‹ Regards sur la terre promiseChapitre 100 sur 121 · TS US · texte numérisé non relu

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résurrection des mythes sur qui reposait la civilisation chrétienne en déroute.

Je me garderai de combattre le rôle historique de la famille. Le gynécée a fait, par sa rigueur, l'unité de la cité grecque, d'où a jailli l'essor de la raison. Le patriarcat juif a permis au prophétisme d'introduire de force dans les âmes l'aspiration vers la justice réalisable icibas. La dure famille romaine a créé l’armature juridique et administrative qui fit entrer le christianisme dansla loi. Elle a coulé la substance barbare entre ses digues et infligé leur caractère rationnel à toutes les activités des civilisations occidentales. Le refoulement généralisé des instincts les plus bestiaux a imprimé une prodigieuse énergie aux groupes familiaux dont les rejetons ont découvert, défriché, exploité la terre, erré sur les pistes du monde pour y promener des marchandises, des images, des idées. Mais c'est ce refoulement même qui, deux fois dans l’histoire de l’Europe, au cours de l'agonie du monde antique et de nos jours, est remonté des profondeurs pour faire éclater dans les âmes les instincts dé-

pouillés de leur masque confessionnel. Quand les prin-

cipes sur lesquels nous vivons ou croyons pouvoir vivre encore ont cessé d’être une nécessité historique pour notre salut commun, ils deviennent un mal social qu'il faut combattre pour retrouver les besoins de l’homme intérieur. Ce sont ces besoins mêmes qui recréeront l'individu pour le réintégrer non plus dans la famille de plus en plus inadaptée où ils seraient refoulés et meurtris, mais en des groupes organiques capables de les cultiver.

Îl faut extirper de gré ou de force le sentiment de la propriété des relations familiales comme des rapports Sociaux. C'est lui qui détermine le caractère hideux qu'a pris la famille moderne, et ouvre les drames « passionnels » dont la physionomie s'avère de plus en plus

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vile. N’ai-je point entendu récemment une femme de haute culture comparer au vol d’un diamant le viol du contrat matrimonial, assimilant ainsi une pierre brute à ce mystère en devenir qu'on appelle un être humain? C'est condamner les jeunes gens ignorant tout d'une vie que l'éducation défigure, à courber leur existence entière sous le poids d’un engagement confessionnel ou légal dont ils ne connaissent, quand ils le prennent, ni la gravité, ni la portée, ni la viabilité, ni les conséquences possibles — pas même le sens littéral. Ce sont là les jeux du « spiritualisme ». Le mariage dit chrétien, si grand je le veux bien dans l'intention surnaturelle du catholicisme à son apogée, tombe à ce degré de misère. L’ « âme » n’est plus pour lui qu’un objet de valeur marchande qui s'achète et se vend. Et sa pureté est contrainte à résider entiérement dans la lettre de l'acte qui enregistre la vente et l'achat, non dans les révélations et les ressources immenses qui peuvent naître d'elle ultérieurement à cet acte. Ce sont là, je l'entends bien, des conflits nécessaires à l'éveil du drame, et par conséquent de la conscience. Mais ce qui compte « devant Dieu », est-ce donc l’accomplissement ou le refus de tel ou tel geste, la victoire ou la défaite de tel ou tel principe, non la qualité du conflit ? Comment peut-on méconnaître à ce point des réalités morales aussi élémentaires et construire une société sur un tel mensonge intérieur? Le choix du vrai chemin est toujours né du choc des éléments sensuels et instinctifs avec les éléments conformistes et grégaires de l’âme, choc sourd d'où jaillit cet éclair qu’on appelle le « spirituel ». Il ne s'oppose pas nécessairement au principe du mariage et de la famille, mais il peut être, avec des droits égaux, acculé à lanéantir. Faut-il le démontrer à ceux qui l'esquivent par profession mais en défendent lexercice à des enfants qui en ignorent à peu près tous les élé-

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