III. DES RÉSECTIONS ORTHOPEDIQUES
Les résections orthopédiques ont pris une grande importance dans ces dernières années ; elles se sont multipliées avec les progrès de l’antisepsie. Autrefois la gravité attribuée aux plaies des os et des articulations, la crainte de l’ostéo-myélite détournaient le chirurgien des opérations qui n’avaient pas pour but de conserver la vie, mais qui au contraire, avaient grande chance de la compromettre. On les classait au nombre des opérations de complaisance. 11 n’en est plus de même aujourd’hui. Une fois le danger opératoire éloigné par l’antisepsie, les difformités constituent pour les résections un excellent terrain. On n’a pas à se préoccuper des états diathésiques qui compromettent si souvent le résultat des résections pathologiques ; on n’a pas à compter avec les désordres graves des parties molles qui augmentent tant le danger des résections traumatiques après les plaies par armes à feu. On peut donc mieux calculer les résultats de son intervention et tirer d’un procédé opératoire tout ce qu’il est susceptible de donner. 11 y a moins d’imprévu que dans les
autres résections ; on choisit son moment, ou prépare son terrain et, l'application des données physiologiques conduit à des résultats plus certains.
Les cals vicieux, les ankylosés, les luxations irréductibles, les déviations rachitiques, les pseudarthroses et, d’une manière générale, la plupart des difformités du squelette peuvent donner lieu à des résections ou du moins à des ostéotomies orthopédiques. Les principales indications que comportent ces diverses difformités sont : ou la création d’une ankylosé dans une direction favorable, ou le remplacement d’une ankylosé déjà effectuée par une articulation mobile.
Pour changer la position d'un membre ankylosé, on a recours à la résection cunéiforme ou trapézoïdale. On rend les os mobiles et on les soude ensuite en les assujettissant par la suture. Le périosle est toujours utilisé dans ces opérations pour accumuler, autour de la ligne de réunion des os, le plus de tissus ossifiables.
La création d’une nouvelle articulation, entre des extrémités osseuses intimement réunies par fusion de leur substance ou par jetées périphériques, exige une technique variée pour les différents régions et pour les diverses variétés
RÉSECTIONS ORTHOPEDIQUES
d’ankyloses. C’est quelquefois un des problèmes les plus difficiles, soit à cause de l’état anormal de la gaine périostéo-capsulaire qui a acquis dans toute son étendue des propriétés ossifiantes, soit à cause de l’atrophie musculaire, lorsqu’il s’agit d’une soudure ancienne qui a, depuis plusieurs années, réduit certains muscles à l’inactivité absolue.
Pour rétablir une articulation dans ces conditions, il ne suffit pas de retrancher les anciennes extrémités articulaires, il faut empêcher les nouvelles ossification périostiques de se rejoindre et de se fusionner. Or, pour arriver à ce résultat, il est indispensable de détruire le périoste au niveau de l’interligne articulaire qu’on veut établir. On fait alors ce que nous avons appelé une résection sous-périosiée interrompue. Après avoir réséqué les renflements osseux, on enlève une zone circulaire de périoste sur une hauteur de 10 et i5 millimètres, selon que le retour de l’ankylose est plus ou moins menaçant. L’absence de tissu ossifiable au niveau de cette zone empêche la réunion dos os et permet la création d’une bourse séreuse interosseuse qui assurera dans l'avenir la liberté de la néart h rose.
Pour pratiquer cette opération, on peut eule-
ver sur place au moyen de deux traits de scie, une hauteur de la colonne osseuse répondant aux anciens renflements articulaires ; mais il vaut mieux rétablir l’articulation, c’est-à-dire séparer les os avec le ciseau, et procéder ensuite par section successive des deux os, comme s’il s'agissait d’une articulation mobile.