‹ Réglementations Syndicales Et Sous-Congurrences OuvrièresChapitre 24 sur 84 · Livre · texte numérisé non relu

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« Toute femme admise dans un Syndicat similaire sera

reçue dans la Fédération au même titre que l’homme, c’est-àdire avec les mêmes devoirs et les mêmes droits (5). »

(4) Keurer : Communication citée. (RIVIÈRE : broch. citée, p. 27.). Plusieurs patrons déclarent : « Si l’on ne veut pas que la province, qui paie très peu les typographes, accapare tous les travaux, nous sommes obligés de Jui tenir tête par l'emploi des « petites mains ». (1bid., p. 32.).« Le patron ne peut soutenir la concurrence de province sans femmes. Aussi à Paris, partout ou à peu près, emploie-t-on des femmes pour la composition », (/bid., p. 33), etc.

(2) Art. 4er, $ 8 des statuts. Premier Congrès lypographique, Paris, 1881. (Assoc. prof, tome I, p. 827.

(3) Résolution votée à l'unanimité moins une voix. (/bid., p. 830-831.)

(4) Résolution adoptée par 23 voix contre 3 et 3 abstentions :

« Ecarter par tous les moyens légaux, même à salaire égal, la femme de l'atelier et particulièrement de l'atelier de composition, sa présence constituant un danger permanent d'avilissement du prix de la main-d'œuvre dans ces derniers ateliers, où elle entre non point comme auxiliaire mais bien comme concurrente. » Deuxième Congrès typographique, Paris, 1883. (Assoc. prof.

page 836.) .

(5) Résolution votée par 23 voix contre 17. Troisième Congrès typographique, Paris, 1885. (1bid., p. 843.)

Etait-ce une conception nouvelle qui se manifestait au sein de la Fédération ? Le Comité central lexpérimenta. Au Congrès de 1887, il chercha une arme nouvelle et plus efficace contre la concurrence des bas salaires féminins et proposa de « chercher tous les moyens propres à empêcher la femme de devenir un instrument d’avilissement de salaire, en suscitant la création de Syndicats féminins, destinés à maintenir le tarif et arrêter la décadence du métier ».

C’était là une trop grande hardiesse, et il semblait que, par là, on reconnaissait le « droit » des femmes au métier, on leur y donnait une situation juridique. Aussi, à une forte majorité, le projet fut-il repoussé (1).

Par contre, on s’efforçait de renforcer les mesures défensives, et, en 1892, on faisait figurer, parmi les cas de grève autorisés par la Fédération, le remplacement de fédérés par des femmes (2).

C’est que l’entrée des femmes dans la typographie se fait de plus en plus menaçante : en 1896, on comptait 23,58 femmes pour 100 hommes ; en 1901, la proportion s'élève à 26,57. Et l’on ne cesse de signaler partout l'existence d’imprimeries de femmes qui, par leur concurrence, contraignent irrésistiblement les autres établissements à ce mode de travail et généralisent ainsi le mal (3).

(1) Repoussé par 49 voix contre 18. IV® Congrès de la Fédération française des Travailleurs du Livre, Paris, 1887. (Assoc. prof. p. 851.)

Au Ve Congrès de la Fédération, Paris, 1889, ce projet devait rencontrer le même sort (Jbid., p. 856).

(2) Art. 17, $S 2 des statuts, adopté par 57 voix contre 18 :

« Les fédérés remplacés par des femmes dans les maisons où il n’en existe pas ; — dans les maisons où il y à des compositrices, les fédérés ne seront considérés comme grévistes que lorsque leur remplacement par cés dernières aura été précédé d'une proposition d'abaissement de salaire. » VI° Congrès de la Fédération, Paris, 1892. (Compte rendu, p. 33.) — Cf. IV° Congrès, 1887, (Assoc. prof. p. 851 et note). )

(3) « Certaines industries, réservées autrefois aux hommes, se voient de plus en plus envahies par les femmes. Je citerai entre autres l'imprimerie : grâce à une dextérité incontestable et à des salaires moins élevés, les imprimeries à femmes font aux imprimeries exclusivement masculines une concurrence redoutable : de pareilles imprimeries existent à Limoges, Montlucon, Châteauroux, Tours. » Rapport de l'inspecteur divisionnaire de Limoges. (Rapports Sur l'application des lois réglementant le lravail en 1900, P 51.)

On comprendra qu’en face de cette marée montante, quelques militants de la Fédération se soient pris à réfléchir et à se demander si la tactique adoptée jusque-là était la plus habile et la plus efficace, et s’il n’aurait pas mieux valu se concilier l’adversaire, la gagner à la cause syndicale, plutôt que de la repousser dans linorganisation et l’aceuler aux plus ruineux sarrazinages.

Quelques membres du Comité central eurent ces scrupules et essayèrent de laver leur Fédération de l'accusation d’égoïsme professionnel que leur adressèrent de nombreux milieux syndicaux (1). Et il sembla, un moment, qu’ils avaient triomphé : en 1900, un vœu est émis que « la Fédération du Livre accepte dans ses rangs la femme à salaire égal pour travail égal » (2).

Mais, à y regarder de près, rien encore n’était changé, et, si ce nouveau vœu marquait une intéressante évolution dans la pensée de quelques syndicalistes clairvoyants, il ne faisait, dans l'esprit de la plupart, qu’exprimer, sous une forme plus facile à justifier, la même volonté d'exclusion systématique :

la femme n'étant, dans aucun cas, embauchée à un tarif égal à celui de l’homme.

Aussi bien, en 1905, tout paraît-il être remis en question, et, par deux fois, des déclarations se prononcèrent en faveur de l’exclusion à outrance de la femme.

Le Comité central, toujours préoccupé de se défendre contre les reproches d’égoïsme corporatif qui lui sont adressés (3), propose de modifier les statuts de la Fédération en y introduisant cette nouvelle formule

(4) Cf. VIII Congrès de la Fédération française des travailleurs du Livre, Paris, 4900. (Compte rendu, p. 40.)

(2) Ibid., p. 42.

(3)« Keufer croit qu'il est plus habile de ne plus nous montrer aussi intransiseants si nous voulons conquérir plus de sympathies dans le monde ouvrier qui ne voit pas les choses sous le même angle » lisons-nous dans le résumé des discussions. IX° Congrès de la Fédération, Lyon, 1905. (Compte rendu, page 103.)

« Combattre l'emploi de la femme dans l'imprimerie lorsqu’elle est une cause d’abaissement des salaires. » (1).

Et le même débat théorique s’ouvrit sur cette proposition. Hamelin défendit généreusement l’entrée de la femme dans la typographie, revendiquant, pour elle aussi, le droit au travail, lorsqu'elle est embauchée au même tarif. « Il n’est pas démontré que sa présence y devienne un danger pour nos intérêts, surtout si nous savons l’associer à nos revendications », déclare-t-il. Et il signale nettement le vice de cette politique d’exclusion systématique : c’est qu’elle est impuissante: « la femme est entrée dans l’imprimerie et elle y restera comine concurrente de l’homme, parce qu’on a eu la maladresse de l’éloigner des organisations typographiques, au lieu de l’y attirer ». [Il montre que les femmes sont aussi capables que les hommes de faire leur devoir syndical, et il cite le cas de femmes qui, à Issy, ont fait sortir de l’atelier les hommes qui ne voulaient pas faire leur devoir.

Mais ce sentiment sembla peu partagé, et l’on vit Sergent penser atteindre les dernières limites de l'esprit de conciliation en proposant de préconiser, jusqu'au prochain Congrès, l’organisation des femmes et, en cas d’insuccès, de reprendre la lutte à outrance.

Cette mise en demeure ne trahit pas un bien vif désir de voir s'organiser peu à peu les masses féminines !

Mais certains typographes, plus nettement, reprennent l’attitude traditionnelle de la Fédération : ils montrent la femme favorisant le travail aux pièces, rendant illusoire la réglementation de l’apprentissage, ruinant toute l’œuvre d’organisation péniblement accomplie jusque-là. Et, malgré la pression des faits, l’'éloquence d'Hamelin, l’habileté de Keufer, voici que le Congrès se termine par une nouvelle déclaration de guerre à outrance, par une affirmation d’intransigeance absolue :

« Le Congrès, considérant que Île travail de la femme dans l'imprimerie entraînerait l’avilissement des salaires et pour-

(1) Ibid, p. 95.

rait avoir des conséquences plus fâcheuses encore, donne mandat au Comité central de s’opposer par tous les moyens dont il dispose à l’admission de la femme dans les ateliers de composition, même quand elle est rétribuée au tarif syn-

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C'était maintenir le $ 8 de l’article premier dans sa rédaction primitive, celle de 1883 (2). C’était se rattacher à la tradition constante de la Fédération du Livre, depuis son origine.

On le voit, la typographie nous offre un exemple de fidélité doctrinale qu'aucun fait n’a pu altérer. Et elle reste, aujourd'hui encore, et quelles que soient les difficultés qu’elle rencontre et les sacrifices qu’il lui en coûte (3), fidèle à une seule politique : celle de l’exclusion totale.

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