son devoir.

» Je les écrasais encore à Waterloo si ma droite ne m'eût pas manqué.

» Singulière défaite où , malgré la plus horrible catastrophe , la gloire du vaincu n'a point souffert ni celle du vainqueur augmenté. La mémoire de l'un survivra à sa destruction, la mémoire de l'autre s'ensevelira peut-être dans son triomphe. » {Mémorial.)

Napoléon ne croyait point sa gloire entamée , sa renommée compromise, son génie frappé de suspicion et convaincu de défaillance par l'issue fatale d'une bataille où son intrépidité personnelle et celle du plus jeune de ses frères, le prince Jérôme Napo-

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