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tingue jusqu'à les opposer à peu près diamétralement l'insurrection populaire de l'opération de police qui consiste à maintenir par la violence un « ordre » pohtique impuissant à résoudre les problèmes nouveaux qui ont compromis sa solidité. C'est ici, à proprement parler, l’organisation du désordre. La mystique de la force en soi est la plus néfaste, et d'autre part la plus abjecte des hérésies politiques. La force peut et doit être l'expression de l'amour, même quand elle verse le sang. Elle vaut ce que vaut celui qui l'utilise, et surtout ce que vaut le point d'application qu'il peut et entend lui offrir.
L'homme qui sent en poète et en réaliste — le poète est le vrai, et même le seul réaliste les formes d’intégration que la naissance de la culture scientifique, du machinisme et les conditions nouvelles du travail et des échanges imposent à tous, a le devoir de briser ceux qui veulent l'empêcher de remplir son rôle historique. Ils le briseraient lui-même s’il ne se montrait le plus fort. Ainsi Lénine demeure-t-il parmi les conquérants les plus authentiques des réalités imminentes. Replacez Napoléon au cœur des besoins qui l'environ-
naient et des moyens qui s’offraient à lui à l'exclusion *
de tous autres. Vous vous apercevrez qu'il a Joué un rôle analogue à celui-là. Il a consolidé et rationalisé lœuvre de la Révolution en fondant le règne nécessaire du Tiers-Etat européen, qui mit au point l’arsenal endocrinien et créa de toutes pièces l'appareil circulatoire et le système nerveux de la terre. Ce n’est pas sa faute si l'œuvre de ce Tiers-Etat a débordé le Tiers-Etat luimême et s’est retournée contre lui. Moins encore si lindividualisme libéral ou l’anarchisme romantique persistent à prendre tantôt pour modèle et tantôt pour épouvantail la vie de l'individu tout-puissant dont l'action est allée jusqu’au bout de ses conséquences, pas
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plus qu'on ne pourra reprocher à Lénine, dans un ou plusieurs siècles, les vices inhérents au nouveau rythme social qu’il a forcé à voir le jour. On a stigmatisé pour ces terribles paroles l'être exceptionnel qui disait : « Un homme comme moi se fout de la vie d’un million d'hommes » en s'adressant à Metternich, sans se souvenir qu'il avait aussi jeté à Rœderer cette autre parole grandiose : « Je veux pour amis cinq cents millions d'hommes. » Ce sont pourtant ces contradictions mêmes qui portent la vérité lyrique, celle qui vit dans l'imagination des véritables chefs que la réalité moyenne entrave. Car il s'agit pour eux, avant tout, de délivrer de la vie.
L'accoucheur qui emploie les fers est responsable de l'existence de l'enfant, mais non de l'avenir lointain de cet enfant. Toute naissance comporte nécessairement la mort de celui qui naît et aussi les accidents, les insuffisances et les exéès qui l’entraînent. Maïs la tâche du poète de l'action est de favoriser cette naissance, et non de la contrarier. Tâche difficile, d’ailleurs. Le messianime est le plus profond de tous les mythes. Un avortement, sans doute, est toujours possible. Mais il est rare que la forme d'association nécessaire, à un moment donné, à l’ensemble des hommes, ne trouve pas un homme prêt à forcer les lois désuètes qui l'empêchent de s'affirmer pour la jeter toute sanglante dans le monde.
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AVANT-PROPOS
L'argument principal, et on peut le dire, désespéré, de ceux qui croient encore possible la restauration des cultures et des confessions « traditionnelles », c’est le soi-disant matérialisme de ceux qui prétendent recommencer par le commencement la découverte de la vie. On songe, dès qu'il s'agit de ces personnages qui refusent de croire en l'homme sous prétexte qu'ils croient en Dieu, à des architectes qui voudraient suspendre dans l'espace les tentures, les meubles, les bibliothèques, les tableaux, les instruments de musique de la nouvelle maison, quitte à en Jeter les assises et à en élever les murs après avoir pris ces mesures respectables, mais saugr enues. « Le spirituel », quelles que soient ses formes, n'a jamais pu s'édifier que sur le mythique et le social. Il est toujours un dérivé plus ou moins direct d’un besoin collectif unanime plus ou moins lointain el plus ou moins oublié. Les éléments du mythique et du social étant changés, il est donc fatal que leurs rapports se modifient dans un spirituel en genèse qui n'est, en somme, que la constatation de l'harmonie de ces rapports. Les tenants de la culture chrétienne, après avoir arraché aux
tenants de la culture antique le gouvernement des esprits, :
prétendent interdire à ceux qui tentent de fonder une culture nouvelle le droit dont ils ont eux-mêmes usé. Ils font appel, contre ceux qui apportent des affirmations inédites, à des arguments sensiblement pareils aux arguments qu'utilisaient, contre les prophètes et leurs apôtres, ceux
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qui prétendaient persister à trouver leur sécurité en des affirmations anciennes. Je crains, d'ailleurs, qu'ils ne méconnaissent l’action réelle et profonde des moyens de croire et d'espérer que leur propre foi leur a communiquée. Les plus savants d’entre eux n'ignorent point que cette for a incorporé à sa substance même ce qu'il y avait dans la culture antique de plus durablement humain, mas ils refusent dese rendre compte que ce sont les fondateurs de la nouvelle culture qui sont destinés à lui intégrer, dans un avenir plus ou moins proche, les parties les plus vivantes de cette foi qu'ils voudraient maintenir intacte au risquie de l'anéantir.
Le visage de Dieu nous apparait différent de ce qu'il fut pour nos parents et nos ancêtres. Il n'habite plus, il n'anime plus le méme univers, dont leurs propres investigations ont peu à peu modifié l'apparence, nt les mêmes consciences au fond desquelles nous avons découvert, en les scrutant, des embryons de réalités psychologiques dont nous ne soupçonnions pas les fonctions, et à peine l'extstence. Des mythologies nouvelles naissent, plus précises peut-être que les anciennes, mais qui ne seront pas moins propres au développement des puissances mystiques de l'âme humaine le jour où tous consentiront à en accepter les conséquences, et qui le sont effectivement pour ceux qui y ont déjà consenti. Après une longue dissociation, après des développements unilatéraux qui tendaient à leur faire suivre des directions divergentes, où même opposées, l'art, la science, le travail tendent à s'unifier de nouveau dans l'unité de la conscience par la précision des moyens. Leur charpente redevient commune, et c'est l'écondmie universelle totalement bouleversée et peu à peu reconstruite par la machine en train de donner à un monde qui en avait bien besoin une nouvelle conscience et un nouveau goût de lui-même. Voici le & faisceau » véritable, qui inflige irrésistiblement aux groupemenis nationaux, aux
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À VANT-PROPOS 239
organismes fanuliaux, aux méthodes intellectuelles, à tous les modes humains de s'associer et d'agir la nécessité tmpérieuse, SOUS peine d'anéantissement, d'adopter une structure et une orientation nouvelles. C’est là un phénomène qu'on est en droit de qualifier d'originel, une naissance nouvelle dunivers, une création inédite qui restitue à l'homme sa mission divine. Certes, « le spirituel » ne meurt pas. Mais il a des somnolences et des déviations périodiques, selon les modifications, les exaltations, les défaillances de son substratum économique, ou social, ou sensuel. Il ne devient un absolu que dans la mesure même où la foi trouve dans ses conditions concrèles une nourriture qui sufjise à l'alimenter. Les parthénons, les pagodes, les mosquées, les cathédrales ne naissent pas tous les jours.
« Le spirituel » rejaillira, il rejallit déjà des contacts de plus en plus multipliés entre les éléments prétendus « matériels » de la culture mathéinatique et biologique nouvelle, comme une étincelle jailht des pièces de métal, de silex ou d’ébonite qui s'affrontent. « Le spirituel » c'est le feu, que les premières religions avaient divinisé avant que Prométhée l'eût acclimaté sur terre. Or, nous asststons à une capture de plus en plus étroite, de plus en plus ralionnelle, mais aussi de plus en plus lyrique du feu. Que les hommes de bonne volonté veuillent bien consentir à s'approcher de la lumière et de la chaleur qu'il dégage, el le monde sera sauvé. |
Voici quelques années, autour d’une table amie, quelu'un me demanda ce que je pensais des revendications de la femme, le vote en particulier. Dois-je l'avouer ? N'ayant jamais arrêté mon esprit sur cet ordre de questions, ne sachant même pas comment est faite une carte d'électeur, je fus pris au dépourvu. Je m'en tirai par une pirouette, ce qui, soit dit en passant, n'est pas mon À genre, car mes articulations, qui n’ont Jamais été très Se souples, le deviennent de moins en moins : « Je ne : comprends pas que la femme réclame le droit de vote. Mais je comprends encore moins que l'homme ne le lui accorde pas. » Comme une pirouette est une création spontanée, la fabrication désinvolte d’une sorte de mi-
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D crocosme qui doit se suffire à lui-même, si je vous - | EE expliquais le sens de celle-là, il s'évaporerait pour ne Ke plus reparaître. Je préfère le commenter. =}
J'imagine que les controverses sur la supériorité respective de l’homme et de la femme sont closes. Si elles ne le sont pas, je me permettrai d'effectuer cette opé-
à ration pour mon usage personnel. Que deux êtres soient
es complémentaires lun de l’autre, ce qui me semble le | 4 cas — ou jamais — cela suppose entre eux une diffé ee rence qui écarte jusqu'à la possibilité d'une comparaià son quantitative. Que par conséquent on supprime pour |
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l’un des deux Île droit légal d’exprimer sur les conditions de leur existence commune une opinion intéressée, est une extravagance telle qu'on ne la peut mesurer quà l'importance du rôle que joue celui-là dans cette existence commune. Pour ne citer qu’un exemple, l'argument du « service militaire » qui entraînerait aujourd’hui, pour l’un des deux sexes, le pouvoir exclusif de décider de l'avenir de l’autre, devrait nécessairement déterminer, pour celui-ci, un pouvoir correspondant. Car le « service maternel » constitue une préparation à ce privilège que j'imagine plus pénible, plus prolongée, et généralement plus sanglante, que celle de remplir durant une année les hautes fonctions qui consistent à tourner au commandement la tête de gauche à droite et de droite à gauche ou à manier un manche à balai en décomposant le mouvement.
La femme, certes, n’a presque aucun sens de la forme dont la hantise étreint l’homme, et le tyrannise. Ne serait-ce point qu'elle la fabrique sans intervention de l’esprit ? Quand il s’agit d'amour, il est vrai qu’elle est capable d'aimer l’homme le plus difforme, le plus laid, le plus vieux, le plus ridicule et même le plus répugnant, pour peu qu'elle retrouve en lui l'écho de l’intuition confuse, mais sûre, qui lui définit la nature de sa personnelle puissance et de son propre sentiment. Quand il s'agit de création intellectuelle, il est vrai qu'elle subit son maître, qu'il soit celui de son cœur ou celui de son cerveau. Mais l’homme, d'autre part, n'a aucun sens de la substance. Le génie seul, chez lui, est susceptible de sentir, plutôt que de suivre, l'analogie universelle, les manifestations et les rapports de la vie spontanée, la réalité vivante des âmes et des sympathies, faculté qui est précisément chez la femme monnaie courante. Que la femme soit donc, avant tout, une intuitive sensuelle — ce qui ne saurait par malheur si-
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guifier que toutes les femmes soient des intuitives sen-
suelles — que l’homme soit avant tout un abstracteur raisonnant — ce qui ne saurait par bonheur signifier
que tous les hommes soient des abstracteurs raisonnants — cela ne suffit point à démontrer que l'intuition et la sensualité soient inutiles à styliser et à organiser la vie, pas plus que nous ne puissions nous passer, en vue des mêmes intérêts, de l’abstraction raisonnante. Au fond, là encore, le dualisme chrétien pèse sur nous d'un poids accru par la malédiction originelle. L' « Esprit », c'est l’ « Homme », et la « Matière », c'est la «Femme ». On voit bien que ce sont des ascètes qui ont rédigé ce credo. Ils ignorent le formidable potentiel d'âme que couve, et que mûrit dans le drame de la connaissance, la volupté autour de quoi, à leur insu, toutes les religions et leur propre ascétisme se sont organisés tour à tour. Et par suite d’une interprétation complémentaire de celle-là, ils ne voient pas à quelle ossification progressive ils conduisent linteligence, désormais réduite par eux à un jeu stérilisant de Jointures mécaniques où le sang ne circule plus.
Le « post coïtum animal triste » est la clé peut-être unique de l'aventure spirituelle de l'homme. Si vous en doutez, songez à l'épisode du paradis. perdu dans la Genèse. Méditez les pages où Tolstoï et sa femme ont consigné res leurs confidences intimes. La
Sertate à Kreutzer et, à bien des égards, l'œuvre entière
du Titan ne sont que l'exposé du conflit entre sa puissance amoureuse et la déchéance imaginaire que son assouvissement lui suggère, ce qui montre à la fois son ingratitude vis-à-vis des éléments de son génie, le malentendu constant qui l’alimente et la grandeur esthétique que peut entraîner ce malentendu. L'art de l'amour a précédé la science de l'amour, qui supprimera quelque jour, par des disciplines raisonnées, le sen-
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timent désespéré qui suit l'étreinte presque exclusivement chez l'homme et transforme à son insu en haine et en dégoût l'ivresse lyrique que lui faisait éprouver sa compagne quelques minutes ou quelques heures auparavant. Cest de [à qu'est venue la transposition automatique dans les œuvres du verbe, de la musique, de la peinture ou de Faction, du dynamisme mystique | dont l'instinct sexuel est la source, et il est certain que | son écrasement l'oriente vers un essor unilatéral de | l'esprit capable, à certaines heures, d'opérer sur le ter- | rain social de décisives conquêtes. Mais il n’est pas
moins certain que l’homme ne souffre de sa satisfaction que dans la mesure où elle entraîne une fatigue dont : la Connaissance approfondie pourrait supprimer les | causes, et même renverser les conséquences — je veux | dire confier au jeu complexe des humeurs désormais | dépouillé de son mystère, lorchestration des fonctions | organiques qui substituerait l'énergie à la dépression | et l'enthousiasme au désespoir. Le jour où cette emprise capitale serait effectuée par la connaissance sur les ins- | tincts primitifs et les réactions morales parfois salutaires qu ils ont provoquées, l’éternelle mésentente entre l’homme et la femme, le poids dont le péché originel accable notre conscience, la longue malédiction de la
Chair par le christianisme — refoulements qui furent sans doute nécessaires à une âme aspirant à maîtriser ‘les impulsions et les caprices du corps — tout cela se classerait parmi les phénomènes historiques qui marquent les étapes spirituelles de la pauvre et grande humanité.
RCE ef LU LE AT ALE
IT Le fait seul que la femme a toujours été le prétexte,
et le plus souvent même le facteur prépondérant des grandes religions sûr quoi se sont édifiées toutes les cul-