‹ Regards sur la terre promiseChapitre 110 sur 121 · À 7 A LOT 2 ET + MEN · texte numérisé non relu

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une morphine de l'âme, un paradis artificiel qu'ils se créent pour fuir le drame, protéger leur pensée contre les assauts du dedans, sinon leur repos et leurs biens contre les assauts du dehors. Il s’agit, dans les deux cas, d’une diminution de vitalité redoutable, la recherche du port contre le mauvais temps, la peur de souffrir, la peur de mourir, la peur de vivre, un renoncement qui exige chez les meilleurs, par un étrange paradoxe, une espèce d’héroïsme dans l'abdication.

Quelle que soit la sincérité de ceux qui tonnent, du haut des chaires sacrées, contre l’abaissement incontesté des âmes, ou de ceux qui bravent la soif, la brûlure des moustiques, les flèches empoisonnées pour évangéliser les hommes à mufle de bête que l'impulsion primitive conduit, il nous est impossible de voir en eux les nouveaux pères de l'Eglise. [ls ne sont que ce que furent Julien et Marc-Aurèle précisément. Ils sont chargés de faire entrer dans la mystique nouvelle tout ce qui reste d'humain dans le songe évanoui. Comme il y a deux mille ans, un monde suprasensible se révèle, où toutes

les confessions mourantes, certes, peuvent réclamer leur.

droit de cité, mais où les prophètes de la science spéculative et les prophètes du bonheur social jouent avant tous le rôle que les propagateurs du christianisme assumaient en ce temps-là. Pour construire un mythe attendu, deux éléments sont nécessaires : 1° le besoin d’une organisation sociale neuve qu'entraîne lFanarchie déterminée par l'effondrement d'institutions et de croyances épuisées et par l’enchevêtrement des rapports qu'établissent, entre les pays et les hommes, l'évolution de l’histoire, de l'intelligence et du travail ; 2° le pressentiment d'un poème qui s’ébauche, grâce à ces nouveaux rapports, dans la solitude anxieuse de quelques âmes. C'est une combinaison subtile, intuitive, en même temps grégaire et marquant les très hauts esprits, de

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ces aspirations mystiques, qui mène le monde présent, comme elle menait le monde antique entre la fondation de l'empire romain et l’arrivée du flot barbare. Les multitudes esclaves niaient alors la science antique, comme les multitudes salariées nient aujourd’hui le mythe spirituel dont le moyen-âge occidental a épuisé la vertu. Et cependant, c’est le désir de la terre promise qui constitue leur commun horizon. Celles-là la cherchaient là-haut, celles-ci la cherchent ici-bas, et les esprits superficiels nous disent qu'une incompatibilité irréductible est là. Non. La terre et le ciel ne sont pas séparables. Autour de l'aspiration à la mort bienheureuse qui résumait le christianisme, s’est instituée une société formidable, cohérénte, une, heureuse même, grâce à Son énergique confiance dans les destinées propres qui

l’animaient. Au centre de l'aspiration au bonheur ter-.

resStre par l’organisation des sociétés modernes, commence à briller une étoile spirituelle dont cette organisation doit fatalement élargir et fixer l'éclat en travaillant à rendre solidaires l'unanimité des efforts. Les mêmes éléments concourent à l’un et l’autre idéal. Prenez bien garde que la mystique des premiers chrétiens ignorait tout à fait à quel point la philosophie et la science antiques avaient rendu possible et même nécessaire la Croyance au mythe ingénu sur qui reposait leur foi, Comme les savants d'aujourd'hui ignorent le parallélisme

Tigoureux qui existe entre le poème anonyme auquel

iS travaillent tous et la soif d’unité organique qui dévore les masses misérables à la recherche du bon-

: heur.

Comme jadis, les besoins du dedans et les conquêtes du dehors fusionnent. Les hommes nobles qui refusaient de voir la nécessité et la splendeur de la spiritualité Chrétienne aspirant à dégager le principe immortel de la vie des conflits sanglants où les passions sans rete-

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