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tre les tissus divers de l'humanité unanime, concentre autour de son action cette humanité unanime, pour
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qu'elle dénonce et qu'elle est seule capable de contenter. Le groupe se substitue sous nos yeux à l'individu, le groupement des groupes aux groupements des individus, la production commune à la production particuhière, le symphonisme à l'individualisme, la circulation de l'esprit aux monopoles de l'esprit. La machine récrée, sous nos yeux mêmes, le travail et l'effort d’ensemble. Elle rétablit peu à peu la mentalité collective en multipliant à l'infini les points de contact, les relations, les comparaisons et les analogies entre les sensations et les idées. Elle est le plus grand événement moral et social depuis lapparition du Christ.
[l n’est donc pas surprenant qu’on la combatte avec violence et que des révolutions et des guerres éclatent à son propos. Car son règne véritable ne viendra que si elle intronise avec elle, à l’intérieur des prétextes nouveaux de vivre qu’elle prépare au monde, la multitude de ceux qui doivent consommer ses produits parce qu'ils assurent son fonctionnement et prennent peu à peu possession des territoires dont elle aménage la communauté par un processus automatique. [l est faux et malhonnête de lui imputer le péché de surproduction, quand un milliard d'hommes au bas mot souftrent de la faim et de la misère. Ce sont les maîtres de l'heure — ses propres maîtres jusqu'ici — qui l'en accusent, parce qu'ils aperçoivent confusément qu'elle substitue peu à peu à leur privilège la propriété, commune de ses organes et de ses fonctions. Et que si ces organes, ces. fonctions prenaient tout à fait possession des tissus du grand corps mondial qui en sont encore privés, la concurrence anarchique qu’ils croient lucrative pour eux disparaîtrait du même coup. Ils élèvent
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178 REGARDS SUR LA TERRE PROMISE entre les peuples des barrières artificielles que la ma- «1 chine tend justement à supprimer, et qu'ils ont rétablies É;
quand ils se sont aperçus de son crime. Plus elle devient apte à faciliter les échanges, plus ils s’acharnent à les suspendre. [ls brüûlent le blé et le coton comme ils brûlaient jadis les livres et par dessus le marché ceux qui les avaient écrits. [ls enterrentles moutons, les porcs, les légumes. Cependant la machine introduit peu à peu
sur la terre cette équité probable et cette harmonie pos- À sible que l’homme poursuit depuis tant de siècles et 4 qu'on lui assurait n'habiter que dans le ciel. Si les te- “à nants du « spirituel » l’accusent de manquer «d'âme », | c'est qu’elle tend à déposséder des monopoles tempo- À rels ceux qui exploitaient au moyen de cette « âme », ? par une escroquerie transcendante, la crédulité des + simples. à [II AE ee Ce sont les mêmes qui reprochent à la machine l’au- À : tomatisme qu'elle risque de nous imposer. Mais tout + automatisme en formation ne fait que remplacer un au- à tomatisme en déchéance, en l'espèce l’automatisme men- 7 tal que les religions éthiques ont infligé depuis deuxou trois mille ans à la plupart des hommes, pour leur bien Là j'en suis convaincu. La messe, la confession, les sacre- M ments, la règle, la prière, autant demoyensesthétiquement 4 admirables, pour la force et la santé des sociétés chré- .. tiennes, de maintenir un équilibre individuel et collectif 4 qu'ont peu à peu détruit les éléments introduits par + l'évolution des idées et des mœurs dans l’esprit des 3
hommes. Car ce que nous appelons la « liberté » — au sens spirituel s'entend — n'est probablement qu'un passage d'un automatisme à un autre. Nous n'avons pas l'air de
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nous douter qu'un automatisme très caractérisé — verbe, écriture, mathématique, rituel, etc... — précède et suit tous nos actes depuis l’origine des temps. Loin de nous enchaîner, cet automatisme nouveau incorporé à notre subconscient nous délivre de quelque chaîne. Il v à beau temps que Samuel Butler nous a montré que Pécriture et la musique, par exemple, ne faisaient naître en nous des sources d'harmonie nouvelle qu'autant que nous les avions tout à fait assimilées. C'est la distance : qui sépare un écrivain ou un virtuose qui ne songe pas plus à la lettre ou à [a note naissant sous ses doigts parmi des rapports sans cesse multipliés et changeants avec les notes ou les lettres précédentes ou suivantes qu'aux battements de son cœur, de l'enfant qui épèle lalphabet ou le solfège en tirant la Tangue. La parole n'est-elle pas le type de l’automatisme lhibérateur ? « Au commencement était le verbe ». En fait, le verbe est une machine à parler, et je suis bien certain qu'il a provoqué, quand 1} est apparu sur les lèvres des hommes, autant de violences que d’anathèmes. C'est pourquoi 1l serait aussi absurde, et d’ailleurs aussi impossible, de renoncer à la machine qu'au langage articulé.
La machine réintroduit en nous, à notre insu même, ce rythme individuel et social dont nous avait dépouillés la Renaissance — justement parce qu’elle nous apportait les éléments embryonnaires d’un rythme nouveau — et que, malgré le cartésianisme qui tenta de le recréer dans l'élite, les foules ont tout-à-fait perdu depuis Ia Révolution. Elle aspire à jouer vis-à-vis de lunanimité des hommes ce rôle d'assainissement, de mesure, de netteté et d'ordre intellectuel et moral que la gymnastique rythmique tente aujourd’hui d'introduire dans l'éducation de l'enfance. C'est comme un ballet social, un instrument nouveau de symétrie et d'équilibre dont le rôle est analogue à celui qu'a joué la danse rituelle chez Île Nègre,
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le: chant psalmodié chez l'Oriental, la gymnastique et le théâtre chez le Grec, la liturgie dans la chrétienté catholique. Un régiment qui passe nous dispense encore de temps à autre l'impératif de cet ensemble de cadences et de vibrations harmoniques qui réunit les hommes, en vue de l’action, dans les ténèbres du subconscient. Mais ce n’est là qu'un moyen trop rudimeéntaire, trop espacé, et d'autre part trop dangereux pour ne pas dire trop ridicule, parce qu'il entraîne ce subconscient vers des fins par trop grossières et par trop unilatérales. Le machinisme, au contraire, est l’outil rythmique le plus parfait et le plus unanime qui soitvenu depuis le verbe. Plus unanime que le verbe, dont les modalités sont loin d’être communes à tous les hommes, et dont presque tous les mots ont étéi détournés par l'abstraction de leur sens primitif. Plus unanime que la peinture, la sculpture, la musique, la religion dont les formes diverses sont liées à des fatalités ataviques, ethniques, sociales, climatiques difficiles à éluder. Nous possédons, avec le machinisme, le premier langage universel, et d'une précision telle qu’il tend de plus en plus, non pas sans doute à remplacer, mais à purifier tous les autres,
C'est par cette rythmique nouvelle, et unanimement humaine, que nous retrouverons l'esprit. Cette machine si honnie que les soi-disant spiritualistes ont acculée, grâce à un tour de passe-passe transcendant, au matérialisme le plus arbitrairement défini, crée déjà une poétique imprévue — et c'est peut-être bien ainsi que l’homme a toujours passé, au cours de l'Histoire, de l'observation de l’objet le plus concret à son interprétation surhumaine et surnaturelle. Une poétique imprévue, c'est une philosophie en devenir. Aï-je besoin de rappeler que la machine nous réapprend un vieil univers sur lequel nous nous endormions dans le lit des