LIVRE QUATORZIÈME
séquent incapable de lui avoir raconté un tel tissu de faussetés.
3> L'Empereur s'est placée pendant la bataille ^ sur un mamelon j au centre de la position , d'où son regard embrassait l'ensemble des opérations et d'où il aperçut le mouvement de la cavalerie qu'avait ordonné le maréchal Ney, qui lui parut en effet prématuré et intempestif; aussi s'écria-t-il 2 « Voilà Ney qui d'une affaire sûre en fait une affaire incertaine ; mais maintenant , puisque le mouvement est commencé, il n'y a plus autre chose à faire qu'à i'appuyer. » Et il m'ordonna de porter l'ordre à toute la cavalerie de soutenir et de suivre celle qui avait déjà passé le ravin qui la séparait de la position occupée par l'ennemi. Ce qui fut fait. Malheureusement le moment n'était pas arrivé pour qu'un tel mouvement pût réussir, et l'Empereur l'avait bien senti ; mais on ne pouvait pas arrêter et rappeler les corps déjà engagés, et il y a à la guerre des fautes qu'il n'y a moyen de réparer qu'en y persévérant.
» Je laisse au maréchal Marmont, sans le lui en**
vier, l'honneur du parallèle {voyez page i8t4) qu'il
cherche à établir entre les chefs des deux armées
et la part qu'il fait à chacun dans le résultat de
la bataille; il se complaît à faire le panégyrique
du général anglais aux dépens de l'Empereur; mais
au lieu de prendre tant de peine pour l'accuser de
fautes auxquelles il attribue Tissue funeste de cette journée y il aurait pu sentir que Tarrivée inattendue sur notre flanc d'un corps de trente mille Prussiens, dont l'artillerie traversait et labourait de ses boulets notre ligne d'opération , a été la véritable cause de la perte de la bataille et de ses suites désastreuses. Dans son rapport à son gouvernement, le duc de Wellington a la justice d'en convenir.
» Quant à la terreur que le maréchal prétend s'être emparée de l'esprit de l'Empereur au moment du désordre, je ne puis mieux faire, pour réfuter cette assertion mensongère, que de raconter les faits tels qu'ils se sont passés sous mes yeux, et par conséquent personne n'est plus en état de le faire que moi.
» Âpres avoir assisté à l'attaque de la cavalerie et à celle de la garde , et lorsque le mouvement de retraite se fut prononcé, je suis revenu chercher l'Empereur. Il était nuit; je l'ai retrouvé dans un carré , et je ne l'ai plus quitté ; après y être resté quelque temps, et la bataille était perdue sans ressource, il est sorti pour se porter sur la route de Charleroi.
» Nous avons suivi cette direction , non pas au galop ^ comme on a l'infamie de le dire dans ces Mémoires y mais au pas, et aucune poursuite de l'ennemi n'a pu inspirer à l'Empereur les craintes que le maréchal, dans sa haine, voudrait lui attribuer.