‹ Registre de La GrangeChapitre 12 sur 69 · Archives de la Comédie · texte numérisé non relu

Archives de la Comédie

2. Ordre pour Fontainebleau est une correction. Il y avait d'abord à FomuineHcuu seulement.

ET SON REGISTRE

Le sens de la lettre se perd un peu, dans les sous-entendus; mais voici une note* sans date et sans signature, écrite de la même main toutefois, qui peut aider à la taire comprendre :

« Si tous vos camarades qui sont icy, » c'est-à-dire à Fontainebleau, « font bien réflection sur la proposition que je leur ay faicte ce matin, pour l'intérest de la trouspe, ils se mettront en estât dasprendre incessamment la pièce de M. le clerc, pour la jouer deuant le Roy, au lieu de Marianne. Ils m'ont demandé jusqu'à demain pour me dire leurs sentimens là-dessus. Je souhaiste qu'ils aient tout le respect et toute la complaisance qu'ils doiuent à M. le Duc de Richelieu, que j'honore très-particulièrement, comme je vous l'ay dict, quand vous m'en auez parlé, et, assurément, vostre compagnie s'en trouuera mieux. »

Les choses commencent à s'éclaircir. La première série des acteurs partit le 28 juillet pour Fontainebleau, d'où elle devait revenir le 3 septembre. C'était la série du tragique : Champmeslé, Beauval, Baron, La Thuillerie, Hauteroche, M"" Champmeslé, Le Comte, Angélique et Beauval. Raison de plus pour que la seconde série, celle du comique : notre La Grange (mais celui-ci mis à part), Verneuil, Guérin, Hubert, Rosimond, Du Croisy, Le Comte, M"" Guérin, de Brie, La Grange et Guyot, — trouvât mauvais d'être reléguée dans l'étouffante solitude de la rue Mazarine, sans protit et sans gloire.

Les tragédiens apportaient au château leur programme, arrêté par la Compagnie : Mithridate, les Fâcheux^ Phèdre, Sertorius, les Horaces, Œdipe, Scêvole. oAndromaque, Polyeucte, Marianne et Venceslas, un programme de chefs-d'œuvre, tels que le Roi les aimait, il faut le dire ; mais à côté des goûts du Roi, et, sans les consulter, on peut le croire, s'était glissée l'intrigue que voici :

Le duc de Richelieu a un intendant auquel il s'intéresse, membre de l'Académie d'ailleurs, poëte patient et mûr qui a eu une Virginie représentée dans des jours lointains, et contemporaine de la Théodore de Corneille, puis une Iphigénie jouée trente ans plus tard, sujet d'un célèbre débat entre lui et son ami M. Coras, — autant dire M. Le Clerc tout de suite. M. Le Clerc donc, et seul cette fois, a donné aux comédiens un Oreste que ceux-ci ont reçu. L'auteur et la pièce attendent leur tour; mais s'il faut l'attendre trente ans encore, M. Le Clerc n'est plus en fonds pour recommencer et désespère, lui aussi, à l'idée d'espérer toujours.

C'est ce même Oreste qu'on voudrait tirer vi\ant des cartons de la Comédie. Le duc de Richelieu a promis de l'en faire sortir. Avec les comédiens à Fontainebleau l'occasion est bonne. Le duc a déjà parlé à'Oreste dans son groupe et Oreste a un parti. Dès que les comédiens arrivent, on les entoure; le mot du moment est: « un ouvrage nouveau! Le goût de la cour est au nouveau! » On leur conseille d'offrir au Roi la primeur d'une pièce nouvelle et de rajeunir leur répertoire avec Oreste.

Les comédiens un peu surpris commencent par s'en défendre : Leurs jours sont comptés. — Qu'à cela ne tienne! — Leurs spectacles arrêtés. — On en changera un ; Marianne, par exemple. Tristan ne réclamera pas. — Mais les rôles ne sont pas sus. — On aura le loisir de les apprendre. — Ils ne sont pas distribués. — L'auteur les distribuera.

I, Archives de la Comédie-Française.

CHARLES VARLET DE LA GRANGE

Les comédiens n'osent probablement pas donner leur dernier argument, à savoir, que la pièce est mauvaise ; aussi bien ne sont-ils pas à Fontainebleau pour s'y mettre mal avec les grands seigneurs qui les caressent. Au fond, ils seraient assez aises de faire leur cour et en demandent la permission à ceux de Paris. C'est à Paris qu'on se révolte et qu'on s'indigne, qu'on reproche à ceux de Fontainebleau de trahir les intérêts de la maison. A Fontainebleau, le duc de Richelieu ne se montre pas ; mais il se pique. M. Duché insiste, il écrit à La Grange et découvre le Duc dans sa note confidentielle. La Grange est sage et raisonnable en effet. Il \oit le danger. 11 fait entendre raison aux mécontents. Oreste se jouera. On apprend une partie des rôles à Fontainebleau, une autre à Paris. M. de Richelieu triomphe. Oreste est représenté devant le Roi. Il est vrai que le Tliéâtre Guénégaud est obligé de faire relâche' le 27 et le 28 aoîit. Il est vrai aussi que la pièce ramenée à Paris et représentée le 10 octobre devant le public était morte le 14, à la seconde représentation, et que VOreste de M. Le Clerc, à peine connu des Dictionnaires de théâtres, n'a pas même eu, comme ïlphigénie. Thonneur de laisser son nom conservé dans le sel, par une épigramme de Racine.

Ces difficultés, avec lesquelles Molière n'avait pas eu à compter, iront se multipliant au devant de La Grange. Nous avons vu tout à l'heure les comédiens appelés à Saint-Germainen-Laye pour y jouer Iphigênie (la vraie Iphigénie) à Monseigneur. Monseigneur, c'est le Grand Dauphin, fils aîné de Louis XIV, et, à côté de Monseigneur, depuis le 7 mars 1680, il y a Christine-Victoire de Bavière, Grande Dauphine de France.

La Grande Dauphine était dépaysée ; pour occuper sa belle-iîlle qui se laissait aller à l'ennui, le Roi l'avait nommée Surintendante des spectacles. Qu'elle prît ou non ses fonctions au sérieux, elle avait la haute direction des théâtres. C'était en son nom qu'on y commandait et qu'on régleinentait à plaisir. C'était elle qui donnait les ordres de début, — quand ce n'était pas le duc de Richelieu, son chevalier d'honneur, — et qui prononçait les admissions des comédiens, — quand ce n'était pas le Roi ! et tout le monde, et la prévention, et le caprice.

Revenu victorieux de Strasbourg, « Clausâ Gennanis Galliâ- ! » le Roi demanda le Bourgeois gentilhomme pour Saint-Germain. La représentation de\ail a^•oir lieu le 25) novembre.

1. « Mercredi 27 et jeudi 28, écrit La Grange, on ne joua point à cause du départ de MM. Verneuil, Dauvilliersct Delagrange pour Fontainebleau, pour Orcsrc de M. Le Clerc, intendant de M. le duc de Richelieu. » Intendmt de M. le duc de Richelieu dit tout. — Mais, ou La Grange n'avait pas tout à fait renoncé à jouer dans la tragédie, ou il joua, par exception, dans OrcsW; voulant prouver à M. Duché cju'il l'avait bien compris et afin que « la Compagnie s'en trouvât mieux ».

Du reste M. Duché avait eu raison d'écrire que la seconde série aurait à son tour l'avantage de faire tout ce qu'il plairait à Sa Majesté. A la suite des Femmes sjvantes, de Tartuffe, du Misanthrope, de l'Avare et d'Amphitryon, elle joua, dans la galerie des Cerfs, l'Impromptu du maréchal de "Vivonne et du duc de Nevers. Ce fut son Oreste; mais \' Impromptu des deux poètes de cour eut le bon esprit de ne pas vouloir passer sur le Théâtre de la ville.

A côté du programme tragique, le programme comique paraît un peu court : six spectacles au lieu de onze. Peut-être plusieurs comédies furent-elles jouées deux fois. Il faut dire aussi que le second mois se trouva un peu abrégé par un déplacement de la cour et par cet événement de si haute importance que La Grange raconte avec une admirable simplicité : « Le 25" septembre, la Compagnie qui était à Fontainebleau partit pour Chambord, où, étant arrivée, il y eut contre-ordre, le Roi étant allé prendre la ville de Strasbourg. B

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