III. —— HOSTILITÉ SYNDICALE CONTRE LES PETITS ÉTABLISSEMENTS
L'action syndicale et la hausse du niveau de vie de la classe ouvrière n’aboutissent pas seulement à lutter contre le travail à domicile, mais encore contre toutes les organisations industrielles qui font obstacle à l’efficacité du contrôle syndical et à la rigoureuse surveillance de l’application des lois ouvrières : c’est ainsi que les fortes organisations syndicales ont été rapidement amenées à dénoncer comme un danger les petits établissements, où les réglementations syndicales ne sont pas observées — par suite, spécialement, de l’absence d'ouvriers syndiqués dans la maison pour en exiger l’observation. Dès lors, les prescriptions relatives à l’apprentissage, à la durée du travail, au tarif syndical y étant impunément violées, introduisent, de proche en proche, dans toute [a profession, un germe funeste de désorganisation.
Nous avons signalé ce phénomène dans la typographie française (2).
En Angleterre, les Trade-Unions affirment plus nettement encore leur hostilité contre les petits patrons, qu’elles combattent comme une forme inférieure de la production, et déclarent ouvertement leur préférence pour les grands établissements avec leur armée d'employés et leur hiérarchie
(4) En France, un mouvement d'opinion en faveur de cette institution a commencé à se dessiner. — Cf. Deux articles de M. Raoul Jay (Eveil démocratique, 16 août et 6 septembre 1908). M. de Mun à déposé également en ce sens une proposition de loi devant la Chambre des députés.
D'une circulaire élaborée par un Congrès de syndicats indépendants du Sud-Est, tenu à Lyon le 13 mars 1908, signalons encore ce vœu : « Que la rémunération des femmes travaillant chez elles soit fixée d’après le tarif de façon à l'atelier. »
Enfin, la 5° assemblée des délégués de l'Association internationale pour la protection légale des travailleurs (Lucerne, septembre 1908) n'a pas craint de recommander à ses membres l'étude et la propagande de l'idée des conseils de salaires. (Cf. Bulletin de l'Office du travail, novembre 1908, p. 1123.)
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bureaucratique, avec lesquels les conventions collectives sont plus aisées à passer, ct où s’établissent tout naturellement des. conditions uniforn'es de travail (1).
Sans doute, ce n’est là le fait que des organisations fortement constituées et à caractère commercial, et l’on peut penser que la concentration de l’industrie allant jusqu'aux cartells ou aux trusts et renforçant la défense patronale, les ferait peut-être changer d’avis. Ce n’en est pas moins une tendance curieuse à signaler.
Au reste, il n’est pas malaisé de discerner que l’action combinée des exigences syndicales et de la législation du travail tend à écraser la petite industrie et à favoriser les grandes entreprises qui, seules, peuvent s’accommoder de ce nouveau régime et pallier, par un accroissement de production, un perfectionnement de Floutillage ou une organisation du personnel par roulement, les charges imposées par la réduction de la journée de travail, le repos hebdomadaire, Ja hausse des salaires, etc.
Ainsi, la remarque est piquante à faire, tant qu’elle se meut sur le terrain économique et ne recherche qu’à assurer plus de bien-être à ses membres, l’action syndicale, loin d’entraver le mouvement naturel du capitalisme, ne fait que le renforcer et l’accélérer.
(1} Cf. Wezg : Industrial Democracy, p. 545-550