II
118 APPBMIGB.
S. M., ayant égard aux circonstances difficiles où les Battons neutres sont placées par ia conduite sans exemple et le caractère singulier de son ennemi, s'est abstenue en bien des occasions, durant la présente guerre, de faire valoir ses droits, et de réclamer de la part du gouvernement danois l'acquit impartial des devoirs de cette neutralité , qu'il professait être disposé à maintenir. Mais l'agression préméditée et ouverte qu'elle vient d'éprouver ne saurait être passée de la même façon. La vie de ses braves marins a été sacrifiée; l'honneur de son pavillon a été insulté presque à la vue de ses propres côtes, et de tels procédés sont soutenus en mettant en contestation ces droits indisputales, fondés sur les principes les plus évidents du droit des ^ens, dont S. M. ne saurait jamais se départir, et dont l'exercice modéré est indispensablement néc^« saire pour le maintien des intérêts les plus chers de son empire.
Le soussigné^ dan^ tous les rapports qu'il a faits à S. M., a rendu pleinement justice aux dispositions personnelles qu'il a uniformément trouvées de la part du comte de Wedel, pour écarter toulQs eauflés de mésintelligenee entre les deux pays. 11 &e saurait donc se dispenser, aujourd'hui , de le presser de représenter cette ftiatî^ à sa côtir sotis «on vrai Jour ; d'effacer ees fausses impressions, au moyen desquelles, seules, une conduite Sî injurieuse pour S. M. a pu être autorisée (si même elle l'a été); et de consulter les intérêts des deux pays, mais spécialement ceux du Bahe^ mark, eh rendant témoignage aux dispositions dont le gouvernement de S; M. est animé, et en recommandant â sa cèur, avec tout cet empressement sérieux que l'importance de l'occasion justifie autant qu'elle l'exige, (|u'elle fasse trouver à ces dispositiotis, dans une conjoncture aussi critique, un retour proportionné, et qu'if soit donné une réponse prompte et satisfaisante à la demande que S. M. a ordonné de faire en son nom à Copenhague, tant pour avoir réparation de ce qui s'est passé, que ponr i^Mé contre la réitération de ces injurieuses violences.
A l'effet de donner d'autant plus de poids aux représentations de S. M. sur ce sujet et de fournir en même temps les moyens de telles explications y relatives , qui puissent détourner la néces^lé de ces extrémités, dont S. M, considère là perspective avec la plus grande répugnance , elle a chargé lord Whltworth d'une mission spéciiale à la cour de Danemark; et ce ministre fera immédiatement voile pour sa destination. Cette cour ne saurait voir dans cette détermination qu'uqe nouvelle preuve du désir, dont lé roi est aûîmé, de concilier la conservation de la paix avec le maintien des droits fondamentaux et des intérêts de son empire. «
Londres, le 30 juillet iSOO.
GrEN VILLE.
ANlIKn E. 419
Réplique du comte de Wedel-Jarlsherg à la réponse de lord Grenvilte; du 2 août 1800.
« Le soussigné, envoyé extraordinaire de S. M. Danoise, se bortie à accuser la réception de la note ministérielle de lord Grenvilte, datée du 30 dn passé, en réponse à la sienne da 29 précédent. 11 en a fait incessamment part à sa cour, ainsi que de la mission dont lord Whitworth est chargé pour le Danemark.
Mais en attendant que la discassion sur les. hostilités commises soit portée à Copenhague, le soussigné s'empresse de renouveler sa fédamatîon instante en restitution de la frégate la Fteya, dans un élat qni lui permette de contitmer son voyage, et de son convoi. Aprèi» que le gouvernement Inritannique a, mo^'ennant l'emploi de forces sùpérieu^es, obtenu le but de mettre la ft-égate de S. M. Danoise hors d'état de protéger son convoi contre Texécution d'une prétention contestée et en lit!g:e , et que Tune et Tautre ont été amenés dans un port anglais, où la prétendue visite des Mvires marchands s'est effectuée, sans qu'on ait découvert le moindre article à la charge des cargaisons innocentes, le soussigné se flatte que le gouvef'neinent britannique voudra M«i s'empresser de donner par tes faiti^ à celui du Danemark rassurance conciliatrice qu'il est bien éloigné d'aggraver le différend par la prolongation de procédés hostiles, et une preuve qu'en restituant les vaisseaux mentionnés, il les traite différemment des captures faites sur l'ennemi.
Le soussig4[ié prie S. Exe. lord Grenville de vouloir bien appuyer sa juste demande de ses bons ofQces, et d'en considérer l'accomplissement comme une voie ouverte vers telle explication qui puisse arrêter Hmpressidi du passé et assuré* la continuati«n d'une harmonie qui a constamment fait la satisfaction et le bonheur des souverains des deux nations. »
Londres, le % août 4800.
Wb]»l*Jarlsbero.
Note de lord Grenville, adressée au comte de Wedel-Jarlsherg; du 4 août 1800.
« Le soussigné, principal Secrétaire d'État de S. M. pour les affaires étrangères , a feu l'honneur de mettre sous les yecrx du roi la note qui lui a été transmise par le comte de WedeUarlsbferg, envoyé exti-ao^dlnaire et ministre plénipotentiaire de S. M. Danoise, le 2 de ce mois.
Pour te qui concerÈie la dêïmande faite par le comte de "Wcdel-
430 APPSHDICB.
Jarlsberg , pour faire relâcher la frégate danoise la Freya et son convoi, i! a ordre de S. M. d^informer ce ministre qne, qael qoe soit le désir de S. M. de manifester en tontes les occasions son égard et son amitié pour le roi de Danemark, cependant, comme le capitaine de la Freya a jugé à propos, sans aucune provocation, de commencer les hostilités actuelles contre un de ses vaisseaux de guerre , et de sacrifier témérairement les vies des sujets des deux souverains, par une contestation où il est entré sans cause et qui pouvait uniquement conduire à une effusion de sang non nécessaire : la frégate et le convoi qui se trouvait placé sous ses ordres doivent nécessairement répondre du résultat de la demande qui sera faite au nom de S. M. d'une satisfaction due à cette conduite si peu susceptible de justification et si digne de blAme.
Cette résolution de la part de S. M. est d'autant plus nécessaire, que le cas présent n'est pas le premier où S. M. a eu récemment à se plaindre d'une pareille conduite, et depuis que la patience distinguée qu'on a observée à l'occasion du Phénix parait avoir produit un effet qui a si peu répondu aux vœux et à la juste attente de S. M. Mais c'est avec plaisir que S. M. anticipe l'époque où la cour de Copenhague, par une détermination qui s'accorde avec l'usage établi et le droit des gens, ainsi qu'avec l'honneur du pavillon de S. M., la mettra à même de manifester, de son côté, ses sentiments d'amitié envers une puissance avec laquelle elle est liée par tant de liens. »
Londres, le 4 août 4800.
Gbenvuxb.
Note de lord de Withworth, envoyé extraordinaire à Copenhague, tîj adressée au comte de Bernstorff, ministre des affaires étrangères de S. M, Danoise, du 12 août 1800.
« S. M, Britannique, animée du désir le plus sincère de maintenir constamment avec la cour de Copenhague ces relations d'amitié et d'alliance qui avaient depuis longtemps subsisté entre la Grande-Bretagne et le Danemark , n'a pu voir qu'avec surprise et avec douleur la démarche hostile par laquelle ce gouvernement vient d'en interrompre le cours. S. M. n'a jamais cessé de donner les preuves les plus évidentes de cette disposition ; et elle s'était flattée d'un retour de la part de S. M. Danoise conforme à ces sentiments'.
Nonobstant les expressions dont s'est servi le ministre de S. M. Danoise, dans une note officielle qu'il a cru devoir présenter à son ministre, au sujet de la détention de la frégate la Freya et de son
ANNEXE E. 4âl
convoi, S. M. ne peut pas mémn encore se persuader que ce sôit véritablement d'après les ordres de S. M. Danoise que la paix et la bonne harmonie aient été si subitement interrompues , ou qu'un officier danois ait pu agir conformément à ses instructions en commençant des hostilités contre ses États par Tattaque préméditée et non provoquée d'un vaisseau de guerre anglais portant le pavillon de S. M. et naviguant dans les mers britanniques.
L'effet qu'un tel événement a dû naturellement exciter a acquis de nouvelles forces d'une demande de réparation, comme due aux agresseurs de la part de ceux qui ont essuyé l'insulte et l'injure.
S. M., appréciant les di^cultés auxquelles toutes les nations neutres ont été exposées par la conduite sans excfmple et le caractère particulier de son ennemi, s'est abstenue à différentes reprises, durant le cours de cette guerre, de réclamer ses droits , et a fermé les yeux sur l'exécution partielle des devoirs de cette neutralité que le gouvernement danois faisait profession de vouloir suivre, mais l'agression ouverte et délibérée qu'elle vient d'essuyer ne saurait être regardée avec la même indifférence. Le sang de ses braves matelots a été répandu, l'honneur de son pavillon insulté à la vue presque de ses propres côtes, et ces démarches sont soutenues en suscitant des doutes sur des droits incontestables, fondés sur les principes les plus évidents de la loi des nations, dont S. M. ne peut jamais se départir, et dont le maintien calme, mais soutenu, est indispensablement nécessaire à l'existence des intérêts les plus chers de son empire.
Le soussigné est donc spécialement chargé de représenter cette matière sous son véritable point de vue; d'effacer les fausses impressions qui aient pu autoriser, jamais justifier, une conduite aussi injurieuse envers S. M., et de demander, avec l'énergie que l'importance de la crise exige, réparation pour ce qui s'est passé, et sécurité contre une répétition de pareils outrages.
Le soussigné se flatte que le ministère danois lui rendra la justice d'être persuadé que, tandis qu'il manifeste une juste sollicitude pour la dignité et les intérêts du roi son maître, il n'est pas indifférent à ceux du Danemark , uni de tout temps à la Grande- Bretagne par les liens de l'amitié et de l'alliance. Il espère trouver dans le ministère danois une disposition analogue à la sienne, et que le résultat de leurs négociations sera une satisfaction telle que la Grande-Bretagne n'hésiterait point à donner elle-même en pareil cas; et un renouvellement de confiance et de bonne harnM)nie entre les deux États. Tel est le but de sa mission, et tel est le vœu le plus sincère de son cœur. »
Copenhague, le h% août 4800.
Whitwohth.
4â2 APPENDICE.
Réponse du comte de Bernstorff.
« Le voi avait appris avec autant de douleur que de surprise révénement qui a donné lieu à la détention de sa frégate la Freya et du convoi mis sous la protection de celle-ci. S. M. était cependant loin de présumer que l'atteinte portée à la sûreté d'un convoi naviguant à Tabri et sous la sauvegarde de son pavillon eût été préméditée, ou que le combat le plus inégal et le plus imprévu eût été provoqué par un ordre ém|mé du gouvernement britannique. Elle ne voyait encore dans cette rencontre fàcbeuse que Tefifet du zèle inconsidéré du chef de Teseadre anglaise qui a si violemment abusé de sa supériorité sur un vaisseau étranger, qui, allant avec con-. fiance dans les eaux qui baignent la côte d'un pays uni au Danemark par les liens de Tamitié et de Tallianee, n'était nullement préparé à une surprise hostile.
Mais rien n'égale l'étonnement avec lequel S. M. vient de voir, par la note que le soussigné a eu Thonneur de recevoir de la part de lord Whitworth, que le gouvernement britannique, pour lai refuser la satisfaction qui lui est évidemment due, en rétorque la demande contre elle, en lui imputant sans scrupule une agression dont le reproche est anéanti par le plus simple examen du fait.
C'est en effet confondre les idées les plus claires, et intervertir le sens le plus naturel et le moins équivoque des choses et des mots, que de vouloir faire envisager comme une agression, et une agression préméditée, une résistance légale et provoquée à une atteinte donnée gratuitement aux droits et à Thonneur d'un pavillon indépendant.
Les démonstrations deviennent superflues quand le fait parle: et le Danemark ne craint pas d'en appeler à cet égard au jugement de toutes les puissances impartiales de l'Europe.
S'il était possible de supposer une idée d'agression ou des intentions hostiles contre la Grande-Bretagne, S. M. n'hésiterait pas à les désavouer hautement; mais cette possibilité n'existe pa^. Et le gouvernement anglais lui-même, s'il pèse les circonstances avec calme et sans prévention, ne saurait avoir aucun soupçon à cet égard.
Mais supposé même que le chef de la frégate danoise eût excédé les bornes de ses devoirs et que le gouvernement anglais fût, par là, autorisé à en demander satisfaction, il résulte encore évidemment de la nature du cas que cette demande ne pouvait avoir liea qu'après que la frégate emmenée et son convoi eussent été relâchés, le Danemark étant jusque-là ouvertement la partie lésée, et, par conséquent, seul en droit de se plaindre.
C'est eettB deisande préalable, de relâcher sans ))erte de temps là frégate da roi et le eonvoi qni avait été confié à sa protection, que lord Whitvorth est prié de transmettre à sa cour et d*appuyer auprès d'elle. Il voudra bien y ajouter l'assurance que 1^ r<>i rece- Yfa avee empressement toute propositioju compatible avec Thon* neur de son pavillon et la dignité de sa couronne, et tendant à maintenir cette harmonie entre les deuii cours qui a toujours fait et qui fera toujours un des premiers objets des vœux et des soins du Danemark.
Le roi ne croit pas devoir renouveler à S. M. Britannique des protestations de son amitié dans une occasion qui ne l'a ni dénientie, ni mise en doute. S. M. ne se permet pas non plus de récia<ner les eSèts de eelie de son auguste allié; elle n'en appelle qu'à Téquité d'un souveralB vertueux et loyal, qui ne croira certainement pas, par une injustioe envers elle, ajouter à la gloire de son règne ou à l'éclat de sa puissance.
Le soussigné , qui depuis longtemps est très-favorablement pré* venu à l'égard de lord Whitworth, aime à prendre confiaQeedaqs se^ dispositions personnelles, et se Satte d'acquérir des titres à la sienne. »
Copenhague, le 46 aoèi 4800.