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CHAPITRE VIII

I. — Son mécanisme. — II. Sa vérification expérimentale : les enseignements économiques du travail à domicile.

Nous venons de voir le groupe des ouvriers réguliers tenter de défendre leur droit à la vie, leur droit au métier, parfois aussi leur droit au monopole, contre les usurpateurs du dehors : enfants, femmes, manœuvres, étrangers, travailleurs en chambre, prisonniers, assistés, militaires, etc. On pourrait croire qu’une fois ces fléaux conjurés, l'équilibre et la paix vont régner au sein du groupe professionnel, le métier va se trouver enfin organisé.

Hélas ! au moment même où le groupe des ouvriers réguliers voudrait se préparer à jouir de sa victoire sur les sousconcurrences extérieures, il ne tarderait pas à discerner en lui-même de subtils germes de désorganisation et de ruine. Et ici, plus que jamais, il se sentira désarmé : il ne s’agira plus, en effet, de rallier les intérêts dans .un geste de défense, de coaliser les égoïsmes alarmés contre des envahisseurs du dehors, c’est entre compagnons d'atelier travaillant côte à côte, à la même tâche, sur le pied de la plus apparente égalité, que le conflit insidieux s’est glissé ! Et il touche aux intérêts les plus intimes, aux habitudes de vie les plus personnelles, aux pudeurs les plus légitimes. C’est sur les éléments les plus ténus de la vie de chacun que jouent maintenant les concurrences ouvrières, et l’on ne peut plus attendre aucun secours de la force et de la contrainte brutale, c’est toute une

pénétrante instruction économique à tenter, toute une difficile éducation de la solidarité à poursuivre.

Il s’agit, en effet, d’atténuer l'influence des inégalités qui subsistent entre travailleurs de même nation, d’égale habileté, et entre lesquels cependant les moindres différences d’ha-

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bitudes se traduiront tôt ou tard par une altération profonde du statut général de la profession, après avoir passé longtemps inaperçues des intéressés eux-mêmes.

Et, qu'on le remarque bien, il ne s’agit pas de quelques circonstances exceptionnelles et secondaires, mais d’un mécanisme dont on n’a pas assez dégagé jusqu'ici, à notre sens, le rôle primordial, aussi bien dans la concurrence ouvrière que dans la concurrence industrielle et commerciale, en général (1).

(4) C'est ainsi que l’on n'apercoit pas assez à quel point les conditions de la concurrence économique se trouvent faussées par la pratique des industries accessoires, des commerces accessoires, des cultures accessoires, en ce qui concerne notamment ces deux problèmes au sujet desquels la science économique a tant rendu grâce à la libre concurrence : la détermination des prix el l'action éliminatrice de la concurrence :

a) La détermination des prix : C'est un axiome de l'économie classique que, sous l’action de la concurrence, les prix tendent à baisser, mais s'arrêtent au niveau du coût de revient, laissant ainsi un juste profit au producteur. Or, la vie industrielle quotidienne, grâce à la pratique des industries accessoires, nous offre de nombreux cas où cette règle est violée et où la perturbation la plus funeste s'introduit par là dans l’économie : le prix des journaux à un sou est fixé non d'après le coût de revient — car cette modique somme ne représente guère plus que le prix du papier — mais d'après les ressources plus ou moins honnêtes que le journal attend de sa publicité ; le prix de nombreux articles, exposés dans les grands magasins, est artificiellement abaissé dans un but de réclame, grâce aux profits réalisés sur des articles voisins ; pour border un phénomène d'une portée plus générale, et qui offrirait de curieuses observations : le prix de certains produits agricoles, et notamment le prix du blé, se trouve fréquemment, par suite d'un régime de polyculture, notablement inférieur au coût de revient.

b) L'action éliminalrice de la concurrence n’est pas moins paralysée. C'est une des fonctions les plus salutaires que les économistes classiques attribuaient à la concurrence, que celle de débarrasser la vie économique de tous les incapables et les inutiles. Or, grâce à la pratique des industries et des commerces accessoires, se développe le parasitisme économique, et tel établissement non viable écarte le décret rigoureux qui devrait le frapper de mort. en ouvrant un rayon supplémentaire : le cas-des boulangeries parisiennes, dépassant de beaucoup les besoins de la population et, d'autre part, ne pouvant élever Je prix du pain, et qui recourent, pour subsister, à divers commerces accessoires : pâtisserie, épicerie, salons de thé, etc... nous est un exemple entre mille de ce pullulement parasitaire.

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