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C. — La véritable crise de l'apprentissage

À travers tous ces procédés, on a pu constater le souci prédominant de l’industrie moderne de recruter en abondance de la main-d'œuvre enfantine et de tirer d’elle toute son énergie vitale.

Les nécessités du recrutement du métier suffisent-elles à justifier la présence de cette surabondance d’enfants dans l'industrie ? On ne saurait le prétendre. Sans doute, avenir du métier exige que l’on forme des apprentis, mais cette nécessité ne saurait être sérieusement invoquée dans la plupart des cas qui viennent de nous retenir. Qu’avant de devenir « fileur », il faille avoir été « rattacheur » ; « rentreur », avant d’être « tisserand » ; « cueilleur » ou « porteur », avant d’être « souffleur » verrier ; personne ne le contestera ; mais, peut-on sincèrement soutenir qu'il soit nécessaire pour cela que, dès treize ans, des enfants s’anémient, dans l’atmosphère humide et chaude des filatures, ou soient livrés à la consomption, devant les fours desséchants des verreries (1). Au lieu d'assurer l'avenir du métier, ne le compromet-on pas bien plutôt, en même temps que celui de la race ?

Ce n’est pas dès treize ans que dans la grande industrie moderne on peut utilement profiter de lapprentissage (2).

(1) Les patrons ne peuvent eux-mêmes le prétendre et en sont réduits à ne pouvoir qu'invoquer : tantôt l'insuffisance de la main-d'œuvre, tantôt le taux réduit des salaires, tantôt aussi, hélas ! l'insistance des parents. (Cf. Rapport de la Commission supérieure du travail en 1908. J. O., 3 octobre 1999, Annexe, p. 1281, col. 1.)

(2) « Ge n'est pas en regardant faire, observe fort justement M. Coupal, secrélaire de la Fédération des ouvriers mécaniciens, c'est en travaillant soimême à la fabrication que l’on apprend son métier. Un jeune homme d'inleiligence normale qui commencerait à travailler dans un haut-fourneau, par exemple, à dix-huit ans, ne tarderait pas à en savoir aussi long que le gamin confiné depuis plusieurs années dans des besognes secondaires. Il -apporterait, en effet, à son nouveau travail un esprit déjà formé, une capacité

La simplification des procédés de fabrication, par suite de l'extension du machinisme et de la division du travail, réduit encore progressivement les exigences de l’enseignement professionnel. Rares sont aujourd’hui les métiers qui nécessitent encore les longs apprentissages ; quelques semaines, quelques mois souvent, familiarisent le manœuvre de la veille au métier, jadis détenu par l'artisan.

Et, d’ailleurs, l’enfant embauché si précocement à l’atelier, sous prétexte d’y faire son apprentissage, n’y apprend pas le métier ; on le confine dans les pires travaux de manœuvres : on l’occupe à des transports, à des rangements ou à des balayages, voire même à des travaux domestique pour le compte personnel du patron, à moins qu’on ne lemploie à faire des courses, aussi périlleuses pour sa sécurité que funestes à sa moralité.

Voilà quelle est la vraie crise de l’apprentissage.

On le voit, elle touche aux intérêts les plus élevés de la moralité publique et de l'avenir de la race ; mais, loin de porter, au moins, remède au mal qui nous occupe, elle ne fait guère que l’aggraver.

III. —— INFLUENCE DU TRAVAIL ENFANTIN SUR LES CONDITIONS DU TRAVAIL DES ADULTES.

Nous n’aurons pas besoin d’insister longuement sur la menace que constitue, pour les ouvriers adultes, l'emploi de cette abondante main-d'œuvre enfantine.

Il convient, tout d’abord, de distinguer entre les enfants qui font véritablement leur apprentissage, et ceux qui ne sont employés que comme manœuvres et prennent ainsi la place d'ouvriers adultes.

d'attention et un sentiment de sa responsabilité qui font défaut chez l'enfant.

On s'intéresse à ce que lon fait infiniment plus qu'à ce qu'on voil faire aux autres. » Opinion rapportée par M. Et. MaRTIN-SAINT-L on : Le travail de

nuit des adolescents dans l’industrie française, p. 27,

Les premiers constituent, comme nous aurons occasion de le remarquer en étudiant les tactiques syndicales, à la fois une concurrence lointaine : l'encombrement futur du métier ; et une concurrence actuelle : la présence dans la profession d’une surabondance de main-d'œuvre au rabais ; tandis que c’est à cette seconde concurrence seule que se rattachent les enfants manœuvres.

Nous n'avons pas à parler, pour le moment, de l’encombrement éventuel du métier — qu’il est fort difficile d’apprécier — mais, seulement, des divers éléments sur lesquels peut influer la concurrence actuelle des enfants.

L'action directe exercée par la présence de ces travailleurs au rabais sur le marché du travail est indéniable, soit qu’elle s’exerce au sein de chaque atelier, en permettant au patron de diminuer les salaires des ouvriers adultes sous la menace d’une extension du travail enfantin, soit que le travail enfantin, localisé dans quelques établissements, pèse lourdement sur la concurrence interpatronale en avilissant les prix des travaux et, par contre-coup, les salaires (1).

Quand on saura que dans une même localité, à côté des ouvriers adultes payés 0 fr. 45 ou 0 fr. 50 le mille de lettres « levées », on trouve des enfants, recevant, pour le même travail, un salaire de 0 fr. 25, on comprendra quel germe destructeur est introduit par là dans la concurrence.

Et, qu’on le remarque — c’est là un point auquel on n’attache pas assez d'importance — alors même que le travail

(1) Les ouvriers typographes ont souvent signalé à leurs patrons qu'ils étaient, eux-mêmes, aussi intéressés que leurs ouvriers à lutter contre les imprimeurs marrons et à empêcher que la concurrence dans l'imprimerie ne soit faussée par la multiplication d'établissements précaires, ne parvenant à se maintenir qu'en recourant à la main-d'œuvre féminine ou enfantine.

Mais les ouvriers semblent être les seuls à avoir eu le souci d'assurer une organisation normale de la concurrence. M. Keufer rapporte cette réponse — révélatrice de l'état d'anarchie des milieux patronaux — qui lui fut faite lorsqu'il se plaignait et s'étonnait que les employeurs ne cherchassent pas à imposer à leurs collègues le respect du tarif élaboré par la commission mixte : « C'est à vous ouvriers, répondit ce patron, c'est à vous de faire appliquer cette convention, de l'invoquer et de la faire appliquer par la grève si c’est nécessaire ! » (Cf. CONSEIL SUPÉRIEUR DU TRAVAIL, Onzième session, 1902, Compte rendu, p. 42 et suivantes.) -

enfantin n’entraînerait pas un avilissement posilif des salaires, il n’en exercerait pas moins une action négative et paralysante qui briserait toute tentative de hausse des tarifs, par la crainte qui pèserait sur les ouvriers adultes de se voir remplacés, à la moindre réclamation, par des enfants payés à moitié prix.

En dehors du salaire, enfin, cette concurrence peut agir, et de la même manière, sur tous les autres éléments du travail : durée, intensité, discipline de l’atelier, et opposer à tout essai d'amélioration le même frein énergique.

Un très significatif exemple de cette dépréciation géné-

rale de situation —— le salaire se maintenant à un niveau élevé — nous est offert par les fileurs de coton de Gand.

Par suite de la surabondance des apprentis, on n’embauche jamais un adulte dans les principales usines, le recrutement des fileurs se fait exclusivement par en bas et très laborieusement : pour devenir fileur, aujourd'hui, il faut parfois attendre jusqu’à trente et trente-cinq ans. Il semble qu’une fois parvenus à cette fonction tant désirée, les fileurs vont jouir d’une situation privilégiée. Il n’en est rien : la surabondance des apprentis rend à ce point la perspective du chômage affreuse dans cette profession qu'elle fait d'eux les esclaves du régime qu'ils subissent et leur interdit d'y rien changer.

« Les ouvriers, nous dit M. Varlez, se cramponnent littéralement à leur place de fileurs, et cette nécessité de s’entendre bien avec les patrons a fait d’eux la classe d’ouvriers la plus douce, la plus obéissante de la ville de Gand.

« Les fileurs sont parmi les travailleurs les mieux pavés de Gand, mais ils savent qu’une réclamation intempestive, une observation déplaisante suffit à faire d’eux les plus misé- ‘ables parmi les misérables. » (1)

(1) Les salaires dans l’industrie gantoise, T, Industrie cotonnière, p. 99.

Et celte perspective n’est pas imaginaire : « En 1897 et 1898, vingt-quatre fleurs, membres du syndicat, ont perdu leur place et ont dû chercher du travail. Parmi eux, deux seulement sont parvenus à rentrer en qualité de

Voilà une force paralysatrice que ce saisissant exemple ne nous permettra plus d'oublier !

Enfin, l’une des conséquences les plus douloureuses de cette entrée en masse des enfants à l’usine, sa contre-partie inévitable et préméditée, c’est l'élimination systématique des ouvriers, non seulement âgés, mais même adultes.

Tandis que les enfants entrent de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes à l'atelier, l’ouvrier, l’ouvrier adulte, Phomme de quarante et quarante-cinq ans parfois, s’en voit inexorablement chassé ou du moins, s’il tombe en chômage, se trouve dans l'incapacité de retrouver une place dans son propre métier. On m'a cité plusieurs grands établissements à la porte desquels on peut lire, les jours d’embauche, cette cruelle petite note : « On n’embauche pas audessus de quarante-cinq ans. D’une enquête, entreprise il y a quelques années, auprès des Fédérations ouvrières, il ressortit qu'un ouvrier ne peut plus trouver à s’embaucher après quarante ou cinquante ans environ dans la chapellerie ; après cinquante-cinq à soixante ans dans la peinture, et après quarante-cinq ans dans la voiture (1). La place est prise par les jeunes !

C’est un des plus tragiques aspects de la lutte pour la vie que le spectacle des générations s’écrasant les unes contre les autres, comme les flots de la mer, et poussant impitoyablement les vieillards vers la tombe.

Notre brutale civilisation industrielle en a encore accéléré le rythme, rejetant précocement dans le chômage et la misère ceux qui se sont usés à son service, pour s'emparer avidement de muscles jeunes, d'énergies neuves, pour les consommer

à leur tour...

fleurs à Gand ; quatre ont dû se placer comme ratlacheurs où aides-fileurs ;

un est rentré comme fileur à Roubaix : trois ont dû s’adonner au colportage ; quatre sont devenus journaliers aux docks : quatre ont trouvé en France un autre travail : trois sont entrés dans un atelier de construction mécanique ; trois sont actuellement encore sans travail et n’ont pas renoncé à l'espoir incertain de trouver de la besogne professionnelle. » (/bid., p. 98.

(1) Enquête de M. Georges CouLox sur l'Assisfance aux valides trop âgés pour trouver du travail (3 Congrès national d'assistance publique et de bienfaisance privée, Bordeaux 1903, tome I. Rapport, p. 371 el suivantes et Enquête.)

SECTION II

La Défense ouvrière

I. La limitation du nombre des apprentis par les syndicats français. —— II. La limitation du nombre des apprentis dans quelques pays étrangers : Angleterre, Allemagne, Australie, Etats-Unis. — III. Mesures complémentaires de la limitation : a) allongement de la durée de l’apprentissage ; b) minimum de salaire. IV. Mesures tendant à fermer./l’entrée du métier : a) refus d’enseigner le métier ; b) établissement d’un droit d’entrée ; c) hérédité professionnelle.

Il est peu de concurrence qui soit aussi universellement et aussi vivement ressentie dans le monde du travail que la concurrence enfantine. L’envahissement du métier par les enfants, l'élimination des ouvriers adultes et « qualifiés » par la main-d'œuvre inhabile et à bon marché des enfants : c’est là une plainte incessante que l’on recueille, soit que l’on interroge quelque ouvrier müûri dans le métier, soit que l’on feuillette les journaux syndicaux ou les comptes rendus de Congrès corporatifs.

En dénonçant et en combattant la spéculation des patrons sur la main-d'œuvre enfantine, les ouvriers poursuivent une double fin :

1° Un but lointain et général : écarter du métier des concurrents futurs, maintenir un équilibre stable entre l’offre et la demande de travail dans toute la profession ;

2° Un but prochain et limité : se protéger, dans chaque

LA CONCURRENCE DES ENFANTS 1e

atelier, contre l’élimination des adultes ou lavilissement des

salaires résultant d’une surabondance de main-d'œuvre à bon marché.

Si la première préoccupation apparaît nettement dans certaines réglementations syndicales, telles que celles qui aboutissent à l’hérédité professionnelle ou au refus de faire des apprentis, elle est, le plus souvent, étroitement mêlée à la seconde et malaisée à discerner.

Nous allons’ donc examiner successivement les diverses réglementations tentées par l’action syndicale ouvrière (1) pour lutter contre la concurrence enfantine, tant en France qu'à l'étranger, et c’est surtout en essayant, dans une dernière section, d'apprécier leur efficacité et leur légitimité que nous ferons intervenir la distinction que nous venons d'indiquer entre celles qui visent à assurer l’équilibre du métier et celles qui ne sont que des mesures de défense immédiate.

ÏJ. — LA LIMITATION DU NOMBRE DES APPRENTIS PAR LES SYNDICATS FRANÇAIS.

C’est à limiter le nombre des apprentis employés dans chaque établissement ou, plus exactement, à fixer la proportion qui doit exister entre le nombre des apprentis et celui des ouvriers, que s’est particulièrement appliquée, tant par la grève que par le contrat collectif, l’action des ouvriers organisés français.

(1) Nous écartons volontairement de ces recherches l'examen de l'influence indirecte que les lois protectrices du travail pourraient exercer sur là concurrence enfantine, en faisant, par exemple, peser sur l'industriel employant des enfants, une charge supplémentaire (réduction de la durée du travail, élévation de l’âge d'admission, prescriptions relatives à l'apprentissage, etc.).

Dans ce chapitre, comme dans ceux qui vont suivre, nous voulons nous borner à l'étude des réglementations sorties de la pratique ouvrière : elles trahissent plus vivement, selon nous, l'existence des concurrentes que nous voulons découvrir et nous offrent la saveur de réactions toute spontanées où s'exprime en même temps que sa doctrine économique, l'idéal moral qui l'anime.

On compte chaque année un nombre assez constant de grèves ayant pour but d'obtenir cette limitation :

Années Nombre Nombre Réus- Transac- Echecs de grèves d'ouvriers sitcs tions 1903787 2 105 2 » »

LOUE 4 253 2 be »

O0 ru 4 10,961 2 » D RODO MR ñ 3,001 » » 7 OUTRE. 7 473 . » 2 »

Parmi ces grèves, le plus grand nombre a éclaté dans la typographie ; aussi bien, dans cette réglementation, comme dans la plupart de celles que nous examinerons par la suite, est-ce la corporation qui est le plus attachée à cette méthode et qui, malgré les nombreux échecs qu’enregistre ce tableau, en a poursuivi le plus loin Papplication. Nous allons donc nous y arrêter avec quelque détail.

Il semble que les protestations des ouvriers typographes contre la surabondance des apprentis soient aussi vieilles que l'imprimerie elle-même.

Dès 1539 ne voyons-nous pas éclater, parmi les typographes lyonnais, une grève qui devait durer plus de trente ans et qui ne cessa que lorsque le roi, en 1572, leur eut accordé, dans une Déclaration : que les maîtres ne pourraient avoir « plus de deux apprentis à chacune presse travaillante, c’est à savoir l’un à la presse et l’autre à la casse », nombre ne pouvant être dépassé que si les ouvriers y consentent, et à condition que ces apprentis surnuméraires. ne soient employés qu’à des travaux de peu d'importance (1).

l) Déclaration donnée à Paris le 10 septembre 1572, et enregistrée le 17 avril 1572. Consulter sur les péripéties de cette grève H. HAUSER : Ouvriers dit temps passé, p. 177-234.

Dans un factum qu'ils adressaient au roi, les compagnons exposaient ainsi leurs doléances sur la liberté illimitée d'embaucher des apprentis dont jouissaient les maîtres : « Il adviendrait par telle licence que les maîtres ne se serviraient que d'anprentis, auxquels tant s'en faut qu'ils donnent de gages, qu'ils ne leur baillent que la seule nourriture et encore parfois sous

Avec Père nouvelle de l’industrie contemporaine, cette protection tutélaire devait être, avec toutes les autres, emportée par le torrent de la concurrence déchainée. Mais si les théoriciens de la liberté du travail y saluaient un retour à l’économie naturelle et aux grandes harmonies providentielles, la vie n’en continuait pas moins à poser avee instance les mêmes problèmes, et sous une forme rendue de plus en plus aiguë par l'élan prodigieux qui emportait l’industrie.

Aussi la surabondance des apprentis ne tarde-t-elle pas à se faire sentir à nouveau dans l'imprimerie ; et, avec le même sûr instinct, voyons-nous les ouvriers typographes du dix-neuvième siècle reproduire, eux aussi, inlassablement, et dans les mêmes formes, le geste de défense tenté par leurs ancêtres, trois siècles auparavant.

À la commission chargée d'élaborer le tarif typographique de 1843, les délégués ouvriers réclament « qu’il soit pris des mesures pour limiter le nombre des apprentis, selon l’importance et les besoins de chaque atelier et régler la durée de l'apprentissage (1). »

Leur demande est repoussée ; mais ils persistent dans leur dessein et, le 20 mai 1862, nous les voyons adresser à l’empereur une pétition couverte par 2,400 signatures, où il est exprimé le désir « que le nombre des apprentis nécessaire sera successivement déterminé par une commission arbitrale mixte... » (2)

Plus heureux que leurs confrères parisiens, les typographes lyonnais étaient parvenus, dès le 8 avril 1848, à faire accepter à leurs patrons un tarif mixte, qui fut respecté pendant trois ou quatre ans, et d’après lequel le nombre des apprentis était fixé à 1 par 8 ouvriers et la durée de lappren-

main en tirent profit, à la ruine d'infinis pauvres COMpPASNONS, de leurs femmes et enfants ayant usé leur âge et industrie audit état, qui seraient contraints s’en aller à l'aventure et ranger au désespoir. »

Les ouvriers typographes modernes ne disent pas autre chose.

(4) Office du Travail: Les Associations professionnelles OUUTIÈTES, UT, D'a0;

(2) Ibid., p. 727.

tissage à trois ans (1). Ce tarif fut renouvelé à plusieurs reprises dans les mêmes termes (2). La revendication était, d’ailleurs, générale dans toute la profession (3).

Aussi, à peine constituée, la Fédération typographique française et des industries similaires, qui, en 1885, devait devenir la Fédération des travailleurs du Livre, eut-elle à s’occuper de cette question et, dans les statuts qu’elle établit dans son premier Congrès, tenu en 1881, inséra-t-elle parmi les buts poursuivis par la Fédération :

« De relever le niveau de l’art par une limitation raisonnable du nombre des apprentis, c’est-à-dire un apprenti au maximum pour dix ouvriers ; d'exiger qu’ils aient au moins douze ans et qu’ils aient obtenu leur certificat d’études ; de veiller à ce que leur éducation typographique soit sérieusement dirigée, pour les mettre à même de vivre de leur salaire après leur apprentissage. » (4)

L'orientation prise, dès l’origine, par la Fédération ne devait jamais se démentir. Si elle retoucha sur ce point ses statuts primitifs, ce fut pour en accroître la rigueur — en 1885, à ces prescriptions on ajouta la fixation d’une durée minima d'apprentissage de trois ans (5) — ou pour en assouplir l'application pratique selon l’état des forces de la Fédération. C’est ainsi que, très loyalement, au cinquième Congrès national (1889), le secrétaire général, M. Keufer, avertit ses confrères de l’impossibilité momentanée où ils se trouvaient de faire aboutir la limitation, se heurtant, d’une part, à l’hostilité des patrons contre toute commission arbitrale, et,

1) Ibid, p. 774.

(2) Tarif du 17 décembre 1868 (1bid., p. 779) ; Tarif du 13 mai 1880 (Jbid., p. 783.)

(3) A Marseille, en 1848, à la suite d'une grève, les typographes imposèrent à leurs patrons la limitation du nombre des apprentis (1bid., p. 799)

(4) Premier Congrès typographique, Paris, 1881. (1bid., p. 827.)

(5) Troisième Congrès typographique, Paris, 1885. (Ibid. p. 842)

d'autre part, à la faiblesse de la Fédération ne lui permettant pas de recourir à la grève. Le Congrès se borna done, à ce moment, à préconiser une propagande auprès des familles, destinée à leur faire connaître l’état réel de la typographie et à les décourager d’y engager leurs enfants (1).

Au septième Congrès, tenu à Marseille (1895), un fait nouveau devait se manifester.

Le délégué de Bordeaux annonça les résultats obtenus dans cette ville par une entente entre patrons et ouvriers, limitant le nombre des apprentis à un par six ouvriers, établissant un contrat d'apprentissage, fixant à quatre ans la durée de l'apprentissage et à quatorze ans l’âge d’entrée, etc.

C'était la preuve qu’une réglementation conventionnelle était possible ; diverses autres sections, d’ailleurs, avaient déjà conclu des accords analogues. Il ne s'agissait plus que de coordonner tous ces essais fragmentaires et de donner à toute la Fédération une attitude uniforme sur cette question ; le Congrès établit donc une proportion normale entre le nombre des ouvriers et celui des apprentis ; de plus, les ouvriers étaient autorisés à quitter le travail dans les maisons occupant un nombre d’apprentis supérieur au chiffre indiqué. — Par apprenti, on désignait tout typographe ne touchant pas le tarif syndical (2).

Ces prescriptions ne devaient pas rester un simple vœu unilatéral, mais la base même sur laquelle s’établirent par la suite de véritables conventions entre patrons et ouvriers, par lesquelles la typographie a frayé la voie aux conventions collectives qui se développèrent ensuite dans la plupart des corporations.

Les maîtres-imprimeurs, à leur Congrès de Bordeaux, en 1899, et les ouvriers typographes, à leur Congrès de Paris, en 1900, ratifièrent Le règlement d'apprentissage élaboré par la commission mixte permanente entre l'Union nationale des

(4) Cinquième Congrès typographique, Paris, 1889. (Ibid., p. 855-856.)

(2) Septième Congrès national typographique, Marseille, 1895. Compte rendu, p. 27 et p. 57. (Cf. Assoc. profess., p. 869-870.)

maîtres-imprimewrs de France ei la Fédération des travailleurs dx Pivre, et dont l’article 3 était ainsi conçu :

« Le æombre des apprentis (ceux à l’essai exceptés) dans chaque atelier ne devra pas être supérieur à la proportion d’un apprenti sur cinq compositeurs » (1).

Tel est le statut qui régit actuellement l’industrie de limprimerie, du moins dans la pensée des ouvriers organisés : car si, en effet, ce règlement reste une caractéristique de l'organisation des ouvriers typographes, si la Fédération du Livre (2), si même quelques patrons lui sont restés fideles, il ne faut pas oublier que, comime la plupart des conventions collectives actuelles, son action ne repose que sur la bonne volonté des deux parties ou, plus exactement, sur la vigilance de ceile qui est le plus intéressée à son observation. Le règlement apparaît notamment comme incapable de se défendre contre les agissements des imprimeurs marrons, fléau aussi redoutable aux ouvriers qu’aux patrons scrupuleux, mais contre lequel les ouvriers sont seuls à lutter (3) et avee une seule arme, et combien incertaine : la grève.

Si nous nous sommes étendus assez longuement sur les origines de la limitation établie par les ouvriers typographes, c’est qu’elle se présente comme le type le plus achevé et le plus célèbre que nous offre la vie syndicale française, mais elle est loin d’être la seule, sinon dans l’étendue de ses réalisations, du moins dans son esprit.

Dans certains milieux syndicalistes, on a souvent fait grief : aux ouvriers typographes de cette politique défensive ; on y

(1) Huitième Congrès national de la Fédération des travailleurs du Livre : + , Paris, 1900, Compte rendu, p. 148.

(2) Le neuvième Congrès de la Fédération des travailleurs du Livre tenu à Lyon en 1905 à ceañrmé le règlement établi, en 1900, par le Congrès de Paris. (Cesmpte rendu, p. 301 et 304.) UE

(2) Cf

La déclaration patronale que nous rapportons plus haut (p. 69 nots 1à

a vu la marque d’un corporatisme aveugle et égoïste, et les adversaires de la méthode réformiste ont eu beau jeu à s’indigner de la politique à courte vue de ces pauvres tvpographes, attardés dans l’ornière corporative.

C’est là une mauvaise arme de polémique ; et une rapide revue des tactiques adoptées dans les divers Syndicats nous aura vite convaincus que, s’il est vrai que la Fédération des travailleurs du Livre a poussé plus loin que les autres corpoations la réglementation de l'apprentissage, la plupart de celles-ci seraient toutes prêtes à pratiquer la même politique, si elles souffraient du même mal et si elles se sentaient, surtout, assez fortes pour espérer l’enrayer.

Toute statistique d'ensemble sur ce point est illusoire et les seules enquêtes qui aient été faites re peuvent être utilisées qu’à condition d’être commentées. C’est ainsi qu’un questionnaire de la commission permanente du Conseil supérieur du travail, en 1902, n’obtint, de la part des Syndicats ouvriers consultés, qu’une moitié seulement des avis en faveur de la limitation ; cette proportion variait, d’ailleurs, suivant les professions : chez les typographes, sur 62 réponses, 4) se prononçaient pour la limitation ; chez les métallurgistes, sur 8 réponses, 4 affirmatives ; chez les serruüriers, 11 affirmatives sur 59 ; chez les mécaniciens, 10 affirmatives sur 35 ; enfin, chez les verriers, ouvriers et patrons se prononçaient contre la limitation (1).

Pour pouvoir tirer quelque conclusion de cette consultation, il faudrait examiner chacune de ces réponses en particulier : tantôt les oppositions à la réglementation, ou labsence de réponse sur ce point, tiennent à ce que la concurrence des apprentis n’est pas sensible dans la profession ou

(1) CONSEIL SUPÉRIEUR DU TrAvAIL, onzième session (1902). Enquête et documents (Rapport de M. Briat), p. 288.

Sur le soin avec lequel ont été rédigées la plupart de ces réponses, voici ce que nous dit M. Briat: « Presque aucun avis quant aux moyens à employer pour assurer la limitation. Quelques avis relatifs aux inconvénients auxquels la limitation permettrait de remédier : 1 dixième des réponses ont signalé, soit que la limitation atténuerait le chômage, soit qu'elle empêcherait l’abaissement des salaires, soit, dans quelques cas, qu'elle ferait obstacle au surmenage des apprentis. » (p. 196.) FL

que le Syndicat n’est pas assez fort pour envisager la possibilité d’une réglementation, ou qu’il se défie d’une intervention de la loi, parfois même, comme ce pourrait bien être le cas pour les verriers, à ce que les ouvriers adultes profitent eux-mêmes du grand nombre des apprentis ou enfin, tout simplement, à ce que certains Syndicats manifestent quelque défiance pour les initiatives émanant du Conseil supérieur du travail...

Bien plutôt que ces vastes et impersonnelles enquêtes, ou même que les quelques décisions de Congrès ou articles de statuts que nous allons citer, ce qu’il faudrait faire sentir, pour traduire fidèlement l’opinion ouvrière sur la question des enfants, c’est l’irritation sourde, la révolte instinctive que soulève, dans tous les milieux ouvriers, lenvahissement des apprentis. Ce sont ces sentiments collectifs, profonds et inexprimés, bien plutôt que quelques pauvres textes sans vie qu’il faudrait pouvoir faire passer dans ces pages.

Sans prétendre être complet, on peut relever des traces d'esprit réglementaire dans les métiers les plus divers : chapeliers (1), ouvriers du cuivre (2), ouvriers ferblantiers-bottiers (3), cuisiniers, bouchers, ouvriers pâtissiers, ouvriers emballeurs (4), ouvriers horlogers, graveurs sur métaux, dia-

(1) Art. 86, statuts des approprieurs-chapeliers (1842) : « Dans aucun cas. il ne pourra y avoir deux apprentis dans la même boutique. » (Assoc. prof. t. IT, p. 482) ; art. 128, statuts de la Chambre syndicale des ouvriers chapeliers de Paris (1880) : « Un apprenti par fabrique et par catégorie tous les trois ans. » (/bid., p. 514.) ;

(2) Art. 4, statuts de la Fédération du cuivre (1894). (Assoc. prof., t. III, p. 165.)

É (3) Art. 1%, $ 6, statuts de la Fédération des ouvriers ferblantiers-bottiers de France (1896) : Un apprenti par quinze ouvriers. ({bid., p. 20.)

(4) Vœu au X° Congrès national corporatif, Rennes, 1898, Compte rendu, p. 361.

mantaires (1), maçons (2), bijoutiers (3), ouvriers de l’ameublement (4), se sont, à diverses reprises, prononcés en faveur de la limitation du nombre des apprentis.

Dans certains cas, la limitation du nombre des apprentis a même été poussée fort loin : jusqu’à conférer au Syndicat un rigoureux droit de contrôle sur l'admission dans le métier; c’est ainsi que l’on trouve chez les ouvriers tonneliers marseillais cette règle, établie en 1880 :

« Le Syndicat veillera aux abus des apprentis, dans l’intérêt de la corporation : tout ouvrier à qui on fait offre d’un apprenti sera tenu d’en faire la demande au Syndicat et d'attendre qu’il Pautorise à le prendre. En outre, il s’engagera à ne le laisser travailler comme ouvrier que le jour où le Syndicat l’aura légalement autorisé » (5).

Chez les lithographes, on retrouve une réglementation minutieuse, un peu à la manière des typographes ; corporation peu nombreuse et « qualifiée », elle cherche, elle aussi, à diriger l’entrée dans le métier (6).

(1) Syndicats ouvriers du Doubs et du Jura réduisant le nombre des apprentis dans les fabriques de boîtes de montres, 12s ateliers de gravure et de guillochage de Besançon, les diamantaires de Saint-Claude. (Rapports sur l'application des lois réglementant le travail en 1907. — Rapport de l’inspecteur divisionnaire de Dijon, p. 52.)

(2) Compromis du 24 mars 1907 entre les ouvriers maçons et manœuvres et les entrepreneurs de maçonnerie de da ville de Nantes. (Ibid, Rapport de

l'inspecteur divisionnaire de Nantes, p. 172.) (3) Premier Congrès national de la Bijouterie-Orfèvrerie, mai 1909. (4) Congrès de la Fédération nationale de l’Ameublement, septembre 1909.

(5) Art. 18, statuts de la (Chambre syndicale des ouvriers tonneliers de Marseille (1880). (Assoc. prof. t. Il, p. 779)

Le deuxième Congrès de la Fédération des travailleurs du Tonneau, Toulouse (1894) décide qu'aucun patron n'aura droit qu'à un apprenti, pour son service, quel que soit le nombre des ouvriers. (/bid., p. 799.)

(6) Art. 14%, $ 5, statuts de la Fédération lithographique française (1889) : « Limiter leur nombre de manière que, leur instruction lithographique terminée, ils soient à même de vivre de leur salaire. » (Assoc, prof. L 1, p. 687.)

Deuxième Congrès national lithographique, Lyon (1894), protestation contre les écoles professionnelles ; formation d’'apprentis dans la proportion de 10 0/0. (Ibid., p. 694.)

Certains Syndicats joignent à ces réglementations toute une organisation de pro”agande préventive, destinée à décourager les parents de faire entrer leurs enfants dans Île métier (1).

Mais il est un groupe de réglementations qui mérite de retenir notre attention, c’est celui des industries des Cuirs ei Peaux.

C’est d’abord la petite corporation des ouvriers gantiers, dont les tendances organisatrices sont très remarquables et qui, dans presque tous les centres, pratique une politique de restriction.

Sans parler de la règle des gantiers de Paris, sur laquelle nous reviendrons plus loin (2), les gantiers de Millau, de Saint-Junien, de Chaumont édictent une limitation du nombre des apprentis.

Seuls, les gantiers de Grenoble font exception, et ceci mérite de fixer notre attention. C’est là, sans doute, le fruit de l’individualisme si marqué des ouvriers gantiers de cette région (3). Mais cela ne trahit-il pas aussi tout simplement l'impuissance presque absolue où ils se trouveraient de faire appliquer leur règlement à cause de la concurrence -des apprentis des campagnes, qui est très active en cette région (1).

1) La Fédération des travailleurs du Livre, ia Fédération de l'Ameublement ont eu recours à cette tactique.

DMC MINT MS INC:

3) « La plupart des coupeurs auxquels nous avons demandé leur avis. nous. dit M. Côte, nous ont exposé que cette limitation était une atteinte portée à la liberté, que le nombre des apprentis se régulariserait automatiquement,

etc. » Léon CÔTE : L'industrie gantière el l'ouvrier ganlier à Grenoble, thèse. Dijon, 1902, p. 141).

(4) N'est-ce pas ce qui semble*résulter de cette déclaration du délégué de Grenoble au Congrès national des ouvriers gantiers, Paris, 4901 : |

« A Grenoble, la réglementation de l'apprentissage est des plus difficiles, à cause des campagnes sur lesquelles Je Syndicat n'a encore aucune action. D'ailleurs, cette question est mal comprise par les ouvriers non syndiqués qui ÿ voient une atteinte à la liberté. Cette question sera difficilement résolue à Grenoble, {ant que lorganisalion syndicale n'y sera pas plus forte. » (Ibid.)

Dans les autres centres, soit que l’action syndicale soit plus forte, soit que les réglementations soient peu appliquées, nous voyons les gantiers édicter les règlements les plus rigoureux : à Millau, « il est absolument interdit d’avoir plus d’un apprenti » et « tout ouvrier qui occupe un apprenti ne pourra en prendre un nouveau qu'après un délai de cinq ans à partir du jour de la sortie d'apprentissage de celui qu'il occupe ou de son renvoi justifié » (1).

C’est là un essai fort complet pour régulariser le recrutement du métier et maintenir un exact équilibre entre la main d'œuvre ouvrière et les besoins de la production, C’est, d’ailleurs, la pensée générale que manifestent les Congrès de cette petite corporation, trop restreinte et trop « qualifiée », jusqu'ici, pour ne pas être tentée par cette séduisante, mais, hélas ! chimérique espérance (2).

A côté des gantiers, les coupeurs de chaussures se sont également préoccupés de la limitation du nombre des apprentis (3) ; mais c’est surtout chez les mégissiers que le problème

(1) Règlement de l'apprentissage de l’Union syndicale des ouvriers gantiers de Millau, entré en vigueur le 145 octobre 1904. (/bid, Annexes, p. 254.) Nous aurons à signaler plus loin les privilèges accordés aux fils de gantiers par ce réslement. (GT. $ IV c.)

A Saint-Junien, la règle est moins rigoureuse : le nombre des apprentis doit seulement ne pas dépasser celui des ouvriers. (CF. Rapports sur l'applicalion des lois réglementant le travail en 1904, p. 35.

(2) Le troisième Congrès international des gantiers, Paris (1893) décidait d'établir une limitation raisonnable du nombre des apprentis en établissant ur maximum d'après les besoins de lindustrie. (Assoc. prof. & Il, p. 119.) Et lo Congrès national de 1900 émettait le vœu suivant :

« Le Congrès, considérant que la réglementation de l'apprentissage s'impose dans toutes nos sections pour que notre corporation ne soit pas envahie par un trop grand nombre d'ouvriers, ce qui deviendrait une cause plus grande de chômage et, par suite, un danger pour le salaire, invite toutes les sections à limiter strictement l'apprentissage aux besoins de la production normale de chaque centre par une sévère réglementation. » (Cité par CÔTE : Our. cit.

Die) 1 ( ; Le quatrième Congrès national tenu. à Chaumont en 1908 s’est prononcé également en faveur d'une limilation rigoureuse. (Journal Le Ganlier,

1 juin 1908.)

(3) A Limoges, en 1904, à la suite d'une grève de coupeurs de chaussures, un accord a fixé à 30 0/0 la proportion des apprentis. (S{atistique des grèves en 1905, p. 749.) Le

a revêtu le caractère le plus aigu et a donné lieu aux réglementations les plus intéressantes. x

Et c’est sans doute parce que, ainsi que l’expliquait le délégué d’Annonay au deuxième Congrès des mégissiers (18914), « l'apprenti mégissier, au lieu de rester deux, trois ou quatre ans dans un atelier sans être rémunéré, comme dans presque tous les métiers, gagne de suite, et s’il est un peu fort, il gagne presque sa vie. De là, affirmait-il, le nombre fabuleux d’apprentis qui se fait chaque année. À Annonay, pendant une période de trois années, de 1891 à 1894, malgré les mesures prises pour réglementer lapprentissage, il en est entré 267, ce qui fait une moyenne de 90 par année, alors qu'une vingtaine auraient suffi pour combler les vides qui se produisent » (1).

Aussi, contre ce flot envahisseur, voyons-nous les Syndicats de mégissiers recourir aux procédés les plus variés de défense : à côté de l’hérédité professionnelle proprement dite, dont les quelques rares cas que nous offre la vie syndicale moderne se trouvent presque tous réfugiés dans les catégories professionnelles des cuirs et peaux, nous trouvons une pratique renouvelée des corporations anciennes : l’établissement de droits d'entrée ou de bienvenue. Ce sont là deux tactiques sur lesquelles nous aurons à revenir plus loin (2).

Sans choisir entre ces diverses méthodes sur lesquelles se divisent âprement les divers Syndicats, les Congrès de la Fédération nationale des Syndicats des ouvriers mégissiers de France n’ont cessé d'affirmer la nécessité d’une rigoureusé limitation du nombre des apprentis (3).

La crise aiguë qu’éprouvent si cruellement, depuis plusieurs années, la tannerie et la mégisserie et qui se traduit

1) Deuxième Congrès de la Fédération des mégissiers, Paris, 1894. (Cf. ASsoc. prof., t. II, p. 156-157)

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