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sais à peine plus à cet égard que l'apprenti sorcier de la tribu primitive qui venait de découvrir le langage articulé, et auquel on reprocherait aujourd’hui de n'avoir pas su prévoir qu'il conduirait ses descendants à Des-
cartes et à Hegel.
Mais je puis déjà, et veux dissiper une équivoque malhonnête. Si l'esprit de la machine est enraciné au cœur de ses engrenages, il ne se manifeste pas dans leur agencement ni leur matière mêmes, mais dans les relations et les accords multipliés entre tous les événements plastiques, sociaux, moraux et musicaux qué révélera le machinisme en son ensemble, Ils s'étendront peu
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à peu comme une coupole de lumière au dessus des articulations d'acier et des nervures de flamme. Douter de la machine, c'est douter de l'esprit de l'homme qui l'a faite, qui la continue héroïquement el qu'elle revivihe et multiplie dans un échange réciproque. L'homme, après des reculs momentanés et des défaites nécessaires,
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finit toujours par dominer et diriger les outils nés de son génie. Si la machine, provisoirement, et selon un regard par trop superficiel, semble s'opposer aux vieilles révélations de l’âme humaine, ce sont les rapports imprévus que nous apporte la machine qui renouvelleront le sens des synthèses primitives que les sciences et les techniques rudimentaires nous avaient appris à construire et que les premiers cultes exprimaient.
Pour quelques indigents, le monde actuel est privé d'âme. Que leur faut-il? Jamais le monde n’eût tant d'âme. L'invention, l'imagination, la controverse, la révolte, le combat quotidien entre la mystique, l’expérience, l’action, les ébauches grandioses d’une cosmogonie, d’une biologie, d’une psychologie nouvelles, font lever du choc des idées, des sentiments et des faits un foisonnement d’étincelles. La vie extérieure et la vie intérieure rendent, à leurs mille contacts nouveaux, des éclairs multiplhiés. Un mime, Charlie Chaplin, précisément par le moyen d’une machine, exprime le drame de ces échanges imprévus. L’humain frémit de tout son être. Ce qui aveugle et relègue dans leur trou les hommes de mauvaise volonté, c’est que l'océan de l'esprit, mal contenu entre ses rives, roule avec une fureur et un bruit qu'on n’avait jamais connus. Îls dissimulent leur épouvante derrière l’écran d’un mot. Ce qu'ils appellent l’ « Esprit », ce sont ses stylisations désuètes dans la religion et l’art. Et comme ils ne sont pas capables d'en créer, ni même d’en entrevoir quelque stylisation nouvelle, ils cherchent, contre l'esprit même, le refuge en ruine de ces stylisations désuètes en se bouchant les oreilles et les yeux.
« L'Esprir » est, sans aucun doute, l'instrument le
plus hostile à l’esprit qu’ait imaginé la peur de vivre.
Chaque fois que, victime d’habitudes ronronnantes et douillettes, l'homme a cessé d'aimer et de poursuivre
la vie dangereuse, la vie redevient dangereuse automatiquement, parce que les ressorts de l'intelligence et du cœur, bloqués par la rouille, ne répondent plus aux exigences brusques des évolutions inaperçues. La machine sauve l’homme une fois de plus en l'obligeant à vivre par des moyens dangereux. C’est ainsi qu'elle représente le dernier état de « l'Ésprir ».
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P.-S.—En somme, la plus grave accusation que nous portions contre la machine, ne serait-ce point de ne pas savoir nous en servir ?
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