II. — L'ARMÉE DE RÉSERVE DU CAPITAL CHEZ KARL MARX
LCR
Les fabricants ne peuvent attendre une ou deux générations pour étendre leur production et si la population ne croît pas naturellement assez vite pour satisfaire aux besoins de l’industrie, ou pour amener une baisse de salaires, les fabricants sauront y suppléer artificiellement (2).
C’est là un point qu'a eu le mérite de fortement dégager Karl Marx : À défaut d’un excès réel de population, le capitalisme fabrique une surpopulation relative qui exerce sur le taux des salaires une action autrement directe et déprimante qu’une surabondance diffuse de la population générale. C’est — quelle qu’en soit l’origine, — cette surpopulation momentanée, locale, sa constitution et ses mouvements qui sont seuls
(1) KARL MARxX : LéNCAPial LT, Ch 'XAN, 8 dit. RON D 282M0C0I M
(2) Faisons remarquer qu'alors, les industriels, en intensifiant la production, sont loin de favoriser l'augmentation naturelle de la population : ne pouvant pas attendre la génération future, ils recourent abusivement au travail des femmes et des enfants et contribuent ainsi à épuiser la race
instructifs à connaître dans l’économie ouvrière contemporaine (1).
Ainsi se trouvait dégagé et mis au point ce qui se cachait de vérité dans les vues des premiers économistes sur les relations entre le chiffre de la population et le salaire.
Dans l’organisation industrielle moderne, les mouvements de population sont non plus absolus et généraux, mais relatifs et locaux, non plus organiques mais factices ; non plus rigoureux et harmoniques, mais grossièrement approximatifs. Ils se ramènent à la constitution de cette « armée de réserve du capital » qu’entretient l'instabilité de l’industrie moderne et qui, à son tour, contribue à accroître cette instabilité : « Si l'accumulation, le progrès de la richesse sur la base capitaliste, produit nécessairement une surpopulation ouvrière, écrit Marx, celle-ci devient à son tour le levier le plus puissant de l’accumulation, une condition d'existence de la production capitaliste dans un état de développement intégral. Elle forme une armée de réserve industrielle qui appartient au capital d’une manière aussi absolue que s’il l'avait élevée et disciplinée à ses propres frais. Elle fournit à ses besoins de valorisation flottants et indépendants de l'accroissement naturel de la population la matière humaine toujours exploitable et toujours disponible » (2).
(1) « Les variations du {aux général des Salaires ne répondent pas à celles du chiffre absolu de la population ; la proportion différente, suivant laquelle la classe ouvrière se décompose en armée active et en armée de réserve, l'augmentation ou la diminution de la surpopulation relative, le degré auquel elle se trouve tantôt « engagée » tantôt « dégagée », en un mot, ses mouvements d'expansion et de contraction alternatifs correspondant à leur four aux vicissitudes du cycle industriel, voilà ce qui détermine exclusivement ces variations. » (1bid., p. 281, col. 2.)
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Karl Marx, toujours préoccupé de sa théorie des crises, croyail même pouvoir assigner à ces alternatives d'emploi et de chômage de la classe ouvrière la même rythme que celui des crises chroniques de la production qu'il avait cru découvrir.
« La présence de cette réserve industrielle, sa rentrée tantôt partielle, tantôt générale, dans le service actif, puis sa reconstitution sur un cadre plus vaste, tout cela se retrouve au fond de la vie accidentée que traverse l’industrie moderne, avec son cycle décennal à peu près régulier, à part des autres secousses irrégulières, de périodes d'activité ordinaire, de production à haute pression, de cerise et de stagnation. » (/bid.)