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mais c'est même mon adhésion aux conséquences inouïes dont cet événement promet d'être la source qui me lave du péché de mysticisme sadique dont on Pourrait stigmatiser ma passion d’arracher les masques et de pénétrer les apparences de l’idéalisme le plus pur Pour y trouver la misère des hommes et leur sanglante condition. Cet événement accomplit le pas jusqu'ici le plus décisif de l'Histoire. l’organisation rationnelle des besoins profonds et réels de l'humanité. Et sans doute peut-on rêver, grâce précisément à lui, d’un Impéria-
lisme moral — catholique au sens étymologique du Mot — qui s'emploicrait à maintenir et à étendre la
paix parmi les hommes, et s'il le faut par Pétalage pacifique de la force, parce que le moment serait venu où lx guerre, sortant de ses ornières historiques, risquerait de dévorer la Vie, au lieu de la galvaniser comme elle le fit souvent jadis. Mais ce quon ne peut admettre, cest que le plus jeune et le plus actif laisse le plus vieux et plus inerte envahir ses tissus de végétations parasites pour en étouffer les tressaillements. Rôle, à mon Sens, qU'aspire à jouer ce groupement de nations « saturées », créé pour interdire au droit vivant l'accès de tous les domaines où ses vertus de création pourraient agir.
Je souhaite avec ferveur, certes, que lappétit d'expansion commun de toute éternité à tous les groupes humains, qui meurtrit et laboure la face de la terre comme un grand amour douloureux marque le visage d'une amante, renonce un Jour à ses armes sanglantes Pour se répandre dans la paix. Mais comme les peuples qu'il à conduits à dominer ne renoncent pas à leur conquête quand ils demandent à ceux qui aspirent à dominer de renoncer aux armes qui leur ont valu ces conquêtes, je ne crois pas qu’ils puissent compter Sur leur société d'assurance au delà d’un délai dont le
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terme ne Saurait être lointain. Tout au plus reconnaitrais-je à la Société des Nations l'avantage appréciable, et neuf, d'interventions possibles dans la politique intérieure des nations qui la constituent, ce qui peut conduire progressivement à unifer leurs exigences ÉConomiques et sociales, Et aussi le pouvoir précaire d'organiser un mouvement plus vaste et ajeuni par le fait de l'association même, pour l’opposer à d’autres groupements trop menaçants pour elle et de fermer ainsi, en reculant le drame, l'ère des guerres européennes pour ouvrir celui des guerres mondiales, qui sans doute constitueraient la phase suprême de cette forme d'expansion. Encore conviendrait-il qu'ils réparassent leurs attentats antérieurs contre téls autres peuples qu'ils voudraient attirer ou retenir dans leur honorable mutuelle. Alors qu'ils se posaient déjà, par exemple, en champions de la justice par la paix, n’ont-ils pas lâchement rejeté sur les nations vaincues, et par des textes écrits, une responsabilité qu’ils partagent effectivement avec elles ? La pratique de « Esprit » et de la grande politique n’a-t-elle donc pas appris aux tenants de € l'Esprit » et du « Politique d’abord ! », acharnés à maintenir ces textes alors que tout croule autour d’eux, et par eux, que celui qui sème lhumiliation récolte la vengeance ? N'ont-ils pas fourni aux nations vaincues, par chacun des articles qui prétendaient organiser leur défaite permanente, tous les prétextes psychologiques et moraux de rouvrir les-sources de la guerre? Après avoir proclamé, avec une Solennité comique, le droit de toutes les nations à disposer d’elles-mêmes, n’ont-ils pas retiré ce droit à celles qui prétendaient l’exercer ? N’ont- IIS pas reconnu ainsi à toutes les nations contre lesquelles ils s'’arment le droit de s’armer contre eux-mêmes et transformé, par une opération mentale automatique, ce droit en devoir? Ne les ont-ils pas acculées, en les
coupant en plusieurs tronçons, à la nécessité vitale de ressouder ces tronçons par la guerre, même si les victimes de cette mutilation déclarent y consentir? Car si on a le droit, parfois même le pouvoir, de souscrire à telle iniquité pour soi-même, on n'a pas le droit, et moins encore le pouvoir, d'interdire aux générations qui montent derrière la vôtre d'abolir cette iniquité par [la guerre, si [a guerre seule possède, à ce moment-là, la vertu de l'abolir. Vingt peuples, d'autre part — des peuples « mineurs » bien entendu ! —bien qu'ils plient justement sous le fardeau de grandes civilisations endormies qui prétendaient, elles aussi, donner la paix au ciel et sur la terre aux hommes de bonne volonté, frémissent sous le joug de votre association candide. L'un de ceux qui l'ont fondée sème des bombes sur les villes immenses, grouillantes de femmes et d'enfants, de son vaste empire oriental pour le guérir de sa fièvre. L’autre déclare la paix perpétuelle au centre alors qu'il fait la guerre au levant et au couchant (*). J'entends bien que l’un et l’autre accomplissent ces actes de violence précisément parce qu'ils veulent la paix — une paix qu'ils ne pourront maintenir que dans la mesure exacte où elle pourra maintenir elle-même l'oppression des races vaincues et des masses exploitées. Mais c’est là qu'éclate l'équivoque que nous devons extirper de nos âmes, au risque de nous trouver devant la plus cruelle mais au moins la plus nue des réalités, nue et belle tout de même, tout ensanglantée qu'elle soit, parce qu'elle est une conquête du courage pessimiste qui arrache au peuple des fantômes quelques formes transfigurées par l'amour de la vie terrestre,sur la faiblesse optimiste qui tue les enfants des hommes sur la terre pour réserver à leurs parents des appartements dans le ciel.
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Notez que je consens à ne pas mettre en doute la loyauté de quelques-uns des bâtisseurs de cette société occidentale qui veulent sincèrement la paix. Dans les milieux les plus candides de France et d'Angleterre végète encore une morale simpliste dérivée des premiers chrétiens par l'intermédiaire de l’empirisme social des Anglais du xvrr* siècle et du rationalisme mâtiné de vieil idéalisme germanique des Français du même temps. Ni l’un ni l’autre ne tient compte des événements et des passions, qui pourtant mènent le monde. Parvenus lun et l’autre à une définition pratique du bien et du mal dont la démocratie serait le climat politique, ils ne réagissent que d’une manière torpide devant ces événements et ces passions, s'étant mis une fois pour toutes à l'abri de l'anonymat des décisions majoritaires. [ls ignorent jusqu’à l'existence d’une psychologie des peuples, que régissent ces passions et qui détermine ces événements. Îls ne savent pas qu'il existe une mentalité spéciale au peuple -allemand, toute subjective et musicale, voyant sincèrement le bien là où la perception confuse des éléments de sa force, des @bjets de son appétit et des caractères plus substantiels que plastiques de son histoire, déclanche les réflexes qu'il nomme sa « volonté ». Une mentalité spéciale au peuple russe, rêvant quil a [a mission sainte d'imposer à l’univers une mystique sans rapports avec aucune autre, et ne cherchant plus, comme ailleurs, à l’organiser et le hiérarchiser par le dehors, mais à l’inonder de proche en proche de son mouvement expansif pour y anéantir un jour, dans une communion spirituelle encore inconnue, tout ce qui est hiérarchie formelle. Une mentalité spéciale au peuple italien, indifférent
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au « bien », au € mal », et qui ne voit que la proie à saisir par tous les moyens, ruse ou force, ruse s'il n’est pas assez fort, force si la proie est faible, en vue d'une harmonie monumentale dont la pureté des contours tend à substituer à la discipline éthique des chrétiens une discipline esthétique à qui nous devons déjà deux civilisations décisives dans les déterminations de l'Occident. Une mentalité asiatique, et plus spécialement hindoue qui, par la voix des poètes, se dit et se croit
pacifiste mais refuse d'apercevoir — revanche muette de l'esprit guerrier qu'elle méprise — les ravages inté-
rieurs qui grondent entre ses frontières morales, sacrifiant des millions de vies, grâce à l’action de la misère, de la famine, du fanatisme et du fatalisme associés, à la délectation d’un seul penseur, à l'ivresse d’un seul sculpteur qui fait frissonner sur la roche les accouplements, les apostolats, les forêts, les troupeaux de : monstres. Une mentalité américaine, héritière peut-être de la mo-
rale occidentale, mais à l’état vivant, pratique et expan-
sif, telle qu'elle était ici il y a trois ou quatre siècles, et décidée par là précisément à l’imposer par la force, surtout quand l'intérêt vital de cette morale se con-
fond avec l'intérêt tout court du peuple qui la propage, ce qui garantirait à l'esprit anglo-saxon, voire même:
européen, une- jeunesse nouvelle, dans le cas où l'esprit anglo-saxon où même européen envisagé sous ses formes cisatlantiques, renoncerait à cette touchante illusion.
La conquête économique ou militaire — et prenezgarde que la conquête économique, grâce aux moyens dont elle dispose pour affamer des peuples entiers, soit plus cruelle encore que la conquête militaire — est fonction de la vie expansive des sociétés humaines dans l’espace. Arrêtez demain toutes les frontières sur les lignes conventionnelles qu'elles suivent aujourd’hui, le mouvement expansif recommencera après-demain. Tout
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