I.i: Roi Mil ïllilhATE -l
Qu'importent les circonstance! plus ou moins heureusement choisies, les mannequins de théâtre qui donnent prétexte sus mouvements de ce cœur? Les déguisements sonj faux, le cri d<- souffrance esl vrai, L accënl en cs| si profond et SJ juste, si indépendant de toute application ;i une intrigue particulière, que nous oublions le moment de l'histoire défiguré par le caprice du poète ; Monime est la passion abstraite , c'est l'humanité tout entière qui parle par sa bouche.
Racine q's que de mauvais « renseignements », mais il a le secret de l'émotion. Et il en résulte ceci. La grande majorité des honnêtes gens ne sait plus rien du roi Mithridate; vous qui venez de lire quelques traits de sa vie, vous les aurez oubliés demain; moi, qui viens de la rapprendre avec un bon guide, je n'en garderai qu'un souvenir confus dans quelques années; mais tous, tant que nous sommes, nous aurons toujours devant les yeux Monime présente et vivante. L'histoire de Mithridate, c'est elle. Et si les personnes entêtées des causes finales demandaient pourquoi le roi de Pont a remué le monde, si elles nous pressaient sur les conséquences de ses grandes actions, conséquences invisibles aujourd'hui sous la masse des faits ultérieurs qui déterminèrent la suite de l'histoire, on ne risquerait rien à leur répondre : l'Asie fut bouleversée
durant quarante ans, à la seule fin d'attirer, dixhuit siècles plus tard, l'attention du poète qui a ramassé dans toutes ces révolutions un nom obscur, qui a suscité de toute cette cendre un être impérissable, qui a refait une vie unique et supérieure avec toute cette mort indifférente.
Je donne cette philosophie de l'histoire pour ce qu'elle vaut. Bossuet a peut-être des explications meilleures. Il y en a aussi de plus saugrenues.
Novembre 1890.
NAPOLÉON ET ALEXANDRE Ie