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polilique à réaliser, mais comme un état d'âme à l'épandre dans une époque qui a perdu le sens des plus hautes valeurs et se cramponne à leurs épaves ou se laisse flotter au hasard d'un univers intérieur démonté, et où les phoques savants et les singes sur les dauphins font figure de grands hommes. J'ai appris il y a quelques jours qu'un virtuose célèbre possédait déjà à quatre ans le-génie de la musique él me sus demandé avec angoisse pourquoi le père de Beethoven, quand celui-ci avait huit ans, le battait comme plâtre parce qu'il répugnait à l'apprendre. Eh bien ! J @ l'impression que nous devons lous nous résigner à ne pas regarder comine permanentes les formes de la musique qu'une faèullé d'assimilation spéciale à notre époque semble nous rendre dociles parce qw'à peine quitté le giron de notre nourrice chacun de nous récle proprement du violon. Nous voilà contraints, bien au contraire, à un effort exceptionnel pour entendre le chant nouveau qui murmure, avant de devenir chœur, dans le pressentiment de tous. Il faut se décider à ne plus-user de mots anciens pour lenler de rétrécir à leur mesure les grandes harmontes na&ssantes. Kou Houng-Ming, un sage Chinois mort il y à quelques années, prétendait que « l’Europe a une religion qui satisfait son cœur mais ne satisfait pas sa tête, et une philosophie qui satisfait sa tête, Mais ne Satisfait pas son cœur » — ce qui sans doute constitue la meilleure démonstration du principe de contradiclion qui a constamment tourmente l'Europe. Mais On pourral répondre à ce sage Chinois que l'Europe a vécu de ce principe, et qu'il lui a révélé sa grandeur en maintenant vivant en elle le drame de la création. De méme quon pourrait lui objecter que si l'Asie est parve-
nue à esquiver ce principe — plutôt qu'à en résoudre les
fermes antinomiques — c’est en sacrifiant à une vérité transcendante au moins probable l'activité créatrice des multitudes, sacrifice qui entraîne peu à peu l'automatisme
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social, le ralentissement unanime, et une somnolence qui semble proche de la mort.
Je regarde comme évident que grâce aux armes spirituelles fournies par l'Asie à l'Europe, il est devenu aussi impossible à l'Europe qu'à l'Asie de persister dans les rythmes désuets de leur génie respectif, même et surtout si chacune d'elles parvient, soit à conserver ce génte 1ntact, soit à lui trouver un terrain d'entente avec l'autre. La lettre change. Mais il est plus difjicile, pour l'immense majorité d’entre nous, de changer de lettre que d'esprit. El faut regarder cette vérité en face, aussi dure qu'elle puisse nous paraître, el n'envisäger qu'avec une-bienvetllance distraite les systèmes qui visent, par le truchement de formes juridiques aussi internationales quon les veuille, un bonheur universel autant que définitif. Les racines non du bonheur, mais de la simple sagesse, sont situées plus profondément. Si le bonheur élait dans la paix \générale, ül est probable que celle-ci serail depuis longtemps acquise, comine est acquis pour l’homme à ses pattes de derrière la faculté de marcher, et à ses pattes de devant la faculté de prendre. Et si « la guerre », ou « la révolution » n'avait pas parfois rencontré. l'assentiment de la sagesse, comme l'a rencontré depuis longtemps chez l'homme, par exemple, la conscience qu'il a acquise de sa destinée mortelle, il est certain qu'il n'userait plus sa salive à ergoter sur les prétextes misérables qui justifient ou condamnent à ses yeux les drames toujours inattendus qui surprennent son innocence. Nous sommes tous contraints par les circonstances de creuser plus loin que les mots qui servent de masques à notre paresse. Nous n'avons plus le droit de rejeter à priori les réalités parfois atroces auxquelles nous nous heurtons dans ce pénible travail, parce qu'elles contrarient les habitades que celte paresse nous inflige. Je voudrais qu'on trouvât dans les pages qui suivent non pas une mystique définitive, je n'ai point celle ambition — st
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J'en « une elle est plus humble, en apparence du moins — INQS les éléments d'une mystique assez conrageuse pour retrouver lespril. mystique, c'est-à-dire la confiance de l’homme en ses destinées divines au delà de la lettre des lois, des traités, des systèmes, des Organismes sociaux, des religions méme et surtout peut-être, dans les conditions permanentes qui environnent l'âme humaine comine la seule atmosphère qu'elle puisse l'eSpIr'eT.
On en est encore, par exemple, à se jeter r'éCiproquement à la têle comme des pavés où des paquets de boue, la spiritualité et la connaissance. Or nous Savons depuis la Genèse que la connaissance et la spiritualité s'excluent loujours dans le. présent. Nous savons que l'homme de la rue, dès qu'il sal Lire el écrire, détériore son tRhoCenCe. Nous savons que l'orientation des esprits par le développement el l'interpénétration constante de la technique et de l'économique universelle vers une ciutbisation. de caraclére scientifique, est repoussée au nom du cœur par la plus grande partie de l'Asie el par une fraction importante des confessions européennes, comme si les confessions européennes, el toute l'âme. de l'Asie n'étaient pas faites d'une accumulation invisible de CONNAISSANCES anCieruies. Mais interdise- donc ä l’homine de la rue, $ vous l’osez, d'apprendre & lire et à écrire. Interdisez & l’honune. de la rue l'usage du téléphone et de l'automobile, de la radiophonie et de l'avion. La connaissance moderne ne peut plus être contenue. Elle arrive sur nons avec la force sans cesse accrue de l'avalanche. Et comme elle s’entasse en de très brèves années, elle bouscule les sentiments moyens et les habitudes paresseuses que nous lenons d'une éducation familiale et sociale inadaptée aux circonstances actuelles, avec une brutalité que l'âme antique, lentement développée, n'a jamais connue, L'homme retrouvera pourtant, Je vous le dis, une seconde innocence, Mas pas avant d'avoir fait entrer toute sa connaissance dans sa spiritualité. Plus
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à Sirvetller en mot la montée continue de l'effort qu'ont fait mes milliards d'ancétres pour selever de l'animal, et de la plante et de la pierre vers l’'homine, le même enivrement que vous, croyants, vous éprouvez à sentir le pain et le vin
introduire en vous, pour la communion, la chair et le
sang du Christ. Et aussi bien que vous, el profondément associée à mon ivresse panthéiste que VOUS N'ÉPrOUDEZ DAS, vous, J éprouve volre ivresse spirituelle, moi, sans intermeédiatre, el en état de communion universelle, dans le pain et le vin quotidiens.
Précisément, la biologie moderne, qui nous enseigne l'évolution sans fin de l'unanimité des milieux et des étres — l'homme y compris, et ce qu'on est convenu d'appeler Son « esprit » — el les transmigrations réciproques incessantes de l'unanimité de ces milieux et de ces élres, nous place vis-à-vis du poème eucharistique dans une situation beaucoup plus proche de l'âme de Jésus que le dualisme des confessions occidentales qui ont si obstinément travaillé à l'écartèlement du monde. L'épopée scientifique moderne savêre chaque jour plus apte à réconcilier sur la poitrine de Brahma les grands inspirés de l'Histoire. En saisissant de temps à autre la fatalité bienfaisante de ces transmi-
grahions el de ces évolutions pour redresser, a moment
Où 11 va sombrer, le navire spirituel qui porte l'homme el sa fortune, ils agissent en fin de compte contre leurs propres églises, qui ont dû faire appel à la magie pour contraindre les groupes humains à accepter les organes et les hiérarchies nécessaires au triomphe de leurs besoins momentanément limités d'adaptation et dassimilation. Par là, sans doute, ces églises justifiaient leur mission, qui n'était pas dépourvue d'une utilité temporaire. Mais elles restaient néanmoins en état d'opposition latente, et tôt ou
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tard irréductible, avec celle des grands inspirés dont la tâche est de découvrir, sous les apparences changeantes des formes religieuses et sociales, la permanence de l'unité originelle qui les conduit à briser les croyances dont euxmêmes sont le fruit, et à susciter au cœur des hommes l'énergie d'accomplir le nouvel effort d'adaptation qui les garde de la mort.
Au fond, entre les formes mystiques des révolutions qui ont établi dans la vie spirituelle antique les règnes stmultanés ou successifs de Vyasa et de Zoroastre, de Lao- Tse et de Cakiamouni, de Confucius et d'Héraclite, de Jésus et de Mahomet et l'activité des grands criminels qui, dans le monde moderne, ouvrent à l'humanité de nouvelles perspectives pour l'arracher aux slagnalions mortelles — Christophe Colomb, Kepler, Montaigne, Spinoza, Newton, Lamarck, Napoléon, Dostoïewskt, Nietzsche, Lénine — il n'y a guère que la distance d'une vue intuitive de l'ensemble des phénomènes à une méthode plus consciente et plus précise d'interroger ces phénomènes et d'agir sur eux. Il est singulier que ceux qui invoquent avec le plus d'acharnement « la tradition » et nous montrent, pour maintenir intact le catholicisme par exemple, ses origines païennes, soient aussi ceut qui se refusent à recueillir, dans l'état présent des idées, les élements d'évolution qui seuls pourraient lui assurer, sur la genèse du futur, le grand rôle historique — mais seulement historique auquel il a droit. Hindouisme, manichéisme, christianisme, science spéculative, autant d'affluents qui grossissent le fleuve de l'esprit décidé à trouver ses sources dans l'unité substantielle de la vie universelle et à se passer d'une intervention extérieure à cette vie même. Dans les seules limites des phénomènes mécaniques, biologiques et psychologiques dont la connaïssance constitue la condition préalable de notre liberté qui s'accroît en agissant à son tour sur eux, nous entrevoyons la posstbi-
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