IMPORTANCE DES REGISTRES
“Il n’y a rien,” dit une de ces ordonnances, ‘de si important dans la société civiie pour l’ordre des successions, la paix des familles et la propriété des droits et des biens d’un chacun, que d’avoir une preuve certaine, constante, assurée el suivie de l’état des personnes. L'expérience a fait
(3) Québec, Trois-Rivières, Montréal, Sainte-Annede-Beaupré, Château-Richer, Lorette et Sainte-Famille, Le d'Orléans.
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connaître, qu'en cela, toute autre preuve | que celle appelée preuve par écrit était | douteuse et même si dangerev*e qu'il n’é- | tait point de précaution que les Roys r’eussent établies, par leurs ordonnances, pour mettre cette preuve dans une forme démonstrative et incontestable, et pour la rendre telle qu’elle ne fût point sujette à l'injure des temps non plus qu’à la néglivence et à la malice des hommes.”
La même ordonnance exnose ensuite aux curés les motifs qui nécessitent une double copie des registres, et s'exprime ainsi :
“Les incendies sont si fréquents en Canada, à raison de la sécheresse de l’air È et de la nature des bois, qui sont encre 4 :
aujourd'hui les seuls matériaux dont on D construit les églises et les presbytères, E
w’il serait à craindre qu'il ne restât plus, dans quelques années d'ici, de preuves suffisantes de l’état des personnes, s’il n’était déposé, tous les ans, dans les greffes des juridictions royales de chaque geuvernement, une grosse ou copie de chacun des dits registres, copiée et signée par les curés, vicaires, missionnaires, et par eux affirmée véritable et conforme à la minute originale, pour avoir recours à cette grosse ou copie, en cas de perte des minutes des dits registres, gardés par les curés.”
Les premiers registres, dans la Nouvelle- France, furent ceux des villes de Québec, en 1621 ; des Trois-Rivières, en 1635, et de
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Montréal, en 1642. Ils renierment les autographes des premiers missionaires et martyrs du Canada, les RR. PP. Buteux, Lejeune, Vimont, de Brébeuf et l'Allemand.
Ces registres n’avaient point de copie en double, et se trouvaient en conséquence exposés à la destruction, par les incendies, les guerres et autres calamités publiques.
Aussi avous-nous à regretter, plus d’une fois, la perte de quelques-uns de ces précieux Gocuments, ceux de Québec, brülés en 1640, qui, sans doute, renfermaient des notes précieuses, avec les autographes de l'illustre fondateur de Québec.
Nous devons toutefois reconnaissance au Père Lejeune pour le rétablissement de ces actes qu'il recueillit et écrivit lui-même, sur l'attestation de témoins contemporains.
Nous devons aussi rendre hommage au regretté l'abbé Ferland pour le travail si remarquable qu’il a laissé sur les registres de Notre-Dame de Québec, depuis la première inscription jusqu’à l’année 1650.
Je dois encore rappeler ici l’ardeur et la persévérance que déployèrent dans l’étude des registres de l’état des personnes, sir Hippolyte Lafontaine et le commandeur Jacques Viger.
‘© J’éprouve une véritable jouissance. disait sir Hippolyte, à étudier ces importants documents, qui me permettent d'unir tous les anneaux d'une chaine généalogique.
M. Viger, lui, ne reculait devant aucun sacrifice pour continuer l’étude de ces mêmes documents. Que de greffes, que de paroisses il a visités pour chercher un acte qui püt lui permettre de rétablir un nom, une date !.…..
Veut-on une autre preuve de lPimportance de nos archives se rattachant aux registres de l’état des personnes? Il suffit de jeter un regarà sur les chiffres suivants du mouvement de la population catholique, dans la seule province de Québec. :
Le nombre total d'actes enregistrés est comme suit :
De 1621 à 1700 28,308 actes.
donnant un total de... 4,094,657 ‘ (4)
L'année 1875 donne à elle seule 91,000 actes enregistrés dans la province de Québec.
(4) Ce nombre se décompose ainsi:
Mariages ss mess essessersre 419,762 Baptèmes..…... ss... 2,484,089 Sépultures ss 1,194,806
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Le nombre de paroisses où se trouvent déposés les registres était comme sul:
En 1700 de 46 paroisses.
1760 de 111 “.
1800 de 141 ‘ 1850 de 295 “ 1875 de 570
Je me permettrai ici, Messieurs, d'attirer votre attention sur le nombre d'actes enregistrés jusqu’en 1700, pour le comparer au nombre d'actes enregistrés de 1700 à 1760, et cela, afin de répondre aux questions qui m'ont tant de fois été adressées au sujet de l publication du second vsiume du Dietionnaire Généalogique. Si le premier Voiume renferme au-delà de 28.000 actes, le second doiten contenir au-delà de 200,000.
Il ne faut pas être étonné que ce volume mette un peu de temps à paraître, bien qu'il soit déjà trèsavancé, On ne se fait pas une idée de la lenteur des travaux dune statistique importante. La hâte, en pareille matière, veut dire erreurs sans nombre, inutilité finale.
L'état que je viens d'exposer démontre assez, Messieurs, l'importance numérique de ces documents, à laquelle nous devons encore ajouter l'importance légale et historique.
Pour défendre avec succès la cause d'un client, l'avoué n'a-til pas souvent besoin
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de constater, par acte authentique, tantôt la naissance, tantôt le mariage de ce client ou le décès d’une autre personne ?
Et l'historien, qui toujours doit partir du fait et ne jamais rien supposer, n’a-t-il pas sans cesse l'obligation de s'assurer des noms, des dates et de l’existence des personnages qui jouent un rôle dans l’histoire qu’il écrit ? Ces noms, ces dates, la preuve de l’existence de ces personnages ne peuvent, le plus souvent, se constater qu’à l’aide des registres.
Voici deux faits très-rematquables, qui se présentent ici à ma mémoire. Le premier a rapport au recensement du Canada de 1666; le second, à la date de la mort du célèbre découvreur du Mississipi, Louis JOLIET.
Le recensement de 1666, ne portant aucune date, a toujours obligé l’historien du Canada de se demander à quelle époque de l’année il avait eu lieu, et s’il renfermait ou non l'immigration ae l’été 1666. Aucun document ne pouvait répondre là-dessus.
Ce n’est qu’à l’aide des registres que l’on a pu constater la‘date précise de ce recense-
ment, et vo ri quelle manière.
J'ai recuéïili les noms et âges des enfants de deux, huit et quinze jours du recensemént, et comparant ces âges avec la date de naissance inscrite dans les actes de baptême des mêmes enfants, j'ai constaté la date précise du mois où le recense-
ment avait eu lieu, c’est-à-dire en février et mars 1666.
Le second fait se rapporte à la date de la mort de Louis Joliet…. Même incertitude chez l'historien, qui le fait mourir entre 1698 et 1700.
Une lettre de MM. Callières et de Champigny, écrite le 18 octobre 1700, prouve que Joliet éta.t m ‘rt à cet epoque, mais ne mentionne aucune date, et l'acte de sépulture de cet homme célèbre, qui fut inhumé, dit M. Margry, dans une des iles de Mingan, située devant le gros Mécatina, ne se trouve nulle part.
Par l’étude des registres de Notre-Dame de Québec, j'affirme que le 4% mai 1700, Joliet était vivant... puisque je le trouve présent au mariage de Jérôme Corda, et signant : “ Joiliet hydrographe du Roy.” C’est donc entre le 4 mai et le 18 octobre 1700 que mourut Jolliet.