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I. — REMARQUES SUR LA MOBILISATION ET L'IMMOBILISATION DU TRAVAIL

Avant d'entrer dans le détail des diverses concurrences ouvrières que recèle la vie industrielle, il n’est pas inutile de jeter un coup d’œil d'ensemble sur les tendances générales de l’industrie et de la technique modernes et sur l’aggravation des concurrences ouvrières qui en résulte.

Une des caractéristiques les plus frappantes de l’organisation économique moderne est l’extrême mobilité des produits et des capitaux. L’économie tend à devenir de plus en plus une économie mondiale. Les industries elles-mêmes s’internationalisent et se déplacent, de nos jours, d’une manière inconnue jusqu'ici. Il n’est donc pas surprenant que l’on se soit préoccupé de donner à la main-d'œuvre la même mobilité et que l’on ait tenté, par divers procédés, de favoriser cette mobilisation du travail.

N'est-ce pas, d’ailleurs, l’enseignement même de la doctrine classique que le grand facteur de l’uniformisation des prix et de leur fixation au taux le plus bas est la parfaite mobilité des produits, des capitaux ou des travailleurs, dégageant les marchés encombrés et pourvoyant ceux en disette, brisant tout monopole abusif et assurant une répartition harmonieuse des produits au mieux des besoins ?

TENDANCES GÉNÉRALES DU MOUVEMENT INDUSTRIEL of

Dans l’économie ouvrière, ne peut-on pas en attendre d'aussi heureux effets ? Les travailleurs, connaissant mieux les besoins de l’industrie, quitteront les circonscriptions où ils sont en surabondance pour les circonscriptions où la demande de bras est élevée et les bras rares. Ainsi la mobilité des travailleurs réalisera, entre les diverses circonscriptions industrielles, une harmonieuse égalité, enrayant ici — pour le plus grand bien des ouvriers — une ruineuse dépression des salaires (1) ; ailleurs, s’opposant — pour le plus grand bien des patrons et des consommateurs — à leur hausse excessive. ne

Le développement des moyens de transports et, en particulier, l’organisation de trains ouvriers, semblait devoir assurer le plus grand avenir à ce mouvement.

Mais les ouvriers s’aperçurent vite que cette uniformisation des salaires, par la mobilisation du travail, ne pouvait entrainer pour eux qu’un abaissement des salaires ; c’est qu’en effet, les patrons n’avaient guère intérêt à cette mobilisation que si elle leur permettait d'introduire sur le marché du travail des éléments inférieurs, d’y déchaîner des concurrences au rabais. Et, sauf dans quelques grandes villes, dont les banlieues restent soumises à l'influence syndicale, les trains ouvriers n’ont guère servi qu’à introduire sur le marché du travail des campagnards ou des étrangers, qu’à fausser le jeu normal de la concurrence ouvrière (2).

Tandis que les ouvriers des villes se plaignaient de la mobilisation ouvrière, il s’est trouvé également de nombreux industriels pour la combattre.

Démentant les vues abstraites de l’économie classique, les plus récentes tactiques patronales, au lieu de favoriser la mobilité de l’ouvrier, semblent en effet, au contraire, compter sur son immobilité pour l’asservir.

(4) On sait que c’est dans ce dessein que M. de MOozINARI proposait aux ouvriers la constitution de Bourses du Travail et l'établissement d’une sorte de cote du travail destinée à les renseigner sur les besoins du marché et à conseiller utilement les chômeurs. (Cf. Les Bourses du Travail, Paris, 1893, notamment ch. XIV et XV.)

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