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LES AMOURS A DISTANCE

On compte bien des manières d'aimer.

Mais toutes ces manières diverses n'ont qu'un même but : la possession.

n y a des gens qui aiment sans viser à ce but: ce sont ceux qui aiment à distance. C'est une classe nombreuse et bien originale dans ses voluptés.

Cette classe se subdivise elle-même à l'infini. Nous avons d'abord les adorateurs d'actrices, qui se fanent, s'étiolent , s'abrutissent dans l'admiration d'une femme

de tbéAtre, et dont la passion ne dépasse jamais les quin quels de la rampe. Cet amour les prend dans leur staRe et les quitte à la fin du spectacle. Us ne s'approchent jamais de l'idole, et se contentent de Taimer de loin, le soir, sans jamais chercher à la voir le jour, lui parler, lui écrire, ils l'aiment comme femme de théâtre, et non comme femme, ce qui est loin d'être la même chose.

Dans le monde, dans les concerts, dans les bals, dans les salles de spectacle , on rencontre aussi le faiseur

Le faiseur éFœil n'a pas de prétention positive et précise. Il promène sur toutes les femmes son regard de vautour amoureui; ses yeux sont illuminés d'un feu de charbon de terre; il a toujours l'air d'un Européen lâche dans un sérail ; sa prunelle s'abaisse, se relève comme le soufflet d'un accordéon. Pourtant , aucune femme n'est le point de mire de cette fusillade de regards. C'est au seie entier qu'il en veut. Il fait Vœil , et voilà tout. 11 aime à distance, et se contente de l'idée qu'on lui trouve de beaux yeux.

. Le torseur procède par d'autres moyens. Le torseur fait l'indifférent, le myope, le distrait, ne regarde personne, et emprunte tous ses effets à son torse, toujours bardé d'une cravate à gros nœuds et d'un gilet bien étudié. Le torseur projette sa poitrine sur le devant d'une loge ou dans les embrasures de portes d'un salon, ou dans l'intervalle de deux rideaux de croisée.

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Tandis que dans le monde les amoureux positifs se faufilent dans les groupes de femmes , parlent à voix basse , se font donner des petites fleurs ou des coups d'éventail , ramassent des mouchoirs et des mots qui tombent, les amoureux à distance , le faiseur d'osily le tùrseuVy ceux qui posent pour le r^ard ou pour le gilet, se tiennent , comme nous le disions , dans les croisées ou les embrasures de portes, d'od ils aiment, sans rien dire, quelqu'un qui s'en aperçoit et n'est pas censé le savoir.

Une remarque «en passant : Au théâtre, le torseur chauve ne va jamais à l'orchestre : c'est au balcon toujours qu'il expose ses nœuds dé cravate et va cacher son crâne.

Dans un ordre d'idées et d'habitudes inférieures, qui n'est pas frappé de la multiplicité des suiveurs ?

Le suiveur est un type parisien. Quelle femme étant sortie seule , le soir ou le jour, n'a pas à raconter, en rentrant chez elle, les angoisses que lui a causées l'obstination d'un suiveur I

Le suiveur est très-drôle à observer et à suivre. Suivez un suiveur dans ses évolutions. Une femme passe devant lui, et réjouit sa vue par une tournure quelconque, par un développement de crinoline : le suiveur accélère son pas, dépasse sa victime, et se retourne bientôt pour juger de la beauté de l'objet de sa poursuite. Si l'objet est laid (ce qui est fréquent], le suiveur ralentit sa mar-

che , lit des écriteaux , des enseignes , et se.laisse dépasser à son tour pour chercher mieux.

Si l'objet est beau (ce qui est rare) , lé mivet/r compose son allure, se cambre, maj-che sur la pointe des pieds, ajuste son chapeau, fredonne un air, regardte (Sin* les boutiques pour attendre, passe, repasse, traverse la rue, envoie des regards de flamme , et continue ainsi son service d'escorte jusqu'au domicile de l'objet. Pendant dix minutes , il se poste dans la rue, regarde aux fenêtres, et ne quitte qu'à regret la place où la vision s'est évanouie.

C'est surtout par les temps de pluie que le suiveur abonde et se passionne. Tous ces mollets que la malpropreté des rues contraint à se produire, tous ces bas blancs qui luttent contre les éclaboussures, lui révèlent des beautés de jambes invisibles par le beau temps, et le suiveur s'enhardit à lâcher des compliments , quelquefois sa carte ou des lettres au crayon toutes faites.

Le Musée, qui n'est plus depuis longtemps une exposition de peinture, est un champ ouvert aux filous qui veulent se compléter des douzaines de mouchoirs, et aux suiveurs qui cherchent aventure.

Là , le suiveur est dans son élément : il coudoie doucement, il effleure les châles, et lit tout haut dans son livret pour rendre service aux curieuses qui s'arrêtent devant un tableau dont elles ignorent le sujet.

Tout cela se fait sans but, sans mauvaise intention de

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Iroubler des familles et des ménages, mais uniquement pour suivre^ pour aimer à distance.

£n somme , l'adorateur d'actrices, le faiseur iSFml^ le torseur^ le suiveur y se contentent de préliminaires, d'espérances, et ne tiennent pas aux réalités»

Us préfèrent les moyens au but , Tavenlure à la possession. Ce n'est pas de la timidité| c'est de l'imagination, c'est la recherche de l'infini.

Vin

LES PETfTS MÉNAGES

Jamais, à aucune époque, il n'y eut moins qu'aujourd'hui de vertus intérieures, de vertus de famille :

Tout ce qu'on donnait à des affections intimes, à dés devoirs domestiques , on le reporte sur des ambitions insensées, et tout eltérieures.

Les mœurs privées et surtout les sentiments privés sont corrompus et viciés; mais les mœurs publiques onf meilleure apparence.

Il y a moins d*honnêtes gens, et plus de gens moraux.

C'est-à-dire qu'au temps des plus intolérables tracas-

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séries religieuses on ne compta jamais plus d*hommes soumis à Topinion de certains autres?

On craignait un peu Dieu ; on ne craint plus que la publicité.

On aime bien plutôt vivre en paix avec des journaux qu*on redoute, avec des électeurs dont on a besoin, qu'on ne cherchait à mériter l'absolution d'un confesseur commode.

La Charte a fait plus d'hypocrites que l'Église.

Parlons des actrices.

Le temps est loin où mademoiselle Glotilde, la célèbre danseuse de l'Opéra, adorée par le brillant Pignatelli, comte d'Ëgmont, et par l'amiral espagnol Mazaredo, dépensait quinze cent mille francs par an.

D'abord, qui est-ce qui a encore et qui est-ce qui donnerait à présent quinze cent mille francs ?

L'hypocrisie publique n'encourage que l'usure qui se cache et ne pardonne plus à la prodigalité qui se montre.

Ce qui fait que l'art dramatique marche à sa perte, v

Au produit modestement rétribué d'un talent remarquable, une actrice ajoutait jadis le produit d'un Anglais follement riche, ou d'un général qui avait fait fortune.

Aujourd'hui, ce sont les théâtres qui payent les actrices, comme d'anciens Anglais, comme d'anciens gêné-

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raux ; tous les entrepreneurs s'y ruineront; c'est pourquoi l'art dramatique marche à sa perte.

En attendant, voici ce qui se passe :

A défaut de gens riches, ou prodigues, ou indépendants de l'opinion des chambres et des journaux, l'actrice s'arrange une vie d'épargne et de lésine, un intérieur de prose et d'ennui, et se livre aux tristes et froids détails du pot-au-feu.

Elle se marie.

Au lieu de rêver un grand état de maison, de riches toilettes, elle abaisse ses regards sur les charmes d'un petit ménage maussade, mais légitime, et l'époux qu'elle choisit, c'est celui qui vocalise le matin avec elle, qui se poignarde le soir pour elle, qui bat des entrechats dans ses jambes, avec qui elle a l'habitude de vivre, de travailler, de voyager; avec qui elle confond sa voix, son haleine, qu'elle embrasse, qu'elle tutoie. Elle épouse un acteur, un chanteur, un danseur, ou un chef d'orchestre.

Tous deux vivent dans leur coque, utiUsent leurs mères mutuelles, soit par la. cuisine, soit par les raccommodages, rançonnent leurs directeurs, courent la province, ramassent des gros sous, qu'ils placent à la caisse d'épargne, prennent du ventre et font souche d'huissiers ou d'avocats.

Ou bien, elle ne se marie pas.

Elle écoute son cœur ; son cœur lui dit :

Tiens, voilà un homme de lettres, spirituel, il n'a pas d'argent.

Tiens, voilà un jeune homme du monde, élégant, bien né ; il n'a d'argent que ce qu'il liii en faut pour payer la stalle d'où il te loi^e.

Tiens, voilà un homme d'affaires, un spéculateur ; il ne possède que son cabriolet.

Tiens, voilà un journaliste, un vaudevilliste, ce que tu voudras, tu as le choix; tu peux les aimer : les ruiner, non.

Et elle aime.

Commence alors un petit ménage illégitime. Pour ces unions les deux dots sont réglées : deux cœurs.

C'est effrayant comme on s'aime! à la différence des liaisons d'autrefois, qui consistaient en visites attendues, et dont les conventions étaient : d'une part, beaucoup d'argent ; de l'autre, peu d'amour ; on se voit sans cesse, on ne se quitte pas, on se voit trop, et Ton arrête ainsi ses conditions : de l'amour tous les jours; de l'argent quelquefois.'^

Vépoux de ce petit ménage s'identifie avec la profes-

sion de son épouse; et, à l'inverse de ce qui se passait, quand Tactrice devenait, par les sacrifices fastueux de son protecteur, en quelque sorte une grande dame ,

C'est lui, au contraire, qui devient acteur, plus acteur même que l'actrice à qui son existence est liée.

Quand elle est sur les planches, il respire pour elle,

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parle pour elle, raccompagne du regard, la souffle quand la mémoire lui manque, s'émeut, s'agite, frissonne, passe du froid au chaud, du rouge au pâle, et joue tout seul, sans interlocuteur, un drame intime et réel*

A la fin du spectacle, c'est lui qui vient l'attendre, la couvrir d'une foule d'attentions et de cachenez, visiter l'agrafe de ses socques, et la hisser, avec ou sans sa mère, dans un fiacre.

Dans les petits ménages, le cachemire est une fiction, la voiture un mythe ; la nourriture est assez bonne : le veau en est la base.

La mode des petits ménages s'est étendue à tous les degrés.

Auî figurantes, on n'adresse même plus de ces propositions frivoles que se permettaient des étourdis ayant de l'or à la poche et du vin à la tête ; on propose un petit ménage, ou, pour mieux parler la langue pratique, Xêtre avec.

Encore plus d'égards et moins d'argent.

Ce n'est plus une actrice, une femme quelque peu formée par une éducation indispensable, par l'étude de la déclamation ou delà musique; c'est un petit être joli, mais inculte, plein de grâce et d'ignorance, d'une ânerie adorable, mais inquiétante pour l'avenir.

On lui cherche alors des mattres à bon marché, pour lui démontrer que la langue maternelle n'est pas la lan-

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gue française, et lui apprendre qu'il y a des meubles appelés pianos.

On achète avant tout une armoire à glace, puis un peu de linge, un cachemire français, un manteau tartan, six couverts et un fauteuil Voltaire, dans lequel on s'abrutit le soir à fumer et boire du vin chaud.

Dans tous les petits ménages, c'est V époux qui se charge des véritables et sérieux intérêts de sa moitié, c'est lui qui s'occupe des costumes, des rôles, qui menace les directeurs d'une extinction de voix ou d'une

•entorse, et visite les journalistes.

Le langage de la maison est très-chaste : les vilaines locutions en sont bannies, et le tutoiement n'est même pas risqué devant la belle-mère.

Les petits ménages se voient entre eux, se font des visites qui servent à établir la statistique des autres petits ménages, à parler de ceux qui se projettent et de ceux qui se rompent.

On arrange des parties de campagne ou de spectacle : ce sont les grands jours; les rivalités de chapeaux et de robes, les jalousies d'écharpes et de bracelets, se met- \ tent à nu, et, après des efforts réciproques pour mettre en harmonie toutes les toilettes, on s'empile dans des ' voitures et des loges payées à frais communs. I

Le petit ménage se distingue généralement par un air , propret à l'extérieur ; mais l'intérieur en est rendu peu

liA VJE PABISIBNNE ^

ragoûtant par les habitudes et les manies de la bellemère.

La mère d'une femme de théâtre est un être auquel ne correspond aucune analogie de Tordre social :

Elle prend du tabac et en sème partout ; dans ses po* ches, elle entasse mille objets, des fichus décolorés, des defe, des quatre mendiants, des écheveaux de fil, de vieux journaux, des pots de rouge et des chaussons; ses bas de laine tombent à gros plis sur ses chevilles engorgées ; son bonnet couleur de beurre tourne, mal attaché, sur des cheveux mêlés comme du foin; sa robe, ouverte dans le dos, bâille sur un corset aux œillets arrachés ; et. tout ce vêlement, qui tient par des fils usés, par des cordons précaires, exhale une odeur de chat et de vieux linge.

Elle a Tair de ne s'être jamais habillée ni déshabillée.

Pour sa toilette de ville, elle possède un chapeau couleur de suie mouillée, et un châle dont les franges pleurardes balayent le trottoir.

Le ton de la mère est grognon; elle allume le feu avec la grammaire de sa fille, et reçoit le linge sur son piano.

Elle cause trop avec la portière, ©t s'entend avec elle pour donner un sobriquet à Yépouœ de sa fille.

En général, les petits ménages sont stériles.

On compte aussi quelques petits ménages de loretteSy mais ils sont rares et peu dignes.

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]1 n*y en a jamais eu qu'un de célèbre. 11 est rompu depuis quelques années. C'était un ménage mod^e : on s'y battait et l'on y riait tout le jour. La Chaussée-d' Antin a gardé le souyenir de ses querelles et de la gaieté de ses amis. *

Toute une génération contemporaine a dépensé sa verve et sa jeunesse dans cet intérieur, où le vin était spirituel et la folie philosophique.

De l'établissement de ces petits mênctges sans bruit et sans faste, il faut tirer ces conclusions :

Que souvent l'homme sort de la bonne compagnie sans que la femme*sorte de la mauvaise ;

Qu'on ose se donner des vices cachés, durables et à bon marché, et qu'on n'ose pas afficher des vices éclatants, magnifiques et passagers;

Et, comme l'a dit Etienne Bequet,

Que tout cflibataire est plus ou moins marié.

LES LORETTES DU MONDE

Quand nous avons créé le mot lorette, nous savions rendre un grand service à la langue et à la pudeur françaises.

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Le mot a fait fortune comme un mot agréable qui, à lui seul, en remplace plusieurs désagréables, et nous retirons un fruit bien doux de notre propre création en pouvant toucher sans scandale et sans périphrase quel*ques-uns des côtés les plus piquants de notre société.

Une des supériorités de la femme sur l'homme, c'est de pouvoir garder son cœur et de gagner Testime de ses semblables à cet éloignement des passions.

Une femme sage est un objet d'admiration; un homme sage (dans la même acception) est un monstre ridicule.

Les lois du monde, plus fortes que celles de la morale, l'ont ainsi voulu.

Sous peine donc d'être un objet d'horreur et de risée, un homme qui attend quelque chose du monde lui doit le sacrifice de sa sagesse, et payer sa bienvenue au prix de quelques folies du cœur.

11 faut avoir eu , comme on dit , son temps, et payer tribut à la galanterie.

Un Jean d'Arc ne trouverait pas à se marier. Toute la question est dans le choix.

Le monde, qui encourage les erreurs, ne veut pas que vous les commettiez hors de sa présence et de sa limite, quelque trouble qu'elles apportent dans ses relations, dans ses lois, dans ses devoirs.

Le monde vous veut galant avec ses femmes, ses

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filles^ ses sœurs, avec ce qu*il a de plus pur et de plus sacré.

Ensuite, le monde vous fait des procès en adultère, vous provoque en duel, vous ferme quelques portes, mais ne consent à vous appeler homme du monde qu'autant que vous lui apportez des désordres, des ravages, des douleurs et des dangers.

Les hommes qui choisissent des actrices et des lorettes pour compagnes de mangeaille et de cigares sont réputés perdus.

Ils sont censés pervertis et criblés de dettes.

Ceux qui dérangent des ménages et troublent la paix des familles, mais qui vont aux bals des ambassadeurs, passent pour des modèles de bonnes manières et des observateurs du devoir, pour des SuUys qui veillent au bon ordre de leurs finances.

Est-ce vrai? est-ce juste?

Prenons un exemple :

Un jeune homme a de véritables oncles, des oncles riches à ménager 5 il ne veut pas inquiéter leur vieillesse, et s'interdit les rats.

11 valse à deux temps, à trois temps si Ton veut, et court tous les raouts de l'hiver pour ennoblir son cœur par un amour honnête et pas cher,

11 aime, il est écouté.

Dès lors, sa toilette prend un développement nouveau. Les gilets pleuvent, les pantalons abondent, une

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frisure éternelle et odorante boucle ses cheveux, un vernis éternel reflète sur ses petits souliers les capri cieuses rayures de ses bas de soie ; des parfums nauséa* boDds trempent tout son linge, des épingles monstrueuses attachent ses cravates, des chevaux de nuit et un coupé rongeur le déposent et Fattendent aux quatre coins de Paris;

llplatt.

Il plaît, le malheureux!

Sa ruine est commencée.

Il faut qu'il aille partout, toujours élégant, toujours parfumé, toujours nouveau ; il lui faut deux places fixes àrOpéraet aux Italiens; on compte sur lui pour les petites attentions, les loges du Palais -Royal et des Variétés, pour les bouquets d'hiver et les garnitures de jardinières; les prétextes et les occasions se multiplient, les concerts, les loteries, les patronages, les bals de souscription dont on lui fait prendre des rames de billets ; puis le jour de Tan arrive béant, vorace, terrible, avec ses porcelaines, ses cachets, ses sachets et tous ses riens monstrueux.

L'été, il lui faut un cheval de selle pour lui , et il faut par- dessus le marché qu'il ait l'air d'avoir par hasard un petit cheval très-doux qu'une femme pourrait monter, et qu'il le prête pendant toute la saison pour l'essayer.

11 doit de plus insinuer que son tailleur fait très-bien

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les amazones et payer tous les paris de courses, même quand il les gagne.

Pendant la saison des voy^es, il doit acheter une voiture, courir la poste et arriver dans les villes d'eaux p<Hir faire des surprises.

N'y 8-t-il pas aussi parfois des souffrances inconnues, des maux qu'il faut absolument guérir? des mémoires de Beaudrant, des factures d'ombirelles, des comptes de fourreurs et autres douleurs d'une femme dont là petite pension est insuffisante ?

Cest le cas d'être généreux avec mystère, grand et prodigue dans l'ombre : de donner sans bruit plus qu'il n'en faudrait pour l'acquisition de six rats les plus gloutons.

Et dans tout cela n'entre pas en ligne de compte la perte de ce grand capital qui s'appelle le temps.

A moins d'être riche et grand seigneur, et de montrer une humeur libérale ,

Ou pauvre, et de passer pour sordide ,

Il est peu de positions qui permettent les amours à bon marché.

Les lorettes du monde sont ruineuses.

Mais elles vous appellent : Ange de ma vie, et donnent beaucoup de cheveux.

Elles ont de l'orthc^aphe, mais elles en abusent.

es ont déjà tant de peine à parler, moins à écrire.

Toutes ces considérations portent une morale.

C'est qilfe dans notre temps il est difficile de placer son cœur et de garder son argent ,

Et que, pour donner une satisfaction à Topinion publique, il faut se procurer à soi-même les inconvénients du mariage.

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