CHAPITRE IX
Une cruelle amie.
Il y avait à Avignon une communauté religieuse de dames nobles , jouissant de hauts privilèges, sous le nom de Dames de la Visitation. Elle appartenait à l'ordre célèbre des Visitandines, mais la règle en avait été modifiée. Ce couvent était fort richement doté; c'était, en quelque sorte, une abbaye
aristocratique où se retiraient, soit pour un temps déterminé, soit à perpétuité, des personnes de rang élevé qui renonçaient au monde, à ses pompes et à ses œuvres. Asile de paix et de quiétude, douce et charmante solitude , où les âmes blessées trouvaient souvent ce qu'elles auraient cherché ailleurs : l'ombre et le silence, les épanchements de l'amitié et la rêverie du ciel.
Le couvent était situé intra miiros^ dans un quartier solitaire, ayant un jardin magnifique, une chapelle monumentale et des bâtiments d'une architecture élégante. Comme la vie claustrale n'était de rigueur que pour les nobles recluses qui avaient prononcé les vœux perpétuels, une partie de l'abbaye pouvait être considérée comme une simple maison de religion, où les dames en retraite avaient leur appartement séparé, et pouvaient recevoir des visites à jour et à heure déterminés.
La Visitation était sous l'autorité abbatiale
d'une supérieure, jouissant des prérogatives les plus larges. Madame l'abbesse avait à elle seule, pour résidence, tout un pavillon principal ; elle était libre de sortir de la communauté et pouvait admettre dans ses appartements telle compagnie qu'il lui plaisait de recevoir.
Opulente et délicieuse abbaye de la Visitation , vous étiez à la fois le refuge des âmes passionnées et la providence du pauvre. De quelles calomnies ne vous poursuivit pas , vous et tant d'autres, la pbilosopbie voltairienne de l'époque? Que n'inventa pas contre vous l'impiété du siècle et la raillerie sceptique de l'esprit révolutionnaire? Douce et grande abbaye, la tourmente de 1793 passa sur vous, elle dispersa vos nobles recluses, elle amena des hordes hideuses dans votre sanctuaire , elle livra au pillage et à la destruction vos jardins, vos domaines et votre édifice abbatial ; elle écrivit sur vos portes sacrées sa devise brutale, ô charmante { 20.
et sainte communauté ; elle vous remplit de deuil et de violences, et voilà que voire ruine amena la misère et le désespoir au sein de deux cents familles indigentes qui se nourrissaient à votre mense charitable jusqu'à la prodigalilé, et recevaient de votre main chrétienne le salaire du travail. Ah! nous l'avons cent fois entendu dire nous-raéme, dans cette ville catholique d'Avignon : au temps bien heureux des couvents, des abbayes et des paroisses, le Comtat n'avait pas un pauvre , et les bénédictions arrivaient sur le peuple, comme la rosée sur nos campagnes.
Il était l'heure de midi ; l'angélus carillonnait aux clochers et campanilles de la ville d'Avignon, lorsque M. le comte d'Amberl montait le grand escalier qui conduisait aux appartements de madame Tabbesse de la Visitation. Il traversa une vaste antichambre aux boiseries armoriées, comme celles d'une sacristie ; il fut introduit dans
un beau salon tendu de damas à baguette dorée, et tournant à droite, la sœur converse qui précédait le comte-abbé le mena par un couloir jusqu'au grand cabinet de la supérieure. Là se trouvait une jolie table de laque du Japon , parée de la plus jolie porcelaine de Saxe ; deux couverls étaient mis en face l'un de l'autre. 3Iadame l'abbesse attendait ce jour-là à déjeuner M. d'Ambert, son ami et presque son protégé.
La sœur converse se bâta d'aller prévenir madame l'abbesse , retenue encore dans sa chambre par des apprêts de toilette , car il s'agissait, ce jour -là, de recevoir en grand habit de chœur monseigneur le vice- légat, qui devait venir à trois heures assister à un salut solennel.
Les hautes fenêtres de l'appartement donnaient sur le jardin de la communauté , en sorte que M. d'Ambert, fort préoccupé dans ce moment-là, prit quelque distraction à regardera travers les jalousies entrouvertes les
eaux jaillissantes et les belles corbeilles de cet Éden du cloître, où la rêverie devait être si calme et l'espérance si riante.
Cependant, au bout de dix minutes une porte s'ouvrit , et madame l'abbesse arriva dans le grand cabinet , mais en costume du matin encore, c'est-à-dire vêtue d'une grande robe de basin blanc à larges manches, et coiffée d'une sorte de capuche de point d'Alençon du meilleur effet. Une croix d'or, fort simple et fort lourde, tombait sur le devant du corsage, suspendue par un large ruban bleu de ciel et moiré. 3Iodame l'abbesse pouvait avoir quarante ans à peine; elle avait perdu toute la fraîcheur de la beauté ; mais ce qu'elle avait conservé, c'était cette noblesse de traits, cette grande tournure et ce port de tète triomphant qui distinguaient surtout alors les dames de haute compagnie. Ajoutons que la protectrice de M. d'Ambert avait les plus beaux yeux bleus et les mains les plus élégantes qu'il était possible de rencontrer.
— Madame, dit le comle-abbé en quittant sa fenêtre, j'ai reçu votre invitation avec une bien vive gratitude.
— Mon billet ne vous a pas trouvé à Saint- Cernin , reprit madame l'abbesse. Il a fallu vous chercher à Avignon. Eh! mon cher comte-abbé, renonçons-nous à notre solitude pour le monde?
Gela fut dit de la meilleure grâce et avec le plus bienveillant sourire.
— Voyons , ajouta-t-elle , asseyons-nous et prenons ensemble du chocolat, comme deux vieux amis. Ah dame! j'ai bien quarante ans, sans tricherie ; vous en avez près de trente. J"ai connu votre père, et il y a dix ans que je vous vois raisonnable. Cher comte, les païens disaient que le temps avait des ailes; nous, chrétiens, nous ne les lui avons pas coupées, et c'est un tort. Pourquoi ne pas mutiler cette vilaine idole? Voyons, voyons, devenons sérieux, si c'est possible. J'ai aujourd'hui mon chapitre à tenir et je
me pare de mon "grand habit. Vous savez que monseigneur le vice -légat vient au salut... Vous y serez, ciier comte.
— Et tout en louant Dieu , madame , reprit M. d'Ambcrt , je pourrai admirer votre grâce suprême.
— Ne parlons pas de cela , reprenait la charmante abbesse. Vous êtes bon , même vous êtes d'une galanterie qui va quelquefois jusqu'à l'extrême bienveillance. Du reste, vous savez que j'ai renoncé, ah ! tout à fait renoncé aux mondainetés ; me voilà devenue une vieille abbesse , et je me mets dans la règle la plus sévère. Il faut des réformes, cher comte , il en faut partout, et les ordres religieux doivent le bon exemple. J'y ai songé bien sérieusement ; d'ailleurs l'âge vient et j'ai mon salut à faire. Que voulais-je vous dire? Ah! voici. Mais d'abord prenons du chocolat.
Madame la supérieure sonna. Une sœur converse arriva portant une magnifique cho-
colatière en argent, et cette fille fut suivie d'une autre sœur qui déposa sur la table des petits pains à l'œuf et des brioches , le tout dans une vaisselle plate aux armes de la noble abbesse.
Les deux convives s'assirent en face l'un de l'autre. On renvoya les sœurs converses, et après quelques préliminaires obligés , on en vint à parler du sujet sérieux de Tentrevue, c'est-à-dire de madîime de Réalmont.
— Décidément, dit l'abbesse, plus je vais et moins je comprends Régine; c'est-à-dire que bientôt elle sera pour moi à l'état de problème. Vous qui êtes son voisin , son conseil et presque son tuteur, avouez -moi franchement qu'elle n'a point le sens commun , malgré tout son esprit et toutes ses distinctions. Vous l'avouez, n'est-ce pas?
— Mais , madame , reprenait en souriant le comte d'Ambert, vous me faites dire là une petite impiété.
— Allons, allons, soyons donc à notre
aise et parlons à cœur ouvert ; entre vieux amis, on se doit cela. Tenez, voici mon opinion sur Régine : belle, bonne, adorable; très-bien. Mais bizarre, romanesque par caractère et se cramponnant à la raison austère par fierté...
— Eh ! madame, dit le comte d'Ambert, savez-vous que cela est un très-grand mérite !
— Mon Dieu , je le sais bien , et je suis bien loin de blâmer Régine , la charmante qu'elle est. Ce que je voudrais seulement, c'est qu'elle se comprit un peu elle-même et qu'elle vît sa position telle qu'elle est. Elle veut entrer en religion ; certes, ce ne serait pas à moi de l'en détourner; mais, mon cher comte-abbé , j'en ai tant vu de ces belles vocations auxquelles ensuite il a fallu renoncer? Ah ! ces femmes du monde, et surtout celles qui ont passé leurs premières années à la cour, ces ravissantes femmes, croyez-le bien, sont, au bout de quelques semaines de
retraite , les plus aimables, mais les plus attrapées de nos religieuses. Tenez, j'en avais deux l'an dernier qui, en entrant à la Visitation , trouvaient la règle d'un facile et d'une douceur alarmante pour le salut ; il a fallu les marier six ou sept mois après. Revenons à Régine. Elle se trora})e ; elle se repentirait d'avoir pris le voile; sa grande jeunesse, son brillant esprit, son éducation, ses goûts, sa position, ses devoirs même, et je dirai pour raison principale, sa reconnaissance envers la reine de France, tout s'oppose à ce qu'elle renonce au monde, dont elle est la grâce, l'ornement, et où elle est destinée à donner de grands exemples de vertu. J'ai dit tout ce que j'avais sur le cœur. Maintenant arrivons à des choses plus positives.
M. d'Ambert n'avait pins envie d'achever sa tasse de chocolat. Très -décidé à faire bonne contenance et à jouer le rôle terrible qu'il s'était imposé, il ne pouvait se défendre cependant d'une vive et cruelle émotion. 1 21
Réunissant toute sa force de caractère et surtout élevant, avec l'énergie dun confesseur, sa pensée jusqu'à Dieu , le comte-abbé se prit à sourire et à provoquer d'un ton presque léger les confidences qu'on avait à lui faire.
— Voyons, madame, dit-il. Puisque vous me prenez pour conseil, je serai très-sévère, et si madame de Réalmont, votre amie, votre protégée, a mérité quelque bonne pénitence, oh ! je prononcerai contre elle l'arrêt le plus inflexible.
— Doucement, reprit l'abbesse, Régine n'est coupable de rien ; seulement elle pèche par trop de rigorisme. Elle renonce au mariage. C'est vous et moi qui devons la ramener.
— Moi ! madame, dit avec saisissement ce pauvre M. d'Ambert.
— Vous ! n'ètes-vous pas son meilleur ami... un ami loyal, sérieux, désintéressé?
— Parlez, madame; j'obéirai, dit le comte.
— Très-bien ! reprit madame la supérieure; j'ai confiance en vous et je vais tout vous dire. Apprenez donc que j'ai reçu de Versailles liuit ou dix lettres, toutes concernant Régine. Ses amies, qui sont les miennes, se sont mis dans la tête de la marier; elles ont parfaitement raison...
— Mais c'est une vraie conspiration , dit M. d'Ambert.
— Absolument. Une conspiration à la tête de laquelle est Sa Majesté elle-même, M. le comte. Donc on propose quatre ou cinq partis superbes et au milieu desquels on n"aura que l'embarras du cboix. Je vous ferai mes confidences jusqu'au bout , et je vous dirai même que , pas plus tard qu'bier, j'ai reçu la visite, séparément, de deux prétendants à la main de Régine; deux prétendants que vous connaissez...
— Oh ! parfaitement , reprit le comteabbé avec un peu d'ironie.
— Eh bien ! reprit la cruelle abbesse , je
crois que vous vous trompez un peu sur leur compte, mon cher d'Ambert.
— Je n'ai rien dit, madame.
— Vous n'avez rien dit, répliqua madame la supérieure, mais vous ne pensez pas moins bien des choses fâcheuses relativement à nos deux prétendants. Là ! soyez franc. J'avoue que leur démarche, leur voyage, leur façon d'agir, tout cela de prime abord parait extravagant. Mais enfin, ils sont jeunes, trèsépris, très-exaltés... et puis, vous le dirai-je, leur conduite, qui d'abord a paru très-folle à Versailles, commence à y être jugée autrement...
— En vérité, dit le comte -abbé. Vous verrez, madame, qu'aux yeux des beaux esprits de la cour, ces messieurs seront bientôt deux fous de raison : Socrale et Galon, probablement.
— Non, reprit l'abbesse, mais si le moyen est extraordinaire, la fln, le but sont rationnels. Ces messieurs sont rivaux, chacun veut
épouser Régine ; quel parti prendre ? Se rendre à Sfirzane, demander sa main, chercher à lui plaire, attendre son arrêt...
— Et si elle choisit, se battre en duel. Le préféré s'y oblige envers l'autre.
— Ce duel est la poésie de l'aventure, ajouta la désespérante abbesse ; il n'a rien de sérieux et vous le savez bien. Mais ce qui est réel , c'est le mérite de ces messieurs. En vérité, tout le monde à Versailles s'accorde à le dire , sous des dehors frivoles , MM. de Pampelone et de Chalux cachent les plus excellentes qualités; ils sont de grande maison, et ce qui est très-avantageux pour Régine qui n'a que sa terre de Sarzane, ce qui est inappréciable, c'est que l'un et l'autre des deux prétendants ont plus de cent mille livres de rente...
— Madame, dit d'un air grave M. d'Ambert, je n'ai plus d'objection à faire ; la raison dernière que vous venez de faire valoir me ferme la bouche.
— Mon cher conite-abbé, reprit lii cruelle et charmante abbesse, tout le monde n'a pas votre sagesse, votre piété, votre héroïsme religieux. Vous êtes un anachorète, vous; vous n'aspirez qu'à la perfection, et d'un jour à l'autre, le monde émerveillé et l'Église édifiée vous verront vendre vos biens pour vous retirer dans un cloitre...
— Oui, madame, dit d'une voix ferme le comte-abbé, je vendrai mes biens, vous avez raison, et même le plus tôt possible. J'ignore si le monde et l'Église en seronl émerveillés et édifiés ; mais ce que je sais bien, c'est que ce sacrifice me coûtera bien peu , et que le seul regret que j'éprouve , c'est de n'avoir pas déjà renoncé à tout et de ne pas être au cloître depuis longtemps.
— Ah ! quel homme, quel bienheureux !
s'écria madame la supérieure, en élevant au ciel ses beaux yeux bleus et attendris. Voilà une vocation ! voilà un saint véritable ! Sous l'habit d'un gentilhomme, vous êtes un saint.
— jVon, niadanie, non, répliqua vivement M. d'Aniberl, et la preuve que je ne suis pas un saint, c'est que je juge très-sévèrement mon prochain , et que je ne reconnais à MM. de Panipelone et Chalux, sauf la distinction et la fortune , aucune des qualités qui puissent rendre quelqu'un digne d'obtenir la main de madame de Réalmont.
— î!n vérité, dit Tabbesse , vous êtes sévère !
— Je suis sincère, madame, et je vous ai promis mon opinion loyale.
— Ah ! comme vous vous prononcez !
reprit madame la supérieure; vous avez, mon cher comte, une animation dans ce moment -ci qui ferait supposer je ne sais quoi, si l'on ne vous connaissait...
— Je m'anime, reprit le comte -abbé, parce qu'avant tout la vérité doit être dite, et que le bonheur de celle dont il est question me paraît plus précieux que tous les ménagements à garder.
— Comment! ajouta l'abbesse, fort étonnée, mais on dirait, à vous entendre, que vous-même, cher comte -abbé, vous vous mettez sur les rangs des prétendants...
— Oh ! dit le comte fort ému dans ce moment-là, si telle avait été ma haute ambition , et si Dieu n'avait disposé de moi autrement, croyez bien, madame la supérieure, que nul mieux que moi n'eût défendu son terrain.
— Ah ! mais vous m'étonnez à un point ! dit l'abbesse ; décidément , M. d'Ambert , est-ce que vous êtes jaloux?...
— Jaloux de quoi, madame? demanda le comte; du bonheur de Régine? Certainement je le suis. De sa confiance et de son attachement? Certainement. De pouvoir la servir jusqu'à mon dernier jour? Certainement, Oui, madame, à ce point de vue je suis très-jaloux, vous avez dit là une trèsgrande vérité.
Madame la supérieure dans ce moment
regarda M. d'Ambert d'un œil si intelligent, si scrutateur, que le comte, malgré toute son énergie, [le put soutenir ce regard. Craignant de laisser surprendre le secret qu'il portait au fond de l'âme , il détourna la tête.
Après une minute de silence et de bien rapides réflexions de part et d'autre, l'abbesse reprit avec une certaine agacerie :
— Ainsi, mon cher comte, mes protégés et ceux de la cour vous déplaisent?
— Je ne suis ni le père, ni le tuteur légal de madame de Réalmont, répliqua M. d'Ambert.
— Mais vous ne ferez rien en leur faveur? ajouta la supérieure.
— Absolument rien, madame.
— Et vous agirez contre eux?
— Si on me consulte, madame, je dirai toute ma pensée.
— Et si on ne vous consulte pas ?
— Je la dirai encore, madame.
— Vous voyez donc bien que vous êtes jaloux, M. le comte? dit l'abbesse en joignant les mains.
Le comte-abbé ne répondit pas. Se détournant un peu du côté de la fenêtre, il se prit à contempler les beaux arbres des jardins. Quelques religieuses passaient dans ce moment-là dans les allées, M. d'Ambert étendit la main et les désignant à l'abbesse :
— Celles-là sont heureuses, dit-il.
— J'aime à le croire , répondit la supérieure. Dans tous les cas, ce n'est qu'à Dieu qu'elles feraient leurs confidences.
— El voilà pourquoi je les trouve heureuses, reprit le comte ; car, dégagées de tout intérêt terrestre , elles n'ont plus que Dieu pour aspiration et dernier amour.
Madame l'abbesse se leva ; un peu de tristesse avait passé sur son front limpide, on le voyait. Ses beaux yeux bleus étaient rêveurs et même humides d'une larme indécise. Elle n'adressa plus une parole à M. d'Ambert,
mais en passant près de lui en rentrant dans son appartement, où ele était attendue pour se vêtir de son grand liabit de chœur, elle s'arrêta un moment, le regarda encore et lui tendit la main.
— Oui , madame , dit le coiute en baisant avec respect et une grande émotion cette belle main qui venait à lui en signe de paix ou de douce compassion.
Dans l'après-midi, il y eut un salut sulennel à l'église du couvent de la Visitation ; monseigneur le vice-légat y assistait entouré de tout le clergé doré. Madame l'abbesse, placée au milieu de son chapitre, se montra majestueuse et dans un grand recueillement à la magnifique tribune qui lui était réservée. La cérémonie fut auguste : des voix mélodieuses chantèrent les cantiques de l'Église, l'orgue répondait à ce chœur angélique et l'encens remplissait le sanctuaire de ses odorantes vapeurs.
Or, derrière un pilier de la nef, bien loin
du chœur, caché dans la foule, un homme prosterné sur les dalles priait, humble et ignoré ; c'était le comte-abbé. Nul ne le remarqua, et avant la sortie du cortège M. d'Ambert s'était éloigné. Ce jour-là même il venait de vendre tous ses biens, tous ses joyaux de famille , tout ce qui lui appartenait dans ce monde pour arracher la terre seigneuriale de Sarzane aux mains de l'usure et pour en assurer à Régine, qui devait tout ignorer, la libre et entière possession.
FIN Dr PREMIER VOLFME.