‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 80 sur 207 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

soins. J'eus Vidée la plus hardie ^ la plus audacieuse, et sur-le-champ fen entrepris l'exécution avec Vautorisatùm du Premier Consul : j'essayai de faire passer rartillerie par la grande route, la nuit, malgré la proximité du fort. Je commençai mon épreuve avec six pièces et six caissons, en prenant les précautions suivantes : Je fis envelopper les roues, les chaînes et toutes les parties sonnantes des voitures avec du foin tordu , répandre sur la route le fumier et les matelas que Ton trouva dans le village, dételer les voitures , et remplacer les chevaux par des hommes placés en galères, elc, etc.... Je présidai moi-même à cette première opération. Elle réussit au delà de mes espérances. Un orage avait rendu la nuit fort obscure ; les six .pièces et les six caissons arrivèrent à leut destination sans avoir éprouvé ni perte ni accident. Ce succès nous tirait d'un grand embarras , et me fit éprouver une des joies les plus vives que j'aie eues dans ma vie. Le sort de la campagne était là; sans cela elle avortait. » (II, 1 1 9, 1 20.) Ainsi, cette magnifique campagne, que le passage du Saint-Bernard avait ouverte, et que la victoire de Marengo allait couronner, aurait abouti à un avortement saus le génie inventif et l'esprit audacieux de Marmont. On ne saurait en douter, c'est Marmont qui l'atteste ; et comme il craint que son récit n'ait pas mis suffisamment en lumière le triste rôle qu'il donne à un autre jkcàté de celui qu'il

s'attribue à lui-même si brillant et si beau, il m hâte d'ajouter :

tt Je dois faire remarquer ici que les pltis grands généraux, eux-mêmes se rendent souvent coupables d'imprévoyance; cependant ^ c'est dans k prévoyance que se trouve une de leurs plus grandeis qualités. Le fort de Bard était Venu compliquer notre position d'une manière fâcheuse* Si on avait préparé une artillerie particulière en fondant des pièces de gros calibre d'un poids léger^ en un jour il se serait rendu. D'un autre côté^ tout cet immense travail du matériel démonté au grand Saint-Bemard aurait pu s'éviter $ le col du petit Saint«>Beniard était dès lors praticable aux voitures , et six pièces de douze j envoyées depuis de Ghambéry^ le traversèrent sur leurs affûts. On ignorait l'état de ce passage , et) dans une circonstance aussi importante , c'était une chose impardonnable! d (II , 1S1 .)

Ignorance impardonnable et imprévoyance sans excuse du Premier Consul 9 à côté de la sagacité et de l'audace du général de l'artillerie, voilà donc ce qui caractérise 9 d'après Marmont, le passage des Alpes par l'armée française. Mais cette armée était sous les ordres d'un chef qui savait combattre ^ vaincre et écrire comme César^ et qui n*a pas oublié le Saint-Bernard ni le fort de Bard dans ses Mémoires^

« Le passage prompt de l'artillerie^ dit Napoléon^

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