DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
ANNEXE Â , page 20.
Rapport de M. de la Clocheterie, commandant la frégate la Belle-Poule , à M. le comte d’Orvilliers.
Mon Généhal,
Les vents du nord qui m’ont fait partir de Brest le 15 de ce mois ont régné Jusqu’à mardi à minuit très-faibles ; ils ont passé alors à O. S. O., et j’ai mis le cap au N. N. E., ce qui me portait entre le cap Lézard et Flimouth. Mercredi (le 17 ) à 10 h. du matin , j’ai eu connaissance du haut des mâts de quelques bâtiments exactement de l’avant à moi ; je les ai signalés surle-champ à la Licorne et à Hirondelle , que j’avais laissées assez loin derrière moi. A 10 h. 1/2, j’ai commencé à soupçonner que ce pouvait être une escadre, et j’ai fait signal aux bâtiments qui me suivaient de tenir le vent , les amures à bâbord , et je les ai prises moi-même. J’ai compté, peu d’instants après, vingt bâtiments de guerre, dont quatorze au moins de ligne. J’ai fait signal de virer de bord ; j’étais établi au même bord que les Anglais. A 1 1 h. du matin, ils étaient à environ quatre lieues dans le N. E. 1/4 N., les vents à O. S. O. A 1 h. l/2 après midi, j’ai doublé la Licorne au vent, et j’ai dit à M. de Belizot que je le laissais le maître de la manœuvre qu’il jugerait la plus convenable pour échapper à la poursuite des Anglais, et j’ai fait signal à l’Hirondelle de relâcher où elle pourrait Je voyais alors qu’une II. S2
APPENDICE
IVi-jïate et uu sloop me joig;naient ; j’ai gardé le lougre avec moi. A () 11. j’ai été joint par le sloop, qui portait dix canons de six. 11 m’a hélé en anglais, je lui ai dit de parler français ; il a rcviré, et a été rejoindre la frégate. A 6 h. 1/2, cette frégate est arrivée à portée de mousquet dan« ma hanohe, sous le vent. Le vaisseau de l’escadre le plus près de moi en était alors éloigné d’environ quatre lieues; cette frégate a cargué sa grande voile; j’en ai fait autant , et j’ai même amené mes perroquets et mis ^ celui de fougue sur le mât, afin de ne pas rester dans une position tout à fait désavantageuse. La frégate anglaise a menceuvré comme moi ; alors j’ai arrivé brusquement ; elle en a fait autant, et nous nous sommes trouvés par le travers l’un de l’autre, à portée de pistolet. Elle m’a parlé en anglais ; j’ai répondu que je n’entéUdais pas ; alors elle m’a dit en français qu’il fallait aller trouver son amiral. Je lui ai répondu que la mission dont j’étais chargé ne me permettait pas de faire cette route. Elle m’a répété qu’il fallait aller trouver l’amiral; je lui ai dit que je n’en ferais rien ; elle m’a envoyé alors toute sa volée, et le combat s’est engagé. Il a duré depuis 6 h. 1/2 du soir jusqu’à H h, 1/2, toujours à la même portée, par un petit vent qui permettait à peine de gouverner. Nous courions l’un et l’autre grand largue sur la terre. J’ai lieu de présumer qu’elle était réduite alors, puisque, après être arrivé vent arrière, je lui ai donné plus de cinquante coups de canon dans sa poupe sans qu’elle en ait riposté un seul.
Cette frégate est de la force de la Fortunée, et porte comme elle vingt-huit canons de douze en batterie. Il m’a été impossible de poursuivre mon avantage, parce que la route qu’il fallait faire pour cela me menait au milieu des ennemis. J’ai donc pris le parti de courir à terre sans savoir à quel point Je pouvais atteindre, j’ai mouillé très-près de terre à minuit et demi ; au jour, je me suis trouvé entouré de roches, à on endroit qu’on appelle Cam Louis, auprès de Plouëscat. J'ignore encore si je pourrai m’en tirer.
Le combat, mon général , a été très-sanglant. J’ai cinquantesept blessés ; je ne sais pas encore au juste le nombre des morts,
ANNEXE A
maison croit qu’il passe quarante. M. Grairc de Saint-Marsault est du nombre des derniers. M. de Laroche Kerandron, enseigne, a un bras cassé, et M. Bouvet est blessé moins grièvement.
Je ne saurais trop louer, mon général, la valeur intrépide et le sang-froid de mes offlciers. M. le chevalier de Capeliis a su inspirer toute son audace aux équipages de la batterie qu’il commandait. M. de Laroche, blessé après une heure et demie de combat, est venu me faire voir son bras, a été se faire panser, et est revenu reprendre son poste. En général, le combat s’est très-bien soutenu jusqu’à la lin. MM. Damard et Sbirre, officiers auxiliaires, se sont comportés avec toute la bravoure et le sangfroid qu’on a"droit d’attendre des militaires les plus aguerris. M. Bouvet, blessé assez grièvement, n’a Jamais voulu descendre. Mon équipage est digne de partager la gloire que se sont acquise mes officiers.
M. Graire de Saint-Marsault a été tué après une heure et demie de combat ; le roi a perdu l’un de ses meilleurs offleiers, et je regrette un ami bien cher.
Je crois la Licorne prise, ainsi que le lougre ; mais je me flatte que l’HirondeUe a échappé aux ennemis.
Deux vaisseaux de guerre anglais sont à deux lieues de moi. Ils paraissent vouloir entreprendre de venir me chercher; je doute qu’ils y réussissent, parce que je sois fort entouré de roches , mais je n’ai qu’une très-faible espérance de sauver la frégate.
Le lieu où je suis n’étant éloigné que de trois lieues de Folgoét, je prends le parti d’y envoyer mes blessés. Mon chirurgien-major vous portera cette lettre, mon général; je l’expédie parce que personne n'est plus propre que lui à leur faire donner tous les secours dont ils ont besoin, et que c’est un exprès sûr.
Deux contusions, l’une à la tête et l’autre à la cuisse, me font souffrir actuellement, de manière que je n’ai guère la force d’écrire plus longtemps ; ce qui m’engage à vous prier, mon général, de vouloir bien faire passer ma lettre à M. de Sartine, si vous le jugez à propos.
Mes blessures ne sont pas dangereuses.
APPENDICE
J’ai oublié de vous parler de MM. de Bastrot et de la Galernerie le chevalier , gardes de la raarlne : ils se sont comportés en gentilshommes français.
Je suis tout dégréé , mes mâts ne tiennent à rien , le corps de la frégate, les voiles, tout, en un mot, est criblé de coups de canon, et je fais de l'eau.
Je suis avec respect, etc.
CuADEAU DE LA ClOCBETEBIE.
A bord de la Bdle.-Poule, le 18 juin 1778.
Itapporl de M. Rosily, commandant le lougre le Coureur, àM. de Sarline, ministre de la marine, du 3 aoill 1778.
M. de la Clochcterie, commandant la Belle-Poule, partit de Brest le 15 juin, ayant sous ses ordres la frégate la Licorne, la corvette l’Hirondelle, et le lougre le Coureur, que je commandais. Nous nous trouvâmes le 17 juin, sur les dix heures du matin, à la vue de la flotte de l’amiral Keppel. M. de la Clocheterie nous fit signal de virer de bord , et l’amiral signala à toute sa flotte de nous chasser.
L’ Hirondelle et la Licorne n’étant pas en état de nous suivre, M. de la Clochetcrie leur lit signal de prendre chasse suivant l’air de vent le plus favorable à leur marche, et continua sa route au plus près.
Je n’avais pas le quart de la quantité de voiles que j’aurais pu mettre, ne voulant pas aller plus vite que la Belle-Poule, m’en tenant toujours très-près, un peu de l’avant, au vent. Le cotre anglais joignit M. de la Clocheterie, et, après lui avoir parlé, retourna à la frégate, et ils firent route tous deux pour continuer leur chasse. Ayant reconnu qu’il m’était très-supérieur, je m’approchai à portée de la voix de la Belle-Poule, et demandai à M. de la Clocheterie quelle avait été sa conversation avec le cotre, afin de pouvoir m’y conformer. li me répon-
ANNEXE A
dit qu'il ne parlait qu’anglais, et qu’il avait été obligé de s’en retourner faute de pouvoir se faire entendre : qu’ii n’y avait qu'une frégate avec iui , et qu’ii était en état de ieur répondre en cas qu’ils voulussent l’attaquer, ne pouvant être joint que par eux.
Je vis alors qu’il fallait me préparer à tout événement ; que je ne devais pas prendre ehasse, puisque je n’en avais pas l’ordre , et que d’ailleurs , l’eussé-je eu , du moment que la Belle- Poule eût été attaquée par les deux, je ne l’aurais sûrement pas souffert, ou j’aurais été blâmé à juste^itre, parce que ce cotre aurait attaqué la Belle-Poule par derrière, en hanche, du même côté que la frégate anglaise, pendant que cette dernière l’aurait combattue par le travers et l’aurait empêché de tirer sur le cotre, qui l’aurait dégréée , et lui aurait tué beaucoup de monde , ce qui aurait rendu le combat trop désavantageux pour la Belle- Poule.
Pour être plus à même de manœuvrer, je gréai mon grand hunier ; mais je le mis à faire culer pour ne pas m’éloigner de la frégate, augmentant de voiles pour contre-balancer l’effet contraire de cette voile.
L’Arélhuse joignit la Belle-Poule , et le cotre se présenta le long de mon bord , sous le vent. Ce bâtiment a soixante-douze pieds de long, vingt-six de large, douze canons de six livres de balle, douze pierriers, et est armé de quatre-vingts hommes. Sa force l’a fait admettre au rang de ce qu’ils appellent {sloops of war) corvette ; il n’y a pas de vaisseau de 7 4 aussi fortement bastingué. Au moment du combat , ou ne pouvait voir un seul homme.
Dons mon lougre, l’épaisseur du bâtiment n’est pas d’un pouce et demi ; je n’avais point de bastingage, nous étions découverts jusqu’à la boucle du soulier. J’avais huit canons de deux livres de balle , deux de trois , six pierriers , cinquante hommes tout compris.
Le capitaine me dit en anglais d’aller trouver l’amiral. Je ils d’abord semblant de ne pas l’entendre ; il me le fit répéter en mauvais français par plusieurs de scs gens. Je lui dis que non ,
APPENDICE
et prenant le porte-voix, je lai dis en anglais qn'il n’eût point à se donner tant de peine, parce que j’étais décidé à ne point y aller et & ne faire que ce que ma frégate ferait. Pendant la conversation, à mesure que l’un des deux bàllments calait ou allait de l’avant de l’autre, nous nous suivions avec les canons.
L'Arétkuse se trouvant très-près en arrière de la Belle-Poule par-dessous le vent, je vis notre frégate changer sa route. M. de la Clocheterle voulant apparemment changer la mauvaise position où il se trouvait, je m’adressai au capitaine du cotre, et lui dis d’arriver parce que ma frégate le faisait, et que, comme il me gênait, s’il ne se prêtait pas à ma manœuvre, je l’ahorderals, mettant en même temps mon gouvernail à faire arriver. Il regarda la frégate, et lit aussi arriver.
Les frégates se tirèrent du canon ; la mitraille même de PArithuit tomba très-près de nous. Je tirai aussitôt ma volée sur le cotre, qui me riposta sur-le-champ. Nous continuâmes pendant quelque temps le combat à petite portée de pistolet, ayant toujours chacun notre hunier sur le mât. (Je ne voulus pas faire de voile, parce que, étant sûr d’être pris <i j’avais suivi les frégates qui combattaient en faisant route , le cotre se serait encore trouvé à même d’aider VAréthuie aussitôt qu’il m’aurait enlevé.) Car c’est le hasard qui m’a fait combattre aussi longtemps que je l’ai fait; ‘mon équipage, à découvert comme II l’était, eût dû être détruit en un quart d’heure. Mon bonheur vint de l’avoir abordé , et voici comment : voyant qu’à la distance où j’étais , mes boulets de deux ne faisaient aucun effet sur son bastingage, et qu’avec ses canons il coupait toutes mes voiles et mon gréement, car il ne m’avait encore tué ni blessé personne, l’idée me vint de l’aborder. Je le proposai à mon équipage, qui parut le désirer. Mais je ne pus l’élonger comme j’aurais voulu, parce qu’après avoir fait une arrivée pour l’approcher, je voulus faire servir mon grand hunier pour faire revenir le bâtiment au vent pour me présenter de long en long avec lui : seule position où nous aurions pu passer à bord. Je ne pus point l’exécuter, mes boulines et bras ayant été coupés, et le bâtiment n’nllalt pas assez vite de l’avant pour que le gouver-
AN\EXE A
noil seul fit l’effet prompt qui se trouvait nécessaire, le vent étant devenu presque calme. Je ne pus l’aborder que par le bossoir, mon beaupré croisant le sien, mon bâtiment un peu effacé.
Dans cette position il ne pouvait tirer aucun de ses canons de l’arrière; il était très-difficile de passer à son bord, et on peut dire même impossible. Je voulus pourtant l’essayer. Ses canons de l’avant et ses pierrlers particulièrement, qui dominaient audessus de son bastingage, qui est élevé de cinq pieds, balayaient le gaillard d’avant. Je profitai de ce que mes canons étaient à barbette, n’ayant pas de bastingage,. ce qui me permettait de les pointer presque dans le sens de la longueur du bâtiment. Je fis une décharge de mes canons et de mes fusils, et criai â l’abordage.
Mon maître pilote affronta avec hardiesse le feu roulant qui se faisait devant ; mais il fut suivi de peu de monde. Pour que mes gens ne se déconcertassent pas si Je leur eusse donné le temps de la réflexion, je fis faire un cri de vive le roi, et reprendre avec vivacité les canons.
Je combattis une heure et demie bord à bord dans cette position. Le combat avait commencé à sept heures , et J’amenai à neuf. Je coupai la vergue de bôme en deux endroits , J’ablmal toutes ses manœuvres et voiles, et lui donnai quelques coups à fleur d’eau; mats Jamais Je ne pus entamer son bastingage.
Tous mes coups de fusil furent inutiles , ne pouvant distinguer un seul homme à son bord. Le capitaine m’a dit n’avoir eu que deux hommes de tués et deux de blessés. Je fus obligé de me rendre faute de ressource, ayant calme plat, et d’ailleurs mes voiles étant toutes abîmées, surtout mon foc, qui était tout criblé , n’ayant plus ni amures ni écoutes. Mon bâtiment avait été percé à l’eau en dix ou douze endroits, mon gréement était tout haché , et le Monarque et le Vaillant s’étalent , pendant tout ce temps , approchés de nous avec leurs canots.
On me fit passer avec une partie de l’équipage à bord du premier, où je restai Jusqu’à ce que J’eUs joint l’amiral Keppel; et alors on m’envoya avec une partie de l’équipage à bord du Sandwich. Arrivé à Portsmouth, je fus envoyé à bord de la
APPENDICE
Princesse-Amélie, où je rejoignis Messieurs de la Pallas et de la Licorne, que j’y trouvai avec leurs équipages, et d’où on nous a débarqués le 4 juillet pour nous envoyer à Alresfort Hampshire. On voulut nous faire signer un procès-verbal où on nous dénommait prisonniers , nous l’avons refusé, et nous avons fait écrire dans ce même procès-verbal que nous ne nous reconnaissions point prisonniers, ayant été arrêtés en temps de paix ; mais que dans le lieu où l’on nous mettrait nous nous conformerions aux lois du pays, nous y comportant avec la tranquillité qu’on doit attendre des officiers du roi.
Je n’ai eu heureusement que trois hommes de tués et sept blessés, mais mortellement. Ce sont presque tous des officiers mariniers. J’attribue 1e peu de monde que j’ai eu de tué et blessé à avoir abordé le bâtiment. 11 n’a pu se servir de tous ses canons, et d’ailleurs il n’y avait, pour ainsi dire, que ses pierriers et sa mousqueterie qui pouvaient me tuer du monde et avec lesquels ils ont tiré trop haut, n’osant pas regarder audessus de leur bastingage pour viser. Quant au bâtiment , ils l’ont extrêmement maltraité; ses canons tiraient dans la soute à voile , la cuisine et la cale , les boulets passant de part en part. Mon mât de misaine a été même haché par la mitraille. Si j’avais été a une certaine distance de lui, il aurait raflé tout mon pont, et m’aurait nécessairement détruit mon monde. Les canons étaient chargés d’un boulet de six, d’un paquet de mitraille et d’une boite de fer-blanc remplie de balles. Ce sont des canons courts, renforcés, qu’ils appellent double forlified, excellents dans ces petits bâtiments , et qui peuvent se charger jusqu’à la gueule sans risquer de les faire crever.
Nota. Je n’aurais jamais pu être joint si j’eusse voulu fuir, ayant un avantage considérable sur tous bâtiments quelconques. J’avais adopté depuis peu un nouveau gréement, qui avait été trouvé si avantageux, tant pour la célérité de la manœuvre que pour la marche, dans ma dernière croisière , sous les ordres de la Danaé , que M. le comte d’Orvillicrs s’était décidé à me prendre pour sa découverte.
ANNEXE B
Elle apercevait des bâtiments de ia tête de ses mâts, me faisait signai de chasse, et je les joignais avec une vitesse incroyabie. Je me suis vu chasser six bâtiments qu’elie avait aperçus à midi au vent, ne pouvant les voir de mon bâtiment, les avoir joints à six heures du soir, malgré qu’ils forçassent de voiles au plus près, et laisser la Damé à quatre lieues sous le vent à moi. Je n'ni jamais vu dans cette croisière aucuns bâtiments de quelque espèce que ce fût , que je ne les aie gagnés. J’avais encore l’avantage, quand je suis sorti sous les ordres de la Belle-Poule, d’être espalmé de frais.
Je cite ceci pour faire voir que j’étais le maître de n’être point pris, et que si je l’ai été, ce n’est que par subordination et dévouement réel au service.
ANNEXE B, page 31.
Plainte portée par le ministre secrétaire d'état du roi d’Espagne au chancelier de Suède, touchant l’abus fait par des vaisseaux anglais du pavillon suédois pour se saisir de deux frégates espagnoles; du n septembre 1800.
Monsieub ,
Le roi mon maître a vu avec la plus vive indignation , par un rapport que le consul de S. M. Suédoise à Barcelone a remis au capitaine général de la Catalogne, contenant la déclaration du capitaine Rudbardt de la galiote suédoise la Hoffnung, que, le 4 septembre dernier, l’après-midi, deux vaisseaux et une frégate anglaise ont forcé ledit capitaine , après avoir examiné et trouvé en règle ses papiers, de prendre à son bord des officiers anglais et un nombre considérable de marins, et de se laisser remorquer à l’entrée de la nuit par plusieurs chaloupes anglaises, jusque sous la rade de Barcelone et sous le canon de ses batteries ;
Que les Anglais, ayant réduit le capitaine et son équipage au silence, en lui tenant le pistolet sur la poitrine, se sont em-
parés du gouvernail, et ont fait, à neuf heures du soir, moyennant ledit bâtiment et les chaloupes qui l’environnaient, une attaque sur deux frégates sous pavillon espagnol qui s’y trouvaient à l’ancre, lesquelles n’ayant pu soupçonner que ce bâtiment ami et neutre recélalt à son bord des ennemis, et servait ainsi à l’attaque la plus traltreuse, ont été presque surprises et forcées de se rendre.
On se réfère, pour les autres particularités et les violences exercées par les Anglais sur les bâtiments suédois , à la déclaration du capitaine qui se trouve ci-Jointe.
Le roi mon maître n’a pu considérer cet événement que comme intéressant les droits et blessant les intérêts de toutes les puissances de l’Europe , sans en excepter l’Angleterre, et surtout comme l’insulte la plus grave contre le pavillon de S. M. Suédoise.
En effet, il est évident que les puissances belligérantes, en admettant les bâtiments neutres sur leurs rades et dans leurs poi*ts, ont voulu adoucir te fléau de la guerre et ménager les relations commerciales de peuple à peuple, que leurs besoins naturels exigent.
Tout ce qui tend donc à rendre cette navigation suspecte et dangereuse blesse également les droits et les intérêts de toutes les nations.
Mais , dans le cas actuel , les droits et l'honneur du pavillon suédois ont été violés d’une manière si outrageante , qu’on en trouvera peu d’exemples dans l’histoire maritime de l’Europe.
L’attentat, s’il restait impuni , tendrait à brouiller deux nations amies , à anéantir leurs relations commerciales , et à faire considérer le pavillon qui le souffrirait comme secrètement auxiliaire de la puissance ennemie , et forcerait ainsi l’Espagne à prendre les mesures que l’intérêt de ses vaisseaux et la sécurité de ses ports commanderaient.
Cependant le roi mon maître aime encore à croire que le capitaine suédois ne s’est pas rendu coupable de la moindre connivence avec les Anglais, et qu’il n’a fait que céder à leurs violences et à leur grand nombre.
ANNEXE B
Dans cette supposition , le roi m’a ordonné de porter à la connaissance de S. M. Suédoise cette insulte grave commise contre son pavillon ; et ne doutant pas du ressentiment qu’elle éprouvera d’un procédé aussi bas et aussi déloyal de la part de quelques offleiers de la marine britannique , il s’attend à ce que la cour de Stockholm fera auprès du ministre anglais les instances les plus sérieuses pour que les officiers qui se sont rendus coupables en cette occasion soient punis sévèrement , et que les deux frégates espagnoles , surprises et enlevées de la rade de Barcelone par une ruse aussi contraire au droit des gens et aux règles de la guerre , soient immédiatement restituées avec leurs cargaisons, comme étant illégalement prises au moyen d’un vaisseau neutre , qui servait d’instrument aux assaillants.
S. M. C. se croit d’autant plus fondée à regarder le succès de cette réclamation comme assuré , que le gouvernement anglais même ne saurait se dissimuler que ses ennemis , en suivant un pareil exemple , pourraient se servir également des bétiments neutres pour infester ses rades et causer dans ses ports tous les dommages possibles.
Mais si , contre toute attente , les démarches de S. M. Suédoise auprès de la cour de Londres pour obtenir la réparation de l’injure faite à son pavillon, ainsi que la restitution des deux frégates espagnoles, n’avaient pas le succès désiré avant la fin de cette année, S. M. se verrait obligée, quoique avec beaucoup de regret , de prendre envers le pavillon suédois des mesures de précaution qui mettraient ses rades et ses ports à l'abri d’un abus aussi dangereux et aussi révoltant que celui que les Anglais viennent de faire.
J’ai l’honneur d’étre , avec une haute considération , etc.