‹ Regards sur la terre promiseChapitre 108 sur 121 · CAR · texte numérisé non relu

CAR

; D er AREA MN mr” Le

Ds nm pr mt

prosternent en public, passent à côté de l'esprit. L’instinct de domination de Rome étant la plus forte passion politique qui ait jamais été sur terre et ayant, depuis trente siècles, survécu à toutes les autres, sauf toutelois à la passion prophétique d'Israël avec laquelle, d'ailleurs, elle à tenté de se confondre, c’est par Îà qu'en fin de compte Rome sera abattue. Comme tous les impérialismes, dont je me garde de nier, certes, la mission Civilisatrice. Car l'impérialisme romain d’autrefois, l'impérialisme français, ou anglais, ou allemand d'hier, l'impérialisme américain d’aujourd’hui, l’impérialisme russe de demain, et sans doute aussi l’impérialisme italien auquel l'adhésion de la papauté apporte une ressource immense, mais temporaire, ont ou ont eu une très grande tâche à accomplir. Ils ont infusé la vie d'un groupe de passions, d'intérêts, de moyens puissants dans les veines d’autres groupes somnolents ou à demi-morts. Il y a du spirituel, certes, dans le temporel. Et beaucoup. Et appliqué à la noble fonction d’empêcher les forces d’inertie de prendre le dessus sur les forces de création dont l'univers, peut-être Dieu luimême vivent. Mais le spirituel pur est fait justement pour rappeler aux hommes qu'il survit en dépit de tout, et d'eux-mêmes, aux édifices temporels où ils croient, toutes les fois qu'ils s’en saisissent, le verrouiller pour toujours. S'il l'oublie une seconde, il est l'esclave de ses propres incarnations. Je ne songe pas à nier la grandeur d’une institution qui s’est déclarée, il y à près de deux mille ans, la seule gardienne des doctrines qui prétendent protéger la flamme de l’esprit contre les orages du siècle. Mais je dis que si cette flamme consent à s'abriter derrière un mur bâti par le siècle, et pour le siècle, personne ne s’apercevra que ce mur, en s effondrant, l'écrasera, car d’ores et déjà il la dérobe à tous les veux.

Je sais bien que les catholiques se présentent à nous avec l'Evangile à la main. Mais la persistance de l'esprit de Jésus ne signifie en rien la persistance de l'esprit catholique, ni d’ailleurs de quelque confession chrétienne que ce soit, ni même du christianisme tel que l'a concu saint Paul. Ce qui constitue essentiellement, et même exclusivement une religion, c'est le dogme, et l'esprit de Jésus, parce qu'il est Esprit, est le moins dogmatique qui ait jamais été, ce qui justement assure sa vie et son pouvoir invincibles. La renaissance du sentiment religieux, même si elle se bornait à invoquer l'esprit de Jésus à l'exclusion de tout autre — ce qui n’est pas le cas, 1l s'en faut, puisque les deux tiers des hommes affirment obéir à d’autres souffles divins — ne pourrait pas se confondre avec l'illusion sincère ou Île profond calcul qui rallie ou allie au catholicisme tous les intérêts temporels associés d'Europe et d'Amérique. Au contraire, elle condamne toutes les confessions connues, ou plutôt les dépouille de leurs attributs extérieurs pour permettre aux forces jeunes et montantes dans le monde l'accès de l'esprit éternel à la recherche d’une incarnation nouvelle, où les traces des incarnations précédentes ne survivront qu'à l'état de sources cachées. Ainsi, à chaque aventure amoureuse profonde remonte du passé, avec le flot d’une énergie et d’une tendresse jaillissantes, le souvenir des femmes qui ont perfectionné en vous le culte de l'amour, dans un cœur qui se croyait desséché par la connaissance. Mais précisément pour cela, il ne peut revenir à la forme char- neHe qui a incarné son dernier amour. Chacune des confessions, chrétienne ou non, peut au fond se réclamer du bréviaire éternel d'amour que Jésus a tracé dans les Evangiles. Aucune ne peut exiger que la forme à la recherche de laquelle recommencent à errer les hommes soit précisément cette confession-là. Ou alors

EE EE ee + MP

= e. [ Pepe DU ie « x

RELIGIONS ET RELIGION 271 ce sera la guerre, et les coups de revolver. Je crois avoir dit ailleurs que Montaigne me paraissait moins éloigné de Jésus que Pascal. Je le répète. I ne s'agit pas, pour vivre en esprit, d'entretenir un pauvre dans sa chambre, ni de gagner un pari, ni même, ni surtout de revenir par la raison à une foi dont le cœur ne peut plus accepter la lettre. Il s’agit de consentir aux exigences de ce cœur, et, en écartant la barrière des lois, en brisant le carcan des dogmes, d'aller à la rencontre de la forme qui avance sur le chemin. Si la croix dresse ses bras sanglants à tous les carrefours où ce chemin passe, je vous’ le dis en vérité : tant mieux, ce chemin est le bon. En nous rappelant notre condition dramatique, elle nous rappelle que cette forme ne pourra jamais se fixer.

Le peuple a toujours eu besoin d'un mythe. Il en aura toujours besoin. Sans une passion spirituelle qu l'élève au-dessus deses misères et de ses intérêts quotidiens, il perd cette innocence quiest son génie à lui — et qui sans doute est {le génie et l'énergie qu'il est chargé de réchauffer dans ses entrailles pour la plus grande gloire et lé plus grand bien des sociétés et pour le maintien de Dieu dans le monde. C’est lui, d'ailleurs, qui crée ce mythe ou pour le moins qui le recueille de quelques grands initiés. Mais ne sentez-vous pas

que, quand ce mythe a déserté son cœur, jamais il ne

le fertilisera plus ? Jamais, jamais ? Croyez-vous donc

possible que des peuples entiers reprennent le mythe

chrétien avec le même élan, la même ingénuité et la même ferveur qu'au xri° siècle par exemple ? Que des peuples entiers recommencent à croire à la réalité de l'Annonciation, de l’Inmaculée Conception, de la Résurrection, de l’Ascension ? Ne sentez-vous pas que la poésie du christianisme, si elle n’a pas déserté toutes les consciences, a du moins perdu le pouvoir d'animer

< et € me me —

L . de es . + £ pee D mg . a ” qom. jm ” 20 gr. de rh ipod pere Re ne a+ a SE AG he te 1 TOR D eur sh moe ge naine De re + à PAP TES É ras . e: “à | FR u nes ven : Éd LS om # z e Ê : Y D = xd Ca ne ni F ". 2 + F LS aéA v

4 gs sr * Lens ‘ «

toutes les Âmes, premier degré de l'échelle mystique qu'il faut gravir pour trouver Dieu ? Car enfin, si l'homme simple ne peut croire à la réalité d'une légende, ne lui demandez pas d'adopter les symboles qu'elle traduit. Il ne vous comprendra pas. Et là est le malentendu qui le sépare de l’intellectuel même sincère, même déterminé à croire pour ne pas abuser le peuple, et même, remarquez-le bien, devenu quelquefois, par un héroïque effort de la raison et de la volonté, plus inno-

cent que le peuple aujourd’hui corrompu par le maté-

rialisme des exemples qu'il subit et de ses propres tentations.

Certes, je ne me refuse pas à admettre que bien des nouveaux convertis sont d’une moralité et d’une noblesse supérieures à la majorité des individus qui forment les multitudes modernes et surtout de ceux d'entre eux qui professent l’athéisme et combattent, dans les religions, leur propre incapacité de purification et d'innocence. Mais là n’est pas la route de la foi. Elle traverse d’abord les plus simples d'entre les cœurs. C’est justement quand une religion agonise que les caractères d'élite se groupent autour d'elle pour tenter de la sauver. La bonne volonté de Julien l’Apostat ne peut être mise en doute. Et je ne vois pas Marc-Aurèle forniquant, avec les néophytes du christianisme à son aube, dans la nuit des catacombes. L'exploitation systématique de la crédulité publique, une multitude de légendes grossières, dé formules magiques, de coqs à l'âne, d’impostures, de suppressions ou falsifications de textes, de meurtres et d'incendies mis sur le compte du «païen», ont accouché la foi chrétienne dans le cœur des simples. Il y a et il y aura toujours une démagogie de la vérité naissante, comme d'ailleurs de Îa vérité agonisante. La morale traditionnelle n'a rien à voir avec la naissance des mythes, dontelle n'est qu'une

PURE Re LPS 0

- L D ES een Ce rm PE ne een ET Res hd REED ER ER

OR, À Se nome Scott Door hs. 5

ne ab hp remet RNR RE t toner DE EN mea mt PRÉ UE PÉTER < DS CS

re

EL RS LE ne de te

| È fi y :

cristallisation de défense quand ils commencent à chanceler, Et c'est l'histoire de la Réforme. Le monde n’a que faire des aspirants à la sainteté qui, après une nuit d'orage, ne sachant plus où trouver le repos, s’acharnent à le chercher dans l’obéissance au passé, non plus que de ces honnêtes ecclésiastiques qui portent sous le bras une serviette bourrée de documents. Tant qu’à faire, 11 préférait le vieux curé qui lisait son bréviaire. Je ne vois aucun inconvénient à ce que le « thomisme » représente encore le comble de l'intelligence, du savoir et de la sagesse. Et après ? Ce n’est pas cela, pas du tout cela que réclament ceux qui ont soif et moins encore ceux qui ont faim. Que cela sent donc le moisi, mon Dieu! [Il y a quarante ans, nous protestions déjà contre les architectes qui construisaient, dans le style ogival le plus impeccable, une gare de chemin de fer.

[II

La prétention millénaire du catholicisme à l'œcuménisme progresse donc désormais entre deux écueils, celui d’unesécularisation trop portée à conquérir et garder les biens de ce monde, qui est a l'opposé diamétral de son principe originel, celui d’un symbolisme dont les sources jadis si fraîches se sont évaporées. L’œcuménisme appartient désormais à la machine, grâce à la puissance inépuisable qu'elle a de révéler entre les

choses, entre les hommes, entre les hommes et les

choses, une infinité de rapports nouveaux qui construisent peu à peu un univers inédit, et commun à tous.

La grandeur du catholicisme est précisément d’avoir pré-

paré, par l'affirmation obstinée de l'unité spirituelle du monde, son unité matérielle et tôt ou tard sociale. Il

sa s

ss

De A a DR 9 DU VA D LS A

ES ee

Paie RERO

BA RUN M ne ÉUUUIE PEN EPA HT Ent ET RS: Li 1 À!

#] x % ‘ 1] Ne à ARS 5e, E b HT STE | s.

rhin. ee + - ne O2 29. ver Ave 3

RÉ RS ge M ax CE Ge DES

je

Page 1