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LES MASCARILLES

Parmi les types ridicules qui varient l'aspect de notre société, on remarque, outre le faux Anglais, dont nous

nous sommes occupé, un autre type qui peut s'appeler le faux Franç ais,

Gomme le fauœ Anglais, le faux Français n'est autre chose qu'un Fr^çais.

Né de n'importe qui, il apparaît un jour au milieu de la société parisienne, pimpant, parfumé, grasseyant, parlant beaucoup aux femmes, peu aux hommes, lâchant des sornettes en style contourné, pirouettant sur les talons, et se donnant tous /les airs éventés, prenant toutes les allures victorieuses de monsieur le marquis de Mascarille, dont nous lui laissons le nom.

T.e faux Français, ou plutôt le vrai Mascarille, est un homme d'une quarantaine d'années, qui se croit sérieusement gentilhomme, et n'admet pas de discussion là-dessus. 11 fait revivre toutes les impertinences de l'ancienne cour, où son grand-père a connu monsieur de Lauzun.

11 se dit bon Français, Français de la vieille roche, vrai Français, chevalier français

Dans les temps où l'on se connaissait en noblesse et en éducation , on distinguait très-vite sous leur enveloppe ces valets de chambre emplumés, ces coiffeurs endimanchés, ces Mascarilles en goguettes, et on les rossait avec les brancards de leur chaise à porteurs.

Aujourd'hui, l'aristocratie est devenue si bonne fille, qu'elle sait gré au premier venu de lui voler son étiquette, ses blasons, ses privilèges ; elle tient compte aux

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) gens de ce qu'Os Tealent hksk s'instituer baions ou mar^ 1 quis, et conâdère ce procédé oHmne on acte d'adhésion.

Qu'arriTe-iHl? Le MascariDe moderne est plus imperj tinent que ceux qui naissent aTec le droit de l'être.

H bat ses domestiques « embrasse les femmes de chambre à la façon des anciens gentilshommes , se débraille quand A est gris, tutoie les actrices et les cochers, et affecte de ne pas payer ses dettes.

y^l appelle cela Caire revivre l'ancienne monarchie.

Ses appartements sont remplis de portraits de famille.

Quand il promène les dupes dans sa galerie d'aïeux, il s'arrête devant un portrait d'abbesse qui fut peut-être une sainte , et dit avec malice : a Mon gfand-përe m'a toujours dit que cette béguine-là était des soupers du régent, n ^[^^Car il ne parle jamais que régent et régence.

Tout ce qui se fait aux lumières est régence. Et , de même que le faux Anglais se bourre de pommes de terre bouillies et se noie de thé , le JUascarille affecte de ne manger que la nuit, parce que le souper est régence.

11 appelle le spectacle , quel qu'il soit , la comédie : la Comédie-Française; la comédie de Feydeau, pour l'Opéra-Comique. Il dit Jes Bouffons, et ne jure que par vrai Dieu I sacrebleu! pardieul Quelquefois, dans les grandes occasions, et quand il s'agit de montrer qu'il est de noble race, il franchit l'époque frivole des Lauzun, iot> remontant aux époques héroïques de la monarcGie,

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I il emprunte aux anciens chevaliers l'apostrophe de : \ Vive Dieu ! messeigneurs !

Ceci est pour les occasions où le parti légitimiste — dont il est — peut avoir à se montrer.

Le Mascarille date de la Restauratiûn ; mais il a pullulé d'une manière alarmante. Toute la nation française s'emmascarilUf et, à force d'être égaux, nous allons tous ièire gentilshommes. /

On compte à présent par milliers des Moêcarillons , Ces Lauzuns, des hommes-régence.

Un homme qui s'établit très-effrontément Mascarille finit même par un mariage qui se conclut en raison du titre qu'il s'est supposé.

Et les petites filles de bourse qui épousent des Sfascarilles deviennent elles-mêmes des Mascarillettes tellement régence , qu'elles tutoient aussi les cochers de fiacre.

Un jour, l'une d'elles monte dans une citadine en affectant l'air effaré d'une grande dame qui va retrouver incognito Richelieu à sa petite maison.

— Cocher, mène-moi vite. Quelle heure as-tu?

— Hein ? comment qu' vous dit' ça ?

— Quelle heure est-ce que tù as ?

— Tu m'aimes donc bien, que tu me tutoies ?

Le besoin de s'emmascariller est tellement général.

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qu'on va chercher des titres, des écussons, jusqu'à Tétranger.

Le commerce des familles bric-à-brac s'étend tous les jours, et voici l'annonce que donnèrent un jour tous les journaux :

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