‹ Regards sur la terre promiseChapitre 109 sur 121 · SN RSA PUS DE TOR S · texte numérisé non relu

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est donc indigne de son histoire de favoriser, aux dépens de l'extension et de l’universalisation du machinisme, les groupements nationaux et patronaux d'une industrie et d’une banque intéressées à l'utiliser à leur profit. Et s’il ne rencontrait de plus en plus fréquemment sur sa route, grâce à cette extension et à cette universalisation, des confessions parfois plus anciennes qué lui, plus répandues, et se réclamant d’un œcuménisme philosophique peut-être plus : cceptable que le sien, sans douté pourrait-il, par son adhésion au machinisme même, :nfuser des forces nouvelles à son rêve d’universalité. Malheureusement pour lui, sa métaphysique trop SIM-

pliste et sa politique trop réaliste lui infligent, vis-à-vis

d'un accord possible entre la nouvelle science spéculative de l'Occident et les mystiques immémoriales de l'Orient, une infériorité qu'il ne pourrait combattre qu'en œuvrant sur le terrain social et en renonçant à s'appuyer sur César pour conquérir aux pauvres gens, contre César, un royaume moins séduisant, mais plus accessible ‘et plus habitable. Il me paraît fort malaisé pour lui de revenir à ses origines populaires, bien qu'il ait profité momentanément de la misère d'esprit de ses prétendus ennemis, je veux dire les partis qui pactisent avec lui sur le terrain politique. Is ne se sont pas aperçus

que le meilleur moyen de la vaincre n'était pas de nier :

sa dogmatique et d'attaquer ses serviteurs, mais -d’af- Grmer comme lui sans cesse, de répandre sur le terrain moral des idées plus neuves que les siennes et d'accomplir, sur le terrain temporel, des actes plus efficaces que les siens.

Je ne nie pas, notez-le bien, la nécessité au moins temporaire du dogme. Le dogme définit une forme, c'est-

à-dire un mouvement vital qui déjà se ralentit, et dont

il est nécessaire, pour en introduire l'élan dans les assises subconscientes de quelques générations, d'arrêter

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les contours avec fermeté. Mais c’est méconnaître l'Esprit, que croire qu'il puisse adopter pour l'éternité la forme qui l'a représenté nécessatrement une heure. Celui qui se refuse à le comprendre, et plus encore celui qui ne peut le sentir — ce qui est la tâche du simple, et du peuple, réunion des simples — me fait songer à un vieillard qui serait porté à confondre la rigidité de ses artères avec la solidité de la vieille armature dogmatique autour de qui ses ancêtres avaient édifié leur abri. La conversion des hommes jeunes à une foi qui a fui presque tous les cœurs, perdu cet enivrement qui ouvre en l'unanimité des âmes des abîmes étincelants de poésie et de lumière, rétracté la plupart en pratiques machinales, est un symptôme de décrépitude sociale aussi désespéré qu'il se peut. Il est lindice infaillible d’une perte de confiance en l'imagination de la vie même, d’une méconnaissance outrageante de l'âme humaine qui a le temps pour elle, de la générosité gaspilleuse de notre force mystique capable de saecrifier s’il le faut dix générations pour que d’autres saisissent l'esprit dans une crise d’amour collectif qui fait jaillir du sol, comme une récompense escomptée par tant de morts, la moisson des cathédrales. Nous ne parvenons à la liberté intérieure que si nous regardons l'humanité comme un arbre géant dont nous n'apercevons ni les racines ni le faîte et dont la poésie et la religion sont les fleurs. Mais qui ne voit que le fait même qu’elles naissent à un moment donné annonce le caractère périssable de ces fleurs où notre unique ambition supérieure doit être de surprendre, dans le cours de leur existence éphémère, la présence de ce parfum que nous qualifions d’esprit ? Chez les moins purs des convertis, l’acte de foi n’est qu'un geste de défense sociale, très vil dès qu’il est conscient, sans noblesse fon-

cière s’il est tout à fait instinctif. Chez les autres, c'est

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