‹ Registre de La GrangeChapitre 11 sur 69 · Archives de la Comédie-Française · texte numérisé non relu

Archives de la Comédie-Française

CHARLES VARLET DE LA GRANGE

Autre lettre du 12 :

« Je prie Monsieur de La Grange de prendre la peine d'auertir aujourd'hui la Troupe de se tenir preste demain matin, à 10 heures, pour aller à Saint-Germain-en-Laye jouer Iphigénie, avec une petite pièce, telle qu'il leur plaira, deuant Monseigneur qui Ta ordonné ainsy, et de m'enuoyer le petit Mémoire des noms des personnages, comme au dernier jour,

• Je suis son très-humble et très-obéissant serviteur,

« Dl'che'. 11

Auparavant, lorsque le Roi voulait avoir Molière à Saint-Germain, à Versailles ou à Chambord, Molière fermait son Théâtre et partait avec ses camarades. Paris attendait. Depuis la Jonction, le Roi, et c'est là sa grande muniticence envers ses sujets, ne veut plus que Paris soit sacrifié à ses plaisirs. Service du Roi, service du public, les deux doivent aller de pair, a La Troupe est si nombreuse, dira bientôt la préface du Molière de 1682, que souvent il y a comédie à la cour et à Paris en même jour, sans que la cour ni la ville ne s'aperçoivent de cette division. «

Voilà qui est net. Malgré cette assurance positive, les choses sont loin de sarranger sans peine. A supposer que ni la cour ni la ville ne s'aperçoivent de la division, et cela est douteux, on s'en aperçoit au Théâtre. La division y est, dans quelque sens qu'on l'entende. Si le Roi doit passer deux mois à Fontainebleau, comme en août et en septembre 1681, la Troupe est partagée en deux séries pour les deux moitiés du voyage. Aussitôt les deux séries se jalousent. Ni l'une ni l'autre n'est bien satisfaite du mois qui lui est échu. Ceux qui partent les premiers voudraient ne rentrer à Paris qu'avec octobre et la cour; ceux qui restent n'ont jamais trouvé aussi triste de jouer à Paris, en pleine saison d'été, et soupçonnent qu'arrivés à la cour leurs camarades les y desservent.

Ordre pour Fontainebleau-^ porte en tête une troisième lettre de M. Duché, écrite le 5 août à La Grange :

« Il est vray. Monsieur, que dans le temps que j'ai receu votre lettre, le Roi avait desjà ordonné, auec la plus grande bonté du monde pour touste votre trouspe, quelle sera employée pour son seruice et pour vostre utillité, suiuant le Mémoire que je vous enuoie pour en informer, s'il vous plaist, tous vos camarades qui sont à Paris, afin qu'ils puissent prendre leurs mesures là-dessus comme ceux d'icy. Je vous assure. Monsieur, qu'on n'en peut pas uzer plus honnestement qu'ils ont faict pour tous les absens et qu'ils en seraient demeurez à Marianne, si le seruice ne les auait obligé de ce mettre en estât de faire tout ce qu'il plaira à Sa Majesté, jusqu'au dernier de ce mois, comme vous aurez le mesme duantage, quand vous serez ici jusqu'au mois d'octobre. Vous estes si sage et si raisonnable, que je ne doute pas que vous leur faciez comprendre aisément l'obligation que vous auez tous à Sa Majesté et que vous ne soyez bien persuadé. Monsieur, que je suis vostre très-humble et très-obéissant serviteur,

« Duché. •

Page 1