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la même qu’ellé invoquait il y a vingt siècles, la seule vraiment qui maintienne le contact avec lhumble réalité. C’est ce qui la détourne des mirages effacés et l’autorise à suivre, sur le terrain social, des directions plus nourries d’espérances immédiates. La situation du monde antique à son déclin semble retournée comme un gant. Si la femme, en ce temps-là, s'était faite chrétienne parce qu'elle écoutait le langage impératif de la tendresse et ne voulait pas accepter qu'il n’y eût rien au-delà ni audessus de la matérialité, de la lâcheté, de la brutalité de l’homme, elle refuse généralement aujourd’hui — l'exemple de la Russie est là pour nous l'apprendre — de croire qu'il n'y a rien en deçà et au-dessous des promesses paradisiaques où lon prétend bercer et endormir son désespoir.
En somme, le malentendu millénaire qui sépare l’homme de la femme, tient à la nature des fonctions dont l'homme et la femme portent la charge, au moral comme au physique, vis-à-vis de l’ensemble de la communauté humaine. Aux heures où quelque décision catégorique s'impose à cette communauté, cest surtout l'un ou surtout l’autre qui semble devoir l'assumer, et l'heure actuelle, il faut le répéter, paraît une fois de plus appartenir à celle qui représente l'élément substantiel de l'âme, comme elle appartenait, au début de la Renaissance par exemple, à l'élan investigateur de l'intelligence masculine. C'est toujours à la femme qu'on demande le secret de l'être attendu. C’est dans son domaine intérieur, instable comme la forme certes, mais vivant comme le désir, qu'apparaît l'illusion nouvelle dont la nécessité s'impose. C’est son intuition sans cesse en éveil qui saisit cette illusion, et la retient jusqu'à l'instant où elle passe à l’homme la tâche de la mode-
ler dans l'intelligence organisatrice; instrument de la
fonction réelle qu'il remplit dans le corps social. Elle
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porte dans ses flancs le monde en instance. Ainsi le catholicisme, ses disciplines morales, et, lors de son épanouissement la cathédrale, ont été édifiés par les soins de l'homme sur les données de l’amour dont la femme, mille ans avant, avait discerné la nécessité impérieuse en interrogeant son cœur. L'homme construit dans la pensée l’univers que la femme lui révèle dans le sentiment.
Si vous possédez une vertu assez haute pour supporter un tel vertige, et une raison assez humble pour consentir à demander l'initiation des vérités premières aux racines de l'instinct, dites-vous quil nest au monde qu'un seul être, la Mère, qui se confonde âussi complètement avec l'infinité et l'universalité des choses. Quand le germe masculin est enseveli dans son ventre, elle y mêle son sang pour le nourrir, et s’en nourrir. Elle devient par là comme une sœur du père, une fille de tous les ascendants du père, le centre palpitant de cette montée unanime de tout ce qui est dans Île monde, vers un destin qui emprunte sa dignité à l'ignorance de son terme et au sacrifice constant des éléments qui le poursuivent. Le chritianisme hait. la femme comme il déteste la science, parce que la femme est un résume d'univers, comme la science en est une constatation. Ce qu'il est parvenu à nous faire prendre chez elle pour des manifestations spécifiques du «mal » — sa duplicité, son infidélité, sa cruauté, ses mensonges — ne sont duplicité, infidélité, cruauté et mensonges que pour les hommes vulgaires, indignés de retrouver dans l’autre acteur de la comédie sentimentale ce qui est aussien eux. En vérité, il s’agit là des figures changeantes de la réalité qui nous échappe et après quoi nous courons sans repos. La femme est la représentation de la totale apparence du monde que nous ne connaîtrons jamais et que nous poursuivons à travers les contradictions, les déceptions,
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