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INTRODUCTION | 23 sance » qui substilue rapidement l'action constructive des collectivités productrices à l’action devenne dissolvante des oligarchies du capital.
Et comme, en fin de comple, la volonté de puissance — individuelle ou collective — entraîne les événements, il est hors de doute que ceci sera tôt ou tard brisé par cela. Il nest plus possible d'arrêter la prise de possession de la machine par ceux dont la machine méme a assuré l'éducation, la concentration et l'intégration progressives au rythme du nouvel univers qu'elle crée. La « lutte pour la vie » a changé de terrain. Elle ne se livre plus d'homme à homme, pas même d'espèce à espèce, mas entre l'intelhigence et les armes qu'elle a forgées et les milieux qu'il s'agit de soumettre à la force de l'esprit. Et c’est par là que la révolution universelle. appuyée sur le matérialisme dialectique, se montre en réalité plus « spiritualiste » que les représentants les plus qualifiés des confessions devenues solidaires des entreprises féodales et ploutocratiques d'oppression. Ce sera le plus mal adapté qui sauccombera, et le mieux adapté, prenez-y garde, n'est plus celui qui dispose des signes extérieurs de la force — comme au lemps des monstres primitifs dotés d'armes redoutables dont triomphèrent la souplesse et l'intelligence d'espèces plus Jeunes et moins bien armées — mais celui qui saura le mieux s'élever à la hauteur des équilibres qui s’établissent entre un milieu évoluant sans cesse et un espril sans cesse ouvert aux conditions de ce milieu.
C'est ici que l'accord se fait entre la biologie moderne, le matérialisme dialectique et le romantisme nietzschéen. La force est protéiforme. Elle monte vers l'intelligence el ses méthodes résolues à l'éducation progressive de la liberté seule apte à choisir le moindre mal pour commander et construire, dans la mesure où l'odeur des charniers répugne aux narines humaines. Ici encore, Je ne veux pas anticiper. Le combat entre la liberté et la fatalité con-
linue el continuera, car Je ne puis concevoir, pour mon compte, la conquête définitive d’une liberté capable de renverser la marche des étoiles et d'interdire à l’albumine de constituer la substance de la vie même. Ces fatalités m'apparaissent, bien au contraire, comine la condition de la persistance et de la croissance de la liberté, que leur dispartition priverait de toute espèce de sens. Certes, nous avons le droit de choisir dans le passé des hommes et dans notre propre passé comme dans leur présent et dans le nôtre les gestes et les événements qui ont accru notre ltberté aux dépens d'une fatalité qui renaît toujours de ses cendres. Mais si nous tenons à construire un avenir habitable en agissant sans cesse sur notre milieu sans cesse mouvant, nous devons nous montrer d'une prudence extrême dans ce choix. Les erreurs mêmes de la volonté de puissance ont semé sur la route commune des réactions, des ré-
t ont agi, à la lon-
gue, dans le sens où chemine la liberté. Les appels de
Jésus à la paix owrent plusieurs siècles de querre. Les guerres de César ouvrent plusieurs siècles de paix. Hors ce formidable pouvoir qui seul peut conduire un juste à mourir volontairement sur la croix et un conquérant à s'élever au-dessus des intérêts de tous et des siens propres pour cumenter dans le sang des hommes les assises de leurs communions futures, tout est incompréhensible des incidents du drame humain, tout, la pensée, l'art, l’action, l'obéissance même, l'ivresse brahmanique et l'anéantissement bouddhique et l'apostolat guerrier de l'Islamet le renoncement chrétien. Nietzsche a lié à la « virtus » antique qu a dressé le temple de l'Acropole et dallé la route des Légions, cette gerbe géante où s’harmonisent l'espoir et la souffrance des peuples comme l'azur et l'incarnat au milieu des blés mürissants. Je ne cessera de le redire car Je ne cesse de le croire. Tout est contradiction dans notre effort unanime, mais ces contradictions sont les piliers iné-
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branlables d’une unité vivante en éternel devenir. Je retrouve dans cette gerbe l'intolérance des prophètes Jus et le sang des martyrs comme celui des mercenaires. Le Croisé et le Khalife s'y disputent le Saint-Sépulcre. Je ny distingue plus qu'à peine l'éruplion des pagodes, des mosquées, des cathédrales, de l'orgte criminelle de la connaissance qui a rétréci la terre, éloigné le ciel, couvert de flammes ruisselantes les murs des cryptes italiennes. J'y découvre la fraternité d'Ariel et de Sancho, de Caliban et de Don Quichotte, de Montaigne et de Pascal et j apercçois par quelles nuances subtiles se rejoignent l'apologie de l’'égoïsme par les moralistes français et l'apologie de l'amour par les bourreaux de la Terreur. J'y surprends, dans ces épis tordus ensemble, le souffle de la musique allemande,
associant l'être au devenir par la force de l'harmonie. J'y
suis l'accord ascensionnel de la peinture vénitienne et de Rubens, de Rembrandt et de Spinoza, de Newton et de Lamarck, avec le flot intarissable de la métaphysique hindoue. L'intronisation napoléonienne de l'action dans le lyrisme exclusivement créateur n'est que l’avant-derntier acte du drame, dont le dernier se joue, du moins pour ceux qui sont vivants. Car le spectacle, après nous, con-
tinue.