IV. — LA CONCURRENCE DES PRISONNIERS LIBÉRÉS
Les ouvriers adressent encore une critique au travail des prisons, et ceci explique leur hostilité particulière contre la spécialisation et l’industrialisation du travail pénitentiaire : c'est que celui-ci constitue encore une nouvelle fissure, par laquelle des travailleurs irréguliers s’introduisent dans la profession organisée. De même qu’ils redoutent l’envahissement du marché du travail par les femmes, les étrangers, les campagnards, qui échappent à l'emprise des règles syndicales, de même ils redoutent, dans le détenu ouvrier d'aujourd'hui, le libéré sarrazin de demain. Et, plus les travaux auxquels on occupera les prisonniers auront un caractère professionnel et par conséquent une valeur de moralisation et de relèvement, plus les professions organisées se sentiront menacées.
Sans doute — et ceci ne laisse pas que d’être assez décevant pour ceux qui attendent du travail pénitentiaire la réadaptation du délinquant à la vie professionnelle et sociale — Je directeur de la maison de Melun a pu dire : « Je dois faire remarquer qu’ils (les détenus) éprouvent de très sérieuses difficultés pour obtenir du travail dans la vie libre, à leur sortie de prison, parce qu'ils se trouvent dans l'impossibilité d'indiquer dans quelles maisons ils ont travaillé antérieurement. En ce qui concerne particulièrement limprimerie, je puis affirmer ici qu’il n’est pas à ma connaissance qu’un typographe, sorti de la maison centrale de Melun, ait pu se pro-
curer du travail dans un atelier libre après sa libération ; il en va à peu près de même de tous les autres métiers appris en prison » (1). Cependant, il n’en reste pas moins probable que le détenu qui aura appris en prison un métier cherchera à l'exercer à l’occasion par la suite, et, à cause même de cette suspicion qui le poursuivra, il sera amené à accepter des conditions toujours inférieures à celles établies par le Syndicat ; il sera voué presque inévitablement au sarrazinage. Le secrétaire de la Chambre syndicale typographique parisienne affirme, d’ailleurs, connaître plusieurs typos qui ont ainsi pénétré dans la profession, après avoir fait leur apprentissage à Melun, et il cite même le cas d’un maïtre-imprimeur du Centre qui recrute avec prédilection des libérés de Melun, à cause de leur bon marché (2).
Il y a donc là encore une troisième forme de concurrence qui n’est pas la moins redoutable de toutes.
V. — LA LÉGITIMITÉ DU TRAVAIL DES PRISONNIERS. — SES CONDI- TIONS INDISPENSABLES.
Comment accorder ces deux intérêts importants : celui du détenu d’une part, pour qui le travail est à la fois un faëteur de moralisation et de relèvement et le moyen de se constituer un petit pécule, et d’autre part celui des ouvriers libres, honnêtes, chefs de famille, que l’on ne peut cependant pas réduire à la misère ou au chômage, pour les remplacer par des prisonniers ?
On a proposé de ne faire accomplir aux détenus aucun travail productif susceptible d’être accompli par des ouvriers libres et de les confiner dans des travaux d’entretien de la prison, dans la construction, les travaux agricoles, ou encore de les employer à des œuvres d'intérêt public que l’on ne
(1) Séance de la Commission de régie directe du travail du 17 février 1908 cité par G. SERGENT, brochure citée, p. 27.
(ONU, re
peut accomplir faute de main-d'œuvre et de ressources (reboisement, irrigation, défrichement, etc.).
L'idée est séduisante, et nous croyons que l’on pourrait lui faire une place parmi les solutions proposées au problème du travail pénitentiaire ; mais il faut noter que, sur les 5,127 hommes détenus dans les Maisons centrales en 1906, on ne comptait pas plus de 600 cultivateurs et 1,213 journaliers, manœuvres, terrassiers, etc. soit 1.813 hommes seulement que l’on ne détournerait pas de leur profession. Mais les autres ?.. S'il ne s’agit de faire travailler les détenus que pour les arracher à l’oisiveté et leur donner des habitudes morales de travail, cette solution est suffisante ; mais si l’on poursuit, en outre, le dessein de profiter de leur passage en prison pour leur mettre entre les mains un métier stable et rémunérateur, qui leur permette de s’encadrer plus tard dans un milieu sain et de se réadapter ainsi à la vie normale, æ ne sont pas de telles tâches de manœuvres qui les arracheront aux emplois de hasard et de vagabonädage dont on veut les éloigner (1).
Ce n’est donc qu’une partie seulement du personnel des Maisons centrales, et que le personnel des Maisons d’arrêt, où les détentions sont plus courtes et l’apprentissage impossible, qui pourraient être occupés à ces travaux d'utilité publique (2).
Mais le problème subsisterait pour les autres, pour ceux précisément à propos desquels les plaintes sont les plus vives. Maintiendrons-nous donc, pour ceux-là, l’idée de relèvement
(4) Pour la même raison devraient être également proscrits, selon nous, des Maisons centrales certains métiers que l’on est surpris de voir figurer pour une ja ante :
nn on fr.) ; cartonnage, boîtes en carton (2,303 fr. 10) ; découpage de papiers, sacs en papier (8,514 fr.),.etc. ea Métiers de misère qui ne peuvent que préparer des victimes nouvelles au sweating system.
(2) Cela détournerait ainsi le travail dans les Maisons d'arrêt de certains petits métiers où ils ne peuvent que contribuer à accroître la misère des pauvres travailleurs à domicile, qui s’y livrent : cartonnage (59,027 fr.) ; découpage de papier (141,986 fr.) ; enveloppes de bouteilles (46,000 fr.) ; échalas, ligots (12,282 fr.) ; triage de légumes (37,149 fr.), etc. etc.
par le travail que nous soutenions tout à heure et qui aboutit toujours, en dernière analyse, à arracher directement ou indirectement aux ouvriers libres certains travaux qui, sans cela, leur seraient échus, et à introduire dans certaines professions. de nouveaux concurrents, et, il est à le craindre, le plus souvent, des concurrents au rabais ?
Sans doute, des raisonnements comme ceux-ci sont impressionnants : dans l’industrie privée, les travaux exécutés. par l’imprimerie de Melun représenteraient, au minimum. chaque année, deux cent mille francs &e salaires. On compte, en permanence, quatre à cinq cents typos en chômage : ils trouveraient là une occupation pour la plus grande partie de Fannée.
Et cependant, nous croyons que l'intérêt en jeu — le relèvement du condamné —est trop grand pour qu’on puisse le: sacrifier aux prétentions, si légitimes qu’elles puissent paraître, des ouvriers de métier. Il nous semble donc que le travail pénitentiaire peut et doit être maintenu, mais à la condition et à la condition seulement que les trois règles suivantes soient rigoureusement appliquées
1° Suppression complète des entrepreneurs. S'il est, en effet, un genre de travail où, en dehors des considérations que nous avons déjà indiquées, la régie directe par l'Etat s’impose, c’est bien, semble-t-il, un service dont le personnel est placé sous l’autorité administrative par des mesures de contrainte exceptionnelles et au nom d’un droit supérieur de la collectivité dont celle-ci n’a pas le droit de disposer au profit d'intérêts particuliers (4).
(4) Rien nest plus choquant, par exemple, que cette phrase atiribuée par L. et M. bonnefl au directeur de Ia Maison de Poiss sy durant une séance de Ia Commission interministérielle : « J’ai à Poissy un important atelier de cordonnerie pour un industriel de Paris. »
On à signalé fréquemment la spéculation éhontée de certains fabricants sur la main-d'œuvre pénitentiaire : ce simple decument, lu en 1906 par M. Bellan au Conseil général de la Seine, fera ressortir, mieux que tout ce que nous pouvons dire, Pétat d'esprit qui les ‘anime.
C'est une lettre d’un confectionnaire qui offrait à des commerçants et fabricants du II° arrondissement de Paris, de la main-d'œuvre pénale.
2° Consommation par les administrations publiques de: tous les travaux pénitentiaires. De cette façon, toute possibilité de concurrence de prix disparaît ; il ne reste plus que: inévitable concurrence de quantité, qui pourrait, d’ailleurs, se trouver encore réduite par le palliatif suivant :
3° Diversification des travaux, répartition du personnel dans le plus grand nombre possible de spécialités (1) ; de cette façon, on suivra les aptitudes de chacun et l’on ne fera pas peser arbitrairement, sur telle ou telle branche de production, la concurrence d’une portion trop lourde du travail pénitentiaire ; répartie sur un grand nombre d’industries et réservée aux travaux administratifs, son action passerait complè- ‘tement inaperçue (2).
« Sans vous parler des avantages que vous pourriez être susceplibles de trouver sur les prix de main-d'œuvre, il sera certainement intéressant pour vous de savoir que locaux, ateliers, magasins, sont mis gratuitement à votre disposition, qu'il n'y à aucune crainte de grève ou d’'ennuis de ce genre à redouter ; que vous êtes assurés d'un travail constant, suivi et d’un rendement excellent, ete... »
I1 est temps, n'est-il pas vrai, que cesse ce répugnant maquignonnage sur les pensionnaires de la Justice ?
(4) La loi pénitentiaire du Massachussets du 5 mars 1901 (Bull. de l'Off. internat. du Travail, année 1903, p. CI et 36) fixe le nombre maximum de détenus susceptibles d'être employés à chaque industrie et décide que dans tout établissement pénitentiaire contenant plus de 100 détenus, le nombre des détenus pouvant être employés à une même industrie ne devra pas dépasser 30 0/0. :
Dans plusieurs Etats, en outre, un label spécial est apposé sur les produits: du travail des prisons.
(2) Sans doute, cette organisation du travail entraînera des dépenses plus élevées (l'Etat doit-il atlendre un gros profit du travail des prisonniers ?) et est d'autre part en contradiction avec la tendance qui se manifeste de plus en plus à mesure que l'on cherche à ne faire executer dans les prisons que des travaux administratifs.
C'est presque le principe inverse qui semble même prédominer aujourd'hui : au lieu de répartir le travail suivant la main-d'œuvre, on proportionne là main-d'œuvre au travail. V. ce. que nous en disons plus haut (p. ). Citons encore ce dialogue tenu à la Commission de régie directe du travail, le 11 mars 1900 :
« M. ScHamecr (directeur de l'Administration pénitentiaire), — Combien avez-vous d'ouvriers relieurs ?
« M. LanTiN (directeur de la Maison centrale de Melun). — Cinquante. 11 w
a possibilité de les augmenter suivant les besoins. »
L’entrée même de travailleurs irréguliers dans le métier serait peu sensible, dans chaque profession, grâce à ces mesures, et les ouvriers auraient mauvaise grâce, alors qu’ils sont contraints de subir et qu’ils font place souvent cordialement auprès d’eux à l’ouvrier des campagnes et à l’ouvrier étranger, de réclamer des mesures de rigueur contre leur frère tombé, qu’ils repousseraient sans pitié dans le chômage et dans le crime.
Plus loin :
« M. BLANC. — En principe, toutes ces fournitures peuvent-elles être exécutées par l'Administration pénitentiaire ?
« M. LANTIN. — 1} s’agit Seulement de créer la main-d'œuvre nécessaire. »
SECTION II
Le Travail des Ouvroirs
I. Les vices du travail des ouvroirs : spécialisation, ressources accessoires. — IT. Quelques remèdes ; une tentative de relèvement des prix.
« Je me suis présentée dans la grande maison Sch.…., déclare une ouvrière. On m’a répondu que l’on regrettait beaucoup de ne pouvoir me donner du travail, qu’on le donnait en quantité dans un couvent, et que, certainement, je ne m’arrangerais pas des prix qu’il donnait. » (1).
Telle est la forme brutale sous laquelle les ouvrières se heurtent à la concurrence des couvents. On comprend quels ressentiments ont pu en naître.
Ne vit-on pas, en 1849, à Lyon, à Mâcon, à Saint-Etienne, des communautés religieuses fermées violemment par les ouvriers, et des ouvrières en chômage, conduites par quelques hommes, envahir successivement plusieurs couvents, les mettre littéralement à sac, brisant les métiers et les livrant aux flammes, ainsi qu’une grande quantité de soie (2) !
Pour être moins farouche, l’hostilité ouvrière n’en demeure pas moins vivace de nos jours. Après les Congrès ouvriers (3), les Congrès féministes (4) ont dénoncé, dans le travail des ouvroirs, la plaie du travail féminin ; les ouvrières
(4) Eveil démocratique du 8 décembre 1907.
(2) Cf. TIxERANT : Le Féminisme à l’époque de 1848, thèse, Paris, 1908, p. 143-144.
(3) Ils l'ont presque toujours associé à la réprobation qui vise le travail des prisons. (Cf. supra, p. 277, note 8.)
(4) « Les métiers de femmes aujourd'hui ne nourrissent pas les femmes, lit-on en tête d'un compte rendu, la concurremce la plus déloyale et la plus immorale est faite aux ouvrières par le travail des petites mains et par celui des prisonnières. Dès qu'il est en Age de marcher seul, l'enfant est 18 eoncur-
. Q A Q 9 gémissent (1), et au Parlement lui-même, encore qu'il S'y mêlât bien des passions sectaires, la question eut son heure d’actualité (2).
Ces reproches sont-ils plus fondés que ceux adressés au ätravaïl des prisons ?
I. —— LES VICES DU TRAVAIL DES OUVROIRS : SPÉCIALISATION, RESSOURCES ACCESSOIRES.
Ici encore, nous retrouvons la même funeste illusion, déjà signalée pour le travail des prisons, qui consiste à rendre le travail des couvents seul responsable de toutes les misères que subissent les malheureuses ouvrières de l'aiguille ; et, ici, Tinfluence des préjugés antireligieux ne fait que contribuer à æxagérer cette illusion.
Néanmoins, il faut bien reconnaître, quelque pénible que soit l’aveu, bien souvent ces efforts admirables de générosité, par leur inexpérience économique, ont mérité quelques-uns des reproches qu’on leur adresse.
Plus encore que le travail des prisons, le travail des ouvroirs a eu le grand tort de spécialiser son personnel dans un nombre trop restreint de travaux et, le plus souvent, dans de pauvres métiers déjà encombrés (blanchisserie, broderie, confection, corsets, couture, fleurs, modes, peinture, repassage), où la concurrence était déjà très âpre. D’où il est résulté ce double inconvénient que, d’une part, l'influence de la production des ouvroirs a été plus sensible et, d'autre part, que
rent de sa mère. Ne sont-ce pas des fillettes exploitées dans les couvents et les orphelinats, les femmes internées qui ont ruiné les ouvrières de l'aiguille. » (Mme Marguerite DurAND, Préface du Compte rendu du Congrès inter-
national de la condition et des droits de la femme, Septembre 1900, cité par Porsson, Le Salawe des femmes, p. 159.)
(1) Cf. Les plaintes des ouvrières enquêtées par l'Office du Travail, Enquête sur le lravail à domicile dans l’industrie de la lingerie, tome I, Paris, n° 96,
111, 112, 317, 367.) Cf. Même les plaintes contre la concurrence commerciale de couvents établis à l'étranger (p. 28).
(2) Interpellation sur les établissements de bienfaisance privée. Chambre ‘es Députés, séances des 23 et. 81 mars, 1, 7 et 14 avril 1905, etc.
les assistées qui sont confinées dans ces travaux, n’ont devant elles que le plus précaire avenir économique.
On à voulu voir dans la concurrence des ouvroirs charitables la démonstration de la loi du salaire nécessaire et de l’action des salaires d'appoint, ces ouvroirs ne cherchant dans le travail de leurs protégés qu’un supplément à leurs ressources, constituées en majeure partie par des pensions et des dons. Quelque importance que nous attribuions à ce mécanisme, comme on le verra dans le chapitre suivant, nous croyons qu'il ne suffit pas toujours ici à expliquer les bas prix dont se contentent les établissements charitables ; le problème est plus complexe et nous nous trouvons bien souvent en face d’une situation toute inverse : des établissements cherchant dans le travail non l’accessoire, mais le principal de leurs ressources, et n’étant contraints de recourir aux subsides étrangers qu’à cause du faible rendement du travail de leurs pensionnaires. | |
Tous ceux, en effet, qui ont écrit sur l’organisation du travail dans les ouvroirs ont mis en Iumière les déficits considérables auxquels ils sont obligés de faire face chaque année (1) et qui les entraînent, selon les cas, à deux attitudes économiques rigoureusement contradictoires : a) tantôt les directrices, cherchant avant tout à donner du travail à leur nombreux personnel inoccupé, qui est pour elles une charge pesante, accepteront de l’ouvrage à n'importe quel prix et seront bientôt à la merci des exigences des entrepreneuses ou des grands magasins ; b) tantôt, au contraire, la précarité de leurs ressources les incitera à rechercher les prix de commande les plus avantageux, et la production en masse qu’elles sont capables d'assurer leur créera une situation privilégiée auprès de l’entrepreneuse, ce qui les mettra en bonne posture pour refuser des salaires trop infimes.
(4) Alexandre FLeurouIN : Le Travail dans les ouvroirs, thèse, Paris, 1899, p. 157; Henri Jozy : Les Maisons du Bon-Pasteur, Réforme sociale, 1901, tome II, p. 295. M. Joly évalue à 15 et même 20.000 francs par an le déficit du Bon-Pasteur de Sens.
C’est ce qui explique les observations assez contradictoires qui nous sont fournies : tantôt on nous montre les salaires payés dans les ouvroirs ne dépassant guère en moyenne 1 fr, et des rabais presque de moitié, consentis sur les prix des ouvrières libres (1), tantôt on nous signale des couvents maintenant résolument leurs prix et n’acceptant que du travail rémunérateur et assez soigné.
Il est donc fort malaisé de porter un jugement d’ensemble sur l’action dépréciatrice des couvents et ouvroirs.
Ce que l’on peut dire, d’une part, c’est que, encore que groupant dans l’ensemble un personnel assez important, mais cependant en décroissance par suite de l’application de la loi de 1901 (2), ils se trouvent assez diversement répartis et que, sur certains marchés de travail, où les salaires sont tout aussi misérables qu'ailleurs, ils occupent une trop faible place
(1) Un couvent accepte de faire pour 4 francs une chemise de femme pour laquelle une ouvrière demandait 7 franc pour trois jours de travail ; des tabliers de bonne sont acceptés à raison de À fr. 50 la douzaine au lieu de 4 fr. 80, etc... (Cf. R. ESpINAssE : L’ouvrière de l'aiguille à Toulouse, étude d'Economie sociale. Paris, Auguste Picard ; Toulouse, Edmond Privat, 1907, p. 76.)
(2) Le nombre des établissements de bienfaisance relevés à la statistique de l'Inspection du travail, a passé de 1.307 en 1906 à 1.250 en 1907 et à 1.207 en 1908. Cependant le personnel est loin d’avoir subi un mouvement analogue : 49.909 personnes en 1906 ; 50.617 en 1907 ; 49.960 en 1908.
En voici la répartition en 1908 :
Enfants au-dessous de treize ans non munis Garçons .. 2.388 AU TCENUITLC RE RE D Filles ..... 14.201 16.589:
Enfants de douze à treize ans munis du Garçons .. 133 PLU RTE A EU OS on dr D te D VE Filles 461 594
Enfants de treize à dix-huit ans .......... Garçons .. 1.385 == A le D AD EE Hilesee rt LS 19,556 Filles mineuressde dix-huit à SVINe Me tEUNANS Er EE 6.991 Milles tmaieurés eme ere eee ee EC TT ECS 6.230: TOTALE CR ER 49.960
(Rapport de la Commission supérieure du travail en 1908, Journal officiel, 8 octobre 1909, Annexe, p. 1241.)
Mais qu'on le remarque, un grand nombre de ces assistés ne se livrent à aucun travail industriel proprement dit, soit qu'ils reçoivent un enseignement professionnel (les 16,589 enfants non munis de leur certificat d’études, par exemple), soit qu'ils soient employés à des travaux agricoles. Le chiffre de la population ouvrière des établissements de bienfaisance susceptible de peser sur la concurrence ouvrière est donc relativement peu important.
pour pouvoir être considérés comme la cause de l’avilissement des salaires (1). D’autre part, les grands magasins ne se montrent pas aussi avides qu’on veut bien le dire du travail des couvents, auquel ils reprochent son manque de variété, de propreté et de régularité, et ils préfèrent bien souvent s’adresser aux ouvrières libres, que l’on peut faire veiller et travailler le dimanche impunément, et parmi lesquelles on finit toujours par trouver de moindres exigences encore que de la part des couvents.
Enfin, on peut faire remarquer que la confection, le jouet, la fleur artificielle, etc, où ne sévit pas la concurrence des ouvroirs, connaissent cependant les mêmes salaires de misère que la lingerie.
Mais, par contre, cependant, on peut opposer aux couvents que, produisant par grandes quantités certains produits assez limités, il arrive que leurs prix risquent de devenir le plus souvent, le tarif normal de la profession. Comme une partie de leur production est concentrée dans des travaux grossiers et destinés en particulier à l’exportation, leur concurrence pèse sur les catégories les moins organisées et les moins habiles d’ouvrières, et y entraîne ou y maintient les conditions de travail les plus misérables.