LIVRE SIXIÈME
loir rinconvénient grave résultant, pour les pays catholiques, du trop grand nombre de fêtes, et il profita de ses connaissances économiques pour donner une bonne leçon au Premier Consul , parfaitement ignorant en ces matières , dit Marmont , et qui allait rétablir le culte, sans prévoir les conséquences qu'un chômage trop fréquent pouvait avoir sur le travail national dans les ateliers et dans les champs* Heureusement , ce Bonaparte , que le duc de Raguse a fait tant de fois inaccessible aux conseils de la sa* gesse et de la raison, après avoir maintenu d'abord sa première opinion, consentit à écouter docilement l'enseignement scientifique et philosophique de son ancien aide de camp , qui lui exposa , d'après des autorités dont il n'a pu retrouver le souvenir, que le temps perdu par les fêtes expliquait la différence de prospérité des États catholiques et des États protestants; ce qui était facile à comprendre, quand on réfléchissait qu'il y avait dans ceux - là jusqu'à soixante-dix jours , c'est-à-dire le cinquième de Van^ née employé à consommer sans produire. « La réflexion le convainquit, dit Marmont, car le concordat supprima toutes les fêtes, excepté les quatre pour lesquelles l'Église a une dévotion partitîulière. Ce que m'avait annoncé le Premier Consul se vérifia; les murmures d'un petit nombre de mécontents passèrent y et les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la na* lion furent satisfaits d'avoir la possibilité et la liberté
de remplir les devoirs de leur religion; ils bénirent le Premier Consul. » (II, 200.)
L'événement justifia donc les prévisions de rhomme d'État qui gouvernait la République après
l'avoir tant illustrée , et imposa silence aux esprits forts de son entourage. <c Ce n'est pas le mystère de l'Incarnation que je voia dans la religion , leur di-* $ait-il, c'est le mystère de l'ordre social. Mais est-il croyable que cet homme, si supérieur par son génie philosophique comme par son génie militaire aux publicistes et aux soldats qui l'aidaient à assurer le repos , la prospérité et la grandeur de la France , ait eu besoin de la science économique et d'une leçon fortuite de l'un de ces esprits forts pour faire un concordat conforme aux idées, aux mœurs et aux intérêts nouveaux de la nation ? Est-il possible que le Premier Consul, qui avait auprès de lui, pour mûrir et discuter ce grand projet, des conseillers aussi éclairés et aussi sages que les Tronchet, les Portails, les Siméon, les Treilhard, etc., etc., n'ait été amené que par hasard à préserver la France régénérée des abus qu'il savait contribuer à entretenir la paresse et la misère parmi les vieilles nations du midi de l'Europe? Non, ce ne fut point le philoso* phisme de Marmont, accidentellement interrogé, qui fit supprimer les fêtes trop nombreuses consa-^ crées dans l'ancien régime , et si funestes à l'indus* trie nationale et à la richesse publique; ce fut plutôt