‹ Regards sur la terre promiseChapitre 86 sur 121 · LEE · texte numérisé non relu

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il me semble au moins probable que cette alternative éliminerait très vite du corps social tout homme dont l'exploitation de l’homme assure l'existence matérielle — futelle mêmelaborieuse. Le processus évolutif de l'économie et des métiers nous conduit infailliblement à ces éliminations automatiques. Je n’ignore pas que ceux qui laissent croupir et mourir dans l’abjection et la misère les pauvres et les enfants des pauvres repoussent cette dure perspective au nom de la «justice » et de la « liberté ». Et qu'ils dénoncent, au nom de l« Esprit », le mécanisme trop rigide de ce monde en formation. Mais comme dans la vie universelle même, il semble que les facteurs mathématiques et physiques de l'ordre social aient pour fonction de transmettre à ses manifestations biologiques le soin de conquérir, dans le cadre qu'ils leur otfrent, une harmonie qui tend à se confondre avec la leur. La danse n’est que le transfert du rythme cosmique dans les liturgies primitives du genre humain. La fantaisie renaît toujours dans le sein de l'obligation. Toutes les époques où régnait l'obligation consentie ont entraîné la naissance d’un automatisme spirituel imprévu d’où a toujours jailli la flamme créatrice. L'obligation libère l'homme de la nécessité de choisir entre toutes lés routes que propose l’activité de l'individu trop complètement livré à lui-même, et laisse ouverte devant lui la seule où sa nature propre lui commande de s'engager. [ faut reconnaître au moins cette action bienfaisante aux grandes synthèses religieuses ou politiques du passé. Sans elles, ces fantaisies grandioses que sont le tombeau de Séti, ou le Parthénon, ou Sainte-Sophie, ou la grotte d'Elephanta, ou la cathédrale de Chartres ou le temple du Ciel à Pékin n'auraient jamais vu le jour. C’est encore de l'obligation que découle le deuxième corollaire que l'existence même du nouveau syndicalisme conditionne. Si chacun reste libre de l’adopter ou de le

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combattre il périra, et la civilisation en instance avec lui. Il ne peut qu'être obligatoire pour tous les métiers sans exception, et doit transporter le principe de l'autonomie de l'individu dans le principe nouveau de lautonomie du groupe qui libère l'individu au dedans de ses frontières comme le musicien est hbre de déployer ses dons au sein d’une des masses d’exécutants spécialisés dont la réunion constitue l'orchestre. Notre besoin de « liberté » ne peut vivre et féconder les cœurs que s'il se transforme à la même cadence que l'organisme social. Ceux qui nient la nécessité de l’association réaliste se disent — et parfois se croient — les défenseurs de la « liberté » alors que la « liberté » ne peut être conquise que contre ceux qui construisent à coup d'argent sur la poussière des hommes isolés un pouvoir qu'ils confondent avec la puissance. Ils ne sont plus que des anarchistes plus ou moins conscients et plus où moins intéressés à la solde des oligarchies. Pour ne pas devenir les serviteurs d’une chose, ils se sont faits les esclaves d'un mot.

Une génération suffit, pourtant, à modifier nos idées sur « la liberté ». La liberté du piéton dans la rue encombrée d'autos ne peut être conçue de la même manière qu’elle l'était il y a trente ans, et celle du chauffeur pas davantage... Nul ne songeait, quand la famille patriacale constituait la cellule mère, à regarder le pouvoir paternel comme compromettant l'indépendance de la femme et des enfants. Nul ne songeait, au xr° siècle, à s’insurger contre l'emprise morale de l'Eglise sur la société et la famille entières, qu’elle dirigeait dans les voies d’une cohésion nécessaire à la puissance du groupe à ce moment-là. Presque personne ne songe à regarder l’enseignement obligatoire comme un attentat au droit des parents. L'angle visuel de la liberté s ouvre ou se ferme plus ou moins selon les nécessités

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