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LES FEU

De temps en temps, la société de Paris s'illumine d'un éclat inaccoutumé.

De brillants météores versent la flamme à grands flots, des volcans font éruption, et Ton se demande : Qu'estce que c'est ?

Ce sont deux ou trois jeunes héritiers qui agitent ainsi la ville et la mettent sur pied.

Clochez, le carrossier des mineurs, teur a fait une calèche et un coupé chaise à porteurs.

Les maquignons des Champs-Elysées les ont enrossés.

La taverne anglaise leur a fourni tous ces garnements britanniques qui, sous prétexte d'avoir bon chic en perruque, sont les plus mauvais et les plus ivrognes cochers ;

Les chemisiers leur bariolent la poitrine de festons fleuris ;

Les tailleurs les fagotent ;

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les femmes à la mode leur dopent Des Talete de chambie modHes finDcm et hiinteiA teor linge;

Les joueurs consommés les font jouer quand îb

Les hommes d'afliaires les induisent en dites';

Les usurieis les adièvent;

Et un beau jour Ton s'interroge en disant : Où est donc un tel ?

HélasI un tel a disparu :

L'étoile a filé,

Le météore s'est évanoui.

En termes plus intimes, les amis disent : n y a longtemps qu'on n'a yu /eu un teL

11 est cuit,

n est frit,

n fait valoir ses terres,

n a une mission secrète,

Il s'est fait spahi,

11 navigue, 4

11 étudie le ^ve sur les lieux,

Il se marie.

Ce qui signifie qu'on se moque charitablement du niais qui a épouvanté Paris des caracolades de ses chevaux, scandalisé les théâtres de ses parties d'avant-scène, incendié tous les restaurants de ses punchs nocturnes, et

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laissé une part de son avoir sur le tapis d'une table de

Ahl qu'elle ^st longue la -listé des jeunes feu qui ont traversé Teiistence depuis dix ans i Quelques-^unë sont pnorts, d'autres ont engraissé ; il y en a qui sont souspréfets, brigadiers de hussards» douaniers, matelots, selon rimportanœ et les ressources de leur famille.

Les fils de bonne maison se font chasseurs quand ils n'ont pjus le sou^ Us affectent le goût des champs, Tamour des forêts, affichent la haine de la grosse bête, et, quand ils viennent passer un mois d'hiver dans ce Paris tant regretté, c'est pour raconter des duels à mort qu'ils ont soutenus contre des sangliers et des loups, narrations qu'ils accompagnent toujours d'un fredonnement de fanfares de chasse et d'une imitation nasale de la trompe.

On les reconnaît, rouges, hâlés, l'œil hébété par l'habitude de rire avec des paysans, gorgés de nourriture, portant des gilets et des pantalons devenus trop étroits, et demandant des nouvelles de lorettes qui sont feu depuis quatre ans.

Ces fetk-lh sont les plus tnalheureux, parce qu'ils ne le sont pas franchement, et qu'ils revoient quelquefois te théâtre dé leur splendeur.

Autrefois, les feu étaient bien plus nombreux, et ils arrivaient à la disparition par des traits de mœurs et de caractère dont la célébrité les dédommageait.

Tel celui qui, ayant signé 30,000 francs de lettres de change pour obtenir 500 francs comptant et un chameau vivant, promenait lui-même son quadrupède devant Tortoni, en le tenant par une grande laisse.

Soit à cause de la division incessante des fortunes, soit à cause, des préceptes avaricieux qui gouvernent toutes les familles, les mineurs se flambent très-vite à la chandelle de la civilisation.

j Depuis quelques années, on ne voit que des feu très- Imesquins.

Nous citerons un jeune duc qu'on croyait feu, et qui n'en finit pas de mourir. Il allait fort vite, il courait la poste à bidet, déguisé en courrier, galonné comme un maréchal de France ; il changeait de voiture comme de gants ; il ne changeait pas de maîtresse, ce qui coûte bien cher. On attendait sa culbute, et il est resté.

Un autre, célèbre par sa phénoménale figure, s'est mangé en appartements, en chevaux, en actrices. Il lui reste de quoi vivre. Gela n'est pas lolérable.

Mais nous avons aussi les faux feu.

Quand un agent de change prend le chemin de la rivière ou de la Belgique, tout le monde saisit cette occasion de se dire volé, ce qui suppose qu'on avait de l'argent.

De même, nous voyons des vantards de ruine, des fanfarons de désordre, de mauvais sujets imaginaires,

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déplorer des déportements qu'ils n'ont fait que rêver.

L'hiver dernier, un mineur, ou peu s'en faut, a scandalisé toute la jeunesse de Paris par une retraite motivée sur dés raisons d'invention.

11 a supposé des pertes de jeu, des paris de course, des lettres de change signées en état d'ivresse; il a poussé les hauts cris, s'est jeté aux genoux de sa mère, a pleuré abondamment, et a annoncé que des erreurs de jeunesse le forçaient de parcourir l'Amérique.

Ne pas se ruiner quand on est jeune, cela est tout au plus pardonnable.

Mais être avare et se prétendre prodigue I

Le tour est nouveau ; et c'est bien là un trait de ce temps-ci, qui joue au seigneur et qui paye en épicier.

L'hypocrisie de ce jeune feu a été démasquée. Les amis qu'il accusait de son changement de fortune ont dressé son bilan.

11 est établi qu'en un an il avait perdu trente-sept francs au piquet.

Le temps des bons feu est passé.

Un jeune feu, plus gueux que Job, s'apercevait récenunent des désastres de sa toilette. La médaille de la .foUe vie porte sur son revers un homme mal vêtu.

11 écrivit, en conséquence, à l'un de ses amis, ncm moins infortuné que lui :

« Envoie-moi, je t'en prie, un pantalon d'hiver. »

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A quoi Fami répondit :

« Je ne puis Venvoyer un pantalon d'hiver, n'ayant pas divers paatalons. »

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