LES PIGEONS
La galanterie française, cette ancienne galanterie qui vivait de scandale, d'esprit et d'infidélités, est complètement dénaturée.
• Les mœurs italiennes, avec ces cavaliers servants, ces amants qu'on fait durer vingt-cinq ans, et qui sont plus esclaves du ménage que le mari lui-même, ont déteint sur les mœurs de notre société.
Un jeune homme qui craint d'alarmer sa famille par des amours échevelées cherche un amour du monde, et se voue à l'existence passionnée et laborieusement jalouse da pigeon.
11 va faire la roue auprès d'une colombe à la mode, épanouir les plumes changeantes de ses ailes, renfler son jabot, s'effiler le bec, et pousser des cris gémissants, jusqu'à ce qu'on lui réponde par les douces agaceries d'un roucoulement étouffé.
Alors les deux amants s'aiment d'amour tendre ; on en fait part à ses amis et connaissances, et, excepté le m ari qui ne sait pas ou ne veut pas savoir, le genre humain tout entier est prévenu que denu pigeons nouveaux von
embellir du spectacle de leur passioales réunions de la société parisienne.
Quand vous voyez une colombe s'abattre sur la crête d'un toit, n'êles-vous pas sûr de voir bientôt son mâle amoureux et inquiet?
Ainsi, dans le monde, on annonce madame une telle toute seule et sans son mari : à cinq minutes d'intervalle apparaît monsieur un tel.
En général, on suppose qu'ils sont arrivés ensemble, et dans la même voiture, jusqu'à la poçte cochère de la maison, et que, par décence et pour ne pas afficher les mystères du colombier, ils se sont séparés pour un instant.
La colombe^ entrée la première, s'assied avec un air d'aisance affectée, et dirige son œil d'émail vers la porte.
Le tendre pigeon se présente, fait ses petites salutations obligées, et, tout haut, demande froidement de ses nouvelles à la colombe, comme quelqu'un qui n'aurait pas voyagé tout à l'heure dans le même coupé, patte contre patte, aile contre aile,
Au grand dédain du cocher, habitué à conduire sans malice et sans regarder derrière lui son pigeonnier ambulant.
Pendant la soirée, le pigeon a mille petits soins pour la colombe. Plus soumis qu'un mari, forcé souvent d'aller où il ne voudrait pas, empêché d'aller où il voudrait.
là LA VIK PARISIENNE
et où va le mari qui s'y amuse, il faut que, pour Tamour-propre du volatile auquel il s'est voué, il affecte delui tenir son évtntail, de rire, de causer : comme s'il y avait encore quelque chose à dire; d'apporter des glaces, des sandwichs, de ramasser le bouquet qui tombe, de poser des tasses de thé sur les meubles, d'accomplir tous ces petits actes de domesticité amoureuse qui font dire à chacun : Ah ! voilà des pigeons qui s'aiment d'amour tendre.
Quand la soirée est finie, le pigeon dit d'un air nonchalant, et comme s'il était galant par occasion : « Voulez-vous, madame, que je]fasse appeler vos gens? — Je veux bien. »
Et le couple se dirige vers l'antichambre, s'enveloppe à la hâte de tous ses manteaux, et grimpe dans son pi* geonnier à quatre roues, qui devient presque toujours une arène dans laquelle on se reproche mille choses très-graves :
D'une part ,
Avoir feint de pleurer d'attendrissement pendant que madame*** chantait.
Avoir fait valser madame *** deux fois et avec des étreintes passionnées.
D'autre part ,
Avoir agacé le p'^'con de madame***, lui avoir dit avec intention qu'on allait tous les jours aux Champs- Elysées à quatre heures.
LA VIE PAKISIEMNB 13
Avoir trouvé de bon goût une épingle qu'il porte et qui n'est que bizarre.
Gomme les maris permettent fort bien à leurs femmes de se donner au monde, sans être forcés de les accompagner, l'espèce despigeons pullule beaucoup, et il arrive qu'on puisse souvent, dans une seule maison, compter jusqu'à dix couples , diversement intéressants . par leur beauté, leur plumage et leur constance.
Ce qui plonge dans un ridicule amer les/emmes qui se font suivre d'un mari , ou dans une embarrassante solitude celles qui vont toutes seules^ et n'ont pas fait de choix :
11 se parle entre les pigeons un langage, il s'organise des choses, des plaisirs, des parties, auxquelles la femme encore conjugale, ou la colombe isolée, ne peuvent prendre aucune part.
L'espèce du pigeon dont nous parlons est connue dans l'histoire naturelle sous le nom de pigeon ordinaire ou pigeon mondain. C'est le captif volontaire, comme l'appelle Buffon.
11 suit partout sa colombe.
Aux courses de chevaux, celle-ci se perche dans une tribune en évidence.
Lui, sur l'hippodromej se rengorge dans son costume panaché, et fait mille gracieuses gentillesses à la ma-* nière des pigeons culbutants»
Au spectacle, il vient s'abattre dans la même loge^
14 LA VIE PARISIBNNB
toujours comme par hasard, et savoir si Ton est content du bouquet qu'il a envoyé.
A Chantilly, quelle nuée de pigeons! les échos de la forêt en sont encore à répéter les roucoulements qu'ils ont entendus.
Tout pigeon se présente généralement sous le plumage de pigeon mondain; et, pendant Thiver, il est tendre, discret, servile.
Mais, quand vient le printemps, le plumage tombe, et alors la malheureuse colombe reconnaît qu'elle a donné son cœur, son amour, sa vie,
A un pigeon fuyard l
Le volage prend les plus mauvais prétextes pour échapper aux devoirs et aux serments du nid :
Une carrière à suivre sérieusement ;
Un mariage à préparer;
Des chevaux à acheter en Angleterre.
La colombe désolée, mais consolable, cherche des distractions, et demande à l'air pur des champs des émotions honnêtes et calmes.
Mais les séducteurs d'été, ces trouble-ménages qid courent les châteaux, comptant sur les chances d'une galanterie d'autant mieux reçue qu'à la campagne il y a moins de concurrence, viennent rouler des yeux de feu autour de la timide femelle.
Elle ne résiste pas longtemps; le pigeon ramier ^ qui prend son nom de son goût pour les bois et les arbres,
LÀ YIE PARISIENNE 15
est très-fasidnateur. Il oi^anise des parties de pêche, de dieval, des promenades au clair de la lune ; et, dans les châteaux qu'il visite, on entend toute la nuit des bruits de porte, des piétinements dans les corridors :
Le ramier fait son nid.
Les femmes qui vont aux bains de mer y rencontrent l^ pigeon des roches, qui aime à se suspendre aux falaises, à voir le choc des lames, et à coqueter sur le galet.
Les bisets ou pigeons voyageurs parcourent en troupe les villes d'eaux : Aix-la-Chapelle, Baden, Çms et les Pyrénées.
Les ménages à la mode du monde parisien sont tous dans cette condition, qui présente à étudier un des côtés les plus variés de l'histoire naturelle.
Les maris sont négligents, grognons ou occupés d'affaires industrielles, politiques ou autres;
On les enrichit souvent de pigeonneaux d'un plumage accusateur, et dont la ressemblance avec le père est constatée et souvent même admirée dans le monde.
Il faut qu'une femme soit bien vertueuse pour qu'elle se résigne à mener sans pigeon une vie décolorée et languissante.
Et l'isolement fane ses belles années si elle ne choisit pas,
Ou un pigeon cavalier qui lui prête 4es chevaux de selle et la mène à quatre dans les promenades puWiques,
Jadis vieillir était un art.
Aujourd'hui ce n'est plus qu'un malheur.
Quand il y avait une société, de la conversation, de la littérature, des bons mots et des salons, cliacun prenait ' sa place et son rôle.
Et celui des vieilles femmes était le plus aimable.
Quand une femme , selon les qualités plus ou moins durables de sa beauté , avait passé ses années de galanterie, elle prenait son parti bravement , ne conservait que les recherches nécessaires pour supporter la vue de la vieillesse sans la cacher, se constituait vieille femme, et remplissait une mission importante et tutélaire pour . tous les âges.
Elle présidait des cercles fameux, distribuait aux femmes et aux hommes les réputations de beauté et d'esprit, ménageait aux jeunes et aux vieux Ventrée ou la sortie du monde, faisait des mariages, protégeait des , amours , mettait à la mode certains visages et certains livres , liait souvent des intérêts frivoles à de grands in*- ' térêts, tenait école de manières, soutenait par l'autorité des traditions le bon langage et la politesse, et se couchait tard.
Les vieilles femmes exerçaient une grande influence. La jeunesse respectait ces êtres d'un sexe neutre, qui ne gardaient des premières années que la grâce et l'habitude de plaire, en puisant dans les leçons de l'âge le goût de servir les autres et de les instruire.
LA VIE PARISIENNB 7
Quoi de plus aimable, de plus attendrissant, qu'Orne jolie vieille ?
A moins d'être un bâtard ou un monstre, qui ne songe à sa mère qu'il aime ou qu'il a perdue en voyant et en écoutant une femme dont le cœur est sans orage, dont le visage a été flétri par les douleurs et les soins de la maternité, dont la parole est grave et douce, l'entretien léger et instructif, l'observation fine et juste ?
Nous n'avons plus de ces vieilles femmes ; il y a seulement des êtres du genre féminin qui s'éteignent cbs^ curémeiit , sans entourage, sans prévenances, avec des souvenirs perdus pour les* autres.
Après dix ou douze ans d'éclat et d'agitation^ une femme de nos jours commence une vie de rage intime et de dénigrement contre le genre humain*
Efle porte envie à celles qui débutent et leur emprunte leurs modes; n'espérant plus de grandes passions, elle court après des caprices humiliants : au^bal masqué elle frétille, la taille étranglée et rajeunie par des buses, et commence par l'esprit une séduction que doit détruire le visage.
Dans les salons , elle s'en prend à toutes les renommées , discute les beautés, conteste les dents et les cheveux de tous, établit bêtes des gens de mérite, surprend et dénonce des regards , inquiète les maris, gêne les amants, détruit, abîme, déchire tout autour d'elle et semble dire : Me voilà 1
Jadis vieillir était un art.
Aujourd'hui ce n'est plus qu'un malheur.
Quand il y avait une société, de la conversation, de la littérature, des bons mots et des salons, cliacun prenait ' sa place et son rôle.
Et celui des vieilles femmes était le plus aimable.
Quand une femme , çelon les qualités plus ou moins durables de sa beauté , avait passé ses années de galanterie , elle prenait son parti bravement , ne conservait que les recherches nécessaires pour supporter la vue de la vieillesse sans la cacher, se constituait vieille femme, et remplissait une mission importante et tutélaire pour . tous les âges.
Elle présidait des cercles fameux, distribuait aux femmes et aux hommes les réputations de beauté et d'esprit, ménageait aux jeunes et aux vieux l'entrée ou la sortie du monde, faisait des mariages, protégeait des , amours , mettait à la mode certains visages et certains livres , liait souvent des intérêts frivoles à de grands in*- ' térêts, tenait école de manières, soutenait par l'autorité des traditions le bon langage et la politesse, et se couchait tard.
Les vieilles femmes exerçaient une grande influence. La jeunesse respectait ces êtres d'un sexe neutre, qui ne gardaient des premières années que la grâce et l'habitude de plaire , en puisant dans les leçons de l'âge le goût de servir les autres et de les instruire.
LA YIB PARISIENNB 7
Quoi de plus aimable, de plus attendrissant, qu'une Jolie vieille ?
A moins d*être un bâtard ou un monstre, qui ne songe à sa mère qu'il aime ou qu'il a perdue en voyant et en écoutant une femme dont le cœur est sans orage, dont le visage a été flétri par les douleurs et les soins de la maternité, dont la parole est grave et douce, l'entretien léger et instructif, l'observation fine et juste ?
Nous n'avons plus de ces vieilles femmes; il y a seulement des êtres du genre féminin qui s'éteignent (4>scurémeiit , sans entourage, sans prévenances, avec des souvenirs perdus pour les* autres.
Après dix ou douze ans d'éclat et d'agitation, une femme de nos jours commence une vie de rage intime et de dénigrement contre le genre humain.
Elle porte envie à celles qui débutent et leur emprunte leurs modes ; n'espérant plus de grandes passions , elle court après des caprices humiliants : au^bal masqué elle frétille, la taille étranglée et rajeunie par des buses, et commence par l'esprit ime séduction que doit détruire le visage.
Dans les salons , elle s'en prend à toutes les renommées , discute les beautés, conteste les dents et les cheveux de tous, établit bêtes des gens de mérite, surprend et dénonce des regards , inquiète les maris, gêne les amants, détruit, abîme, déchire tout autour d'elle et semble dire : Me voilà !
Jadis vieillir était un art.
Aujourd'hui ce n'est plus qu'un malheur.
Quand il y avait une société, de la conversation, de la littérature, des bons mots et des salons, cliacun prenait ' sa place et son rôle.
Et celui des vieilles femmes était le plus aimable.
Quand une femme , selon les qualités plus ou moins durables de sa beauté , avait passé ses années de galanterie, elle prenait son parti bravement , ne conservait que les recherches nécessaires pour supporter la vue de la vieillesse sans la cacher, se constituait vieille femme, et remplissait une mission importante et tutélaire pour . tous les âges.
Elle présidait des cercles fameux, distribuait aux femmes et aux hommes les réputations de beauté et d'esprit, ménageait aux jeunes et aux vieux l'entrée ou la sortie du monde, faisait des mariages, protégeait des , amours , mettait à la mode certains visages et certains livres , liait souvent des intérêts frivoles à de grands in*- * térèts, tenait école de manières, soutenait par l'autorité des traditions le bon langage et la politesse, et se couchait tard.
Les vieilles femmes exerçaient une grande influence. La jeunesse respectait ces êtres d'un sexe neutre, qui ne gardaient des premières années que la grâce et l'habitude de plaire , en puisant dans les leçons de l'âge le goût de servir les autres et de les instruire.
LA VIB PARISIENNK 7
Quoi de plus aimable, de plus attendrissant, qu'aine jolie vieille ?
 moins d'être un bâtard ou un monstre, qui ne songe à sa mère qu'il aime ou qu'il a perdue en voyant et en écoutant une femme dont le cœur est sans orage, dont le visage a été flétri par les douleurs et les soins de la maternité, dont la parole est grave et douce, l'entretien léger et instructif, l'observation fine et juste ?
Nous n'avons plus de ces vieilles femmes ; il y a seulement des êtres du genre féminin qui s'éteignent obscurémeiit , sans entourage, sans prévenances, avec des souvenirs perdus pour les* autres.
Après dix ou douze ans d'éclat et d'agitation ^ une femme de nos jours commence une vie de rage intime et de dénigrement contre le genre humain«
Elle porte envie à celles qui débutent et leur emprunte leurs modes ; n'espérant plus de grandes passions, elle court après des caprices humiliants : au^bal masqué elle frétille, la taille étranglée et rajeunie par des buses, et commence par l'esprit une séduction que doit détruire le visage.
Dans les salons , elle s'en prend à toutes les renommées , discute les beautés , conteste les dents et les cheveux de tous, établit bêtes des gens de mérite, surprend et dénonce des regards , inquiète les maris, gêne les amants, détruit, abtme, déchire tout autour d'elle et semble dire : Me voilà I
22 LA YIE PARISIENNE
ceau de la peau du séducteur, ils cément le gîte et foat un exemple.
Enfin, le dindon a un double estomac.
Quel est le premier reproche que fait à son mari une f enrnie qui veut le classer parmi les dindons ?