‹ Règlements refondus du Comité catholique du conseil de l'instruction publique de la province de Québec [microforme]Chapitre 33 sur 135 · LANGAGE ET REDACTION · texte numérisé non relu

LANGAGE ET REDACTION

On 5e plaint généralement de la faiblesse du langage et de la rédaction dans les écoles primaires. Ce n'est peut-être pas sans raison. Il faut réagir.

Mais par quels moyens? Simplement, en multipliant dans toutes les classes les exercices de langage et de rédaction. C'est en parlant q ‘1n se forme à parler; c'est en écrivant qu'on se forme à écrire. Faisons donc beaucoup parler les enfants, encourageons les timides à s'exprimer sans fausse honte, exigeons que les réponses soient toujours clairement, correctement et complètement formulées. Faisons faire de nombreux exercices de vocabulaire oraux et écrits, de nombreux exercices de phraséologie oraux et écrits, beaucoup d'exercices d'invention et de disposition des idées ; en ayant soin de varier les procédés et de graduer les difficultés — se'r , les indications du programme,

L'explication littérale des textes dans les classes inférieures, l'explication littéraire dans les classes plus élevées, fourniront aussi leur concours—sans aucune surcharge, puisque aussi bien ces explications doivent nécessairement être données.

Sans doute, les enfants sont incapables, laissés à leurs propres forces, de trouver des idées, surtout de les coordonner, et par conséquent de les formuler ou d2 les rendre par écrit sous une forme convenable, Cela est entendu. Mais on leur viendra en aide. Tout essai de langage, tout essai de rédaction, sera préparé collectivement par le maître et les élèves. Des exercices oraux précèderont les exercices écrits et mettront préalablement dans les jeunes esprits des idées, des mots, un certain ordre. Cette préparation, très complète au début, ira en se restreignant de plus en plus pour n'être qu'un rapide énoncé du sujet dans les dernières années.

Le maître n'oubliera jamais, au reste, que la langue des élèves se modèlera insensiblement mais fatalement sur la sienne. A lui de soigner son langage avec la plus minutieuse vigilance. Ou'il s'interdise toute incorrection, toute négligence; que sa parole soit claire, naturelle, élégante sans recherche.

Voilà des moyens. Il y en a d’autres. La copie et la transcription de mémoire de morceaux choisis, la composition de petites phrases avec des éléments donnés, les comptes rendus de lectures, les résumés de catéchisme, d'histoire, de leçons de choses, etc., une petite lettre à son père, à son parrain, le récit d'un événement familial, la description de la classe, c'est de la rédaction. Et tout cela peut être commencé de bonne heure au cours élémentaire. La narration, ia description, le genre épistolaire se trouvent ainsi introduits à l’école. Il n'y aura plus qu'à continuer ces mêmes exercices dans les cours suivants, en leur donnant une étendue et des développements proportionnés au degré de culture des élèves.

Outre ces moyens généraux, il en est de spéciaux. Ceux-ci se résument à trois: apprendre aux élèves l'art de trouver des idées sur un sujet donné, leur apprendre l'art de disposer leurs idées dans un ordre logique et naturel, leur enseigner l’art d'exprimer ces idées d'une manière claire, simple, naturelle, harmonieuse. Toute la composition consiste, en effet, dans l'invention, la disposition et l’élocution. C'est en s'inspirant des préceptes littéraires relatifs à ces trois opérations de l'esprit étudiées en littérature, qu'on abordera la composition française au cours modèle et qu’on la continuera dans le cours académique.

On avait déjà enseigné pratiquement aux élèves des idées, à les ordonner et à les rendre. Maïs on s'était chargé en grande partie de ce travail, le leur donnant pour ainsi dire presque tout fait. Il est temps désormais de les livrer progressivement à un travail plus personnel. Ils apprennent en littérature les règles de l’invention, de la disposition et de l’élocution; le concours du maitre dans la préparation doit diminuer peu à peu. =

D'un autre côté, il subsiste encore — et très vigilant, plus minutieux, exigeant même — dans la correction.

Langue française

LANGAGE ET REDACTION—(Suite)

Cette correction pourrait se faire absolument en dehors des heures de classe. C’est la correction solitaire, prescrite en certains pays. Mais elle demanderait Ré: néralement trop de temps. 11 vaudra mieux adopter la méthode qui suit: 1° parcourir le soir toutes les compositions de facon à être fixé sur les bonnes, les médiocres, les mauvaises; 2° en choisir deux ou trois de chaque catégorie, qui seront corrigées le lendemain en classe; 3° indiquer la manière us il convenait de poser le sujet et de le diviser, les idées principales qu'il fallait trouver et rassembler, les idées accessoires qui devaient naturellement se grouper autour: 4° relever au courant de la lecture les fautes de style, les négligences, les termes défectueux, les mots impropres, les anglicismes, les fautes d'orthographe, etc.; 5° réformer les

hrases boiteuses, incomplètes, etc.; 6° et ne pas manquer de louer ce qui est bon, titre d'encouragement.

Le corrigé émerge de ces critiques et de ces observations. Toute la classe y a travaillé, y a apporte son contingent, car le maître, autant que possible, a rit À par interrogations. Tout le monde sent ainsi en quoi pêche son propre travail, voit en quoi il est défectueux et comment il faudrait s'y prendre si le devoir était à recommencer.

Et afin de cultiver toujours le langage en même temps que le style, finissons toute correction par un compte rendu oral du sujet traité, où au moins par une conversation appropriée.

Enfin, et cette remarque mérite d'être retenue à la lettre, il faut prendre les sujets de composition aussi près que possible des élèves. Ce ne sont pas des traits ü héroïsme, des faits lointains que les élèves auront à raconter plus tard, des maximes philosophiques qu'ils auront à développer, des aventures merveilleuses et

randioses qu'ils auront à décrire. Mettons donc plutôt les élèves en présence des tonnes ordinaires de la vie, des phénomènes qui se passent sous leurs yeux, des accidents, joies ou douleurs, dont la vie est pleine, des services à demander ou à rendre, des témoignages de reconnaissance, de regrets ou de sympathie comme en imposent la bonté du cœur, les relations sociales ou les vertus chrétiennes.

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LITTERATURE

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Premières no- | tions sur:

| (a) Les préceptes littéraires — relatifs 1° à l’invention des idées, 2° à la disposition, 3° au style;

(b) Les genres littéraires les plus simples — 1° le genre épistolaire, 2° la narration, 3° la description;

(e) Surtout au moyen d'analyses

littéraires très simples, portant sur des modèles

classiques lus ou récités.

Notions plus dé-

veloppées sur :

(a) Les précep-

tes littéraires — relatifs 1° à l’invention des idées, 2° à la disposition, 3° au style;

(b) Les genres littéraires — 1° la poésie et ses grandes divisions, 2° la prose et ses grandes divisions ;

(c) Surtout au moyen d'analyses

littéraires très simples, portant sur des modèles

classiques lus ou récités.

(a) Préceptes littéraires —1° Invention des idées ou facultés cénens: les qualités principales des idées, des sées, des raisonnements, des sentiments.—2° Disposition des idées ou plan: notions principales sur les conditions d’un bon

plan.—3° Expression des idées ou style: qualités essentielles du style, pureté, précision, clarté, naturel, noblesse, harmonie.

(b) Genres littéraires —1° Genre épistolaire ; ge sortes de lettres, qualités générales

+ ualités spéciales, le cérémonial des res.— arration: ses éléments — exposition, nœud, és: qualités de la narration, clarté, variété, intérêt, — 3° Description: ses qualités, vérité, justesse, vie, vraisemblance.

(a) Préceptes littéraires —1° Invention des idées ou facultés créatrices: les procédés de développement des idées ou lieux communs. —2° Disposition des idées ou plan: les diverses espèces de plan; le paragraphe, un pour chaque idée

rincipale : les transitions. — 3° Expression des

idées ou le: les figures de style — notion géns principes qui doivent régler leur emploi

(d) Genres littéraires —Poésie ; n différence entre la poésie et la prose. 1° La poésie: le genre épique, le genre lyrique, le genre dramatique, le genre didactique—Définition raisonnée, de manière à faire comprendre le caractère propre et distinctif de chacun de ces genre: littéraires; mais ne pas trop appuyer sur le dé tail des règles rticulières qui les régissent.— 2° La prose: histoire, éloquence, roman, prose didactique —Définition raisonnée, de manièr:

seulement à faire saisir le caractère propre ds chacun de ces genres.

PROGRAMME D'ÉTUDES AVEC DIVISIONS ANNUELLES Langue française LITTERATURE

| des

| riétés

COURS ACAMEMIQUE (Primaire supérieur)

Etude sommaire | es: | (a) Préceptes | littéraires — rela-'

| tifs 1° aux genres

de style, 2° aux figures de style; (b) Genres littéraires — (Poésie) 1° variétés de

| la poésie lyrique,

2° grandes divi-

| sions de la poésie | dramatique

(Prose) 1° grandes divisions de l'histoire, 2° grandivisions de l'éloquence, 3° va-, de l'élo- | quence religieuse; | (ce) Toujours au | moyen d'analyses littéraires appro- | priées au cours; (d) Avec, en ou- | tre, des notions | très sommaires

| d'histoire littéraire. |

Etude sommair

des:

(a) Précente:

littéraires relet:i:

à la structur: :

| d’une pièce dr:1:

2° du dis-

lit- | téraires — (Poé- | sie) 1° genres dé- | rivés du théâtre: | ésie pastorale, | ables. — (Prose) 1° variétés du roman, 2° variété de da prose didactique; |

(c) Toujours au moyen d'analyses littéraires ;

{(d) Avec des notions très sommaires d’histoire | littéraire.

(a) Préceptes littéraires—1° Genres de style: style simple, style tempéré, style élevé.— Figures de style—étude bornée aux divisions générales: figures d'imagination, sien, figure de raisonnement

(b) Genres littéraires--S'en tenir, comme au cours modèle, à l'étude du caractère particulier des divisions générales et des variétés, soit en poésie, soit en prose.

(d) Histoire littéraire—Rattacher à l'étude des préceptes et des genres, ainsi qu'aux analyses littéraires, des notions très sommaires sur les classiques et leurs chefs-d'œuvre — sous forme d'éléments d’histoire littéraire, Revision en ce sens du cours précédent.

figures de pas-

: viceptes littéraires.—Ile Structure —

riuuive — d'une pièce dramatique: 1°

péripéties, nœud, dénouement; 2°

re actes, intermèdes, scènes, dialogues,

sus, confidents, récits, chœurs; 3° les

os unhés, de lieu, de temps, d'action.

ils ructure — étude intuitive— du discours:

exorde, proposition, division, narration, confirma-

tion, réfutaiion, péroraison. Ille Les divers éléments du vers français.

(b) Genres littéraires—S’en tenir encore à l'étude du caractère particulier de ces différentes variétés, en poésie et en prose.

(d) Histoire littéraire.—Rattacher à l'étude des préceptes et des genres littéraires, ainsi qu'aux analyses littéraires, des notions très sommaires sur les classiques et leurs chefs-d'œuvre.

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LITTERATURE

L'enseignement de la littérature doit être renfermé dans les limites qu'il ne saurait dépasser, sans empiéter sur un domaine qui n'est pas celui des écoles primaires.

Ces limites sont fixées par le but à atteindre:

Faire distinguer, mais très clairement—ce qui comporte beaucoup plus d’attention et de réflexion qu'on ne le pense généralement—faire distinguer la prose et les vers, le langage simple ct la poésie, le style courant, simple, précis, naturel, correct, élégant, qui doit être le style des élèves, et le haut style qu'ils pourront admirer, mais qui n'est point à leur usage;

Faire distinguer encore, par leurs traits essentiels et caractéristiques, les différents genres littéraires, avec leurs divisions et leurs subdivisions ;

Donner expérimentalement des notions exactes sur la structure de certains genres principaux ou d'un caractère plus usuel;

En vue des exercices de composition française, entrer dans des développements suffisants, mais élémentaires toujours et débarrassés de tout détail oiseux ou trop subtile, sur les préceptes littéraires relatifs à l'invention des idées, à la disposition et à l’élocution;

Appuyer particulièrement sur les préceptes relatifs au genre épistolaire, aux genres narratif et descriptif, les seuls à peu près que les élèves auront à mettre en

DE re ; ; out le reste relève de l’enseignement secondaire.

Deux procédés peuvent être employés pour cette étude élémentaire des préceptes et des genres littéraires: aller de la règle expliquée au modèle qui en présente l'application; passer de ce modèle, préalablement examiné, à la règle dont il est une sorte d'illustration. Que l'on choisisse l’une ou l’autre manière, la méthode suivie, ainsi que l'indique nettement le programme, doit toujours être expérimentale, c'est-à-dire qu’on ne doit jamais dissocier les règles des modèles. L'étude des préceptes et des genres demeure donc intimement unie à l’explication des textes, si simples qu'ils soient. Le manuel n’est ici qu'un moyen de revision ; encore y réduit-on à l’utile les détai!s et les énumérations trop complexes.

Une narration, une description, une lettre, une fable, une ode, une satire, etc. permettront au maître de présenter des notions succinctes et très précises sur ces genres littéraires. Des fragments bien choisis mettront en lumière telle ou telle qualité du style qui est l’objet de la leçon: par exemple, pour la vivacité, une lettre ile Mme de Sévigné: pour le nature!, une fable de La Fontaine: pour l’harmonie, une page de Racine, de Châteaubriand ou de Lamartine: pour l'élégance, un texte de Buffon: pour l'élévation et la profondeur des idées, un fragment de Pascal ou de Bossuet: pour la rigueur de l'argumentation. telle nartie d’un sermon de Bourdaloue. Ainsi, l’enseignement restera ce qu'il doit être: vivant et pratique.

On évitera, en particulier, de consacrer trop de temps aux figures de style. A l'école primaire, l'élève n’a que faire de toute cette nomenclature technique, admise bien à tort dans les manuels élémentaires. A l’ancienne distinciion entre les figures de mots et les figures de pensée, distinction fausse et fondée sur une éauivoque, on substituera avec avantage la division en figures d'imagination, de passion et de raisonnement — classification, il est vrai, encore un peu flottante mais beaucoup plus juste. Et l’on s'en tiendra là, sans accoler une étiquette et une définition particulière à chaque figure qui entre dans ces divisions générales.

Un peu d’histoire littéraire ne sera ni déplacé, ni impossible. On nourrait procéder de la manière suivante. Chemin faisant, à l’occasion des modèles lns ou appris. à l'occasion des morceaux analvsés et appréciés, citer des noms, les accompagner d’une courte notice biographique et de quelques mots de critique—que les élèves consigneront dans leur cahier.

De cette façon, ils connaîtraient, par exemnle Joinville, Villehardouin, Frossard, etc.: ils sauraient quelaue chose de la manière d'écrire de ces auteurs et des origines de la langue française.

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LITTERATURE-—(Suite)

On fera copier dans les cahiers de mémoire, à la suite de rapides commentaires, quelques vers de Charles d'Orléans, de Viilon, une fable de Clément Marot, un sonnet de Ronsard, un extrait de Montaigne, une ode de Malherbe, etc. Et les élèves assisteront aux transformations graduelles de la langue.

Arrivé au grand siècle de Louis XIV, la halte serait plus longue. On verrait quelque chose de Descartes, de Pascal, de Bossuet, de Bourdaloue, de la Bruyère, etc.; un peu plus de Corneille, de Racine, de Fénelon, de Boileau, de Molière, de Mme de Sévigné, de La Fontaine, etc. C'est l'apogée de la littérature française, il convient d'y appuyer.

On passera plus rapidement sur le XVIIIe et le XIXe siècle. Pourtant Voltaire, Montesquieu, Buffon, Bernardin de St-Pierre; puis Chateaubriand: Lamar-

tine, Victor Hugo, etc.; plus d’un historien, plus d’un orateur, plus d'un romancier

des temps modernes, occuperont une certaine place dans Îles cahiers et dans la mémoire.

Pour ce qui est de l’analyse littéraire, son but, dans les classes primaires surtout, c’est de chercher à développer le jugement, le goût du beau, ie sens de l'admiration. Pour cela, elle met en relief la pensée et les mérites de l’auteur; eile ne s'arrête pas avec complaisance aux petits côtés de l'œuvre, s'il en existe; elle montre la manière originale selon laquelle les maitres ont respecté les grandes lois de l'art d'écrire avec logique, en une langue précise, naturelle, harmonieuse; eile ne s'attarde pas à des remarques minutieuses et trop multipliées qui voileraient le texte sous le commentaire. Loin de suggérer aux élèves, de leur imposer des jugements tout faits, qu’on les excite à parler, qu'on les amène à dire simplement les impressions et les réflexions que l'examen du texte leur inspire.

Enfin, à l'occasion des poésies récitées et expliquées, le maitre donnera le plus tôt possible — sauf à y revenir plus tard—quelques notions très simples de prosodie. Ces premières notions peuvent se réduire essentiellement à quatre ou cinq principes. Les élèves plus jeunes seraient ainsi mis en garde contre les mutilations inconscientes, dont ils se rendent quelquefois coupables.

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